Michael Lonsdale dans ma tète.

C’est étonnant comme le cul fait parfois perdre la tête. C’est ce que j’ai toujours cherché là dedans je crois. Perdre la tête un instant, ne plus penser. Mais c’est rare que les choses se passent comme on l’espère. On ne devrait jamais espérer, suivre le mouvement, ne pas se poser de questions.

C’est par une nuit d’été que nous nous sommes harponnés, y a pas vraiment d’autre mot. Lequel des deux devait être Moby Dick ? je ne sais plus, cette année là je crois que je n’avais plus vraiment le gout pour la chasse à la baleine blanche. Je venais de passer plusieurs moi à essayer de comprendre les raisons de ce divorce que je venais de traverser, du moins à m’inventer tout un tas de raisons qui me permettraient après m’être copieusement fustigé de m’en sortir à bon compte, je piétinais évidemment.

Je faisais le con dans les forums, c’était encore la préhistoire informatique, Caramail, après Hotmail et les chats privés sur Messenger, faire le con, il n’y avait que ça qui me détendait dans le fond. Sans trop de risque de préférence, c’est à dire avec un minimum de vrais contacts, un foutage de gueule permanent.

Je me disais que j’aurais pu faire une carrière de sociologue, une carrière de n’importe quoi d’ailleurs pourvu que ça ait la tronche d’une carrière. Mais à la vérité je ne suis pas carriériste pour deux ronds, je m’en suis beaucoup voulu indirectement pour cela, c’est à dire par la plupart des compagnes réelles que j’ai connues.

Avec ton intelligence tu pourrais…

te décrocher la lune oui bien sur absolument, mais tu en ferais quoi ?

ça finissait toujours assez mal évidemment.

Mais cette fois ci j’avais renoncé à flatter dans le sens du poil, j’étais devenu récalcitrant d’un coup, d’abord en me tirant de Lyon pour atterrir en Suisse et me marier avec une marseillaise qui habitait le canton de Vaud. ça ne s’invente pas.

Tout fut absolument parfait pendant quelques jours comme d’habitude.

Et puis au bout d’un moment ce ne le fut plus. Je me suis mis à réfléchir et évidemment selon les vases communicants à éprouver l’irrépressible besoin de me vider les couilles.

Un peu n’importe où comme ça arrivait, j’étais pas fier.

Et à mentir énormément pour avoir l’air de ce gars bien fraichement marié propre sur lui.

J’étais entré dans un piège que j’avais construit tout seul après 100 ans de solitude. Une ineptie totale. Mais en y réfléchissant je n’étais pas le seul, on était deux.

Je ne sais pas pourquoi j’entends la voix de Michael Lonsdale dans ma tête en ce moment, au moment où j’écris ces lignes. Premier amour de Beckett. Un jeune homme perclus d’ennui fréquente une fille, une prostituée je crois, il n’y a pas d’amour, juste une description quasi chirurgicale de la relation, une distance inouïe de soi envers soi alors que normalement ce serait le lieu même du plus intime.

Ce texte que j’ai lu il y a maintenant des siècles me revient tout à coup et chose curieuse c’est Michael Lonsdale le narrateur. C’est impeccable de justesse.

Bref évidement on a divorcé. Et c’est à ce moment là précisément que j’ai commencé à l’aimer vraiment je crois. C’est toujours comme ça quand on sait que l’on va perdre quelque chose, on s’accroche on s’attache, par peur de perdre une partie importante de soi.

Re bref je fulminais plus ou moins paisiblement pour le plaisir de fulminer. Déménagement rapide vers Lyon, retour à la case départ sans passer par la prison, c’était à deux doigts tout de même, mais passons. Et me voilà dans cette cuisine de ce petit appart que j’avais dégotté à distance.

Une grande table avec mon ordi dessus. Et vas y que j’allume la machine et vas y que je me refourre sur les forums, les tchats, et désormais ô magie du progrès les cams. Je te montre ma bite tu me montres tes seins etc et tout ça avec du sentiment sinon c’est pas de jeu.

Il faut que jeunesse se passe me souffle Michael en faisant une pause dans sa lecture.

Donc une nuit d’été je tombe sur cette femme, ou elle tombe sur moi et on commence à papoter en privé je ne sais plus pourquoi et surtout à propos de quoi.

Puis rapidement au téléphone, parce qu’on touchait vraiment un moment particulier de la nuit sans doute, ce moment où l’on se dit qu’on devrait se mettre au pieu et tout éteindre, mais ça nous flanque une telle terreur, qu’on essaie de s’accrocher à je ne sais quoi .

Et voilà, je prends ma voix de crooner, je vais chercher des modulos de basse au fin fond de mon rectum pour lui glisser des pots de miel entier dans les esgourdes, avec de temps en temps un rien d’acide, un zest de crû, pour revenir ensuite à la délicatesse et à la politesse. Le jeu entre tu et vous notamment améliore grandement le rendement de ce genre d’affaire.

Bref on s’amuse comme des fous à respirer fort dans les points de suspension. Et puis on se dit fait suer le virtuel, fait suer le téléphone, on voudrait tellement fort du vrai.

Mais pas du vrai gnan gnan par pitié, pas de petit café, pas de resto, pas faire piquet à coté de Louis le quatorzième non plus à lorgner sous la queue du cheval.

Une salle de ciné et on repère le dernier rang, au fond à gauche on se retrouve dans le noir.

Terrible comme idée j’achète elle dit.

Je passe vite les détails c’est pas le sujet.

Quelques jours plus tard j’étais devenu dingo.

Cette femme enfant n’avait qu’une seule idée en tête c’était que je la viole. Et moi de la sauver. Jeu de cons.

Mais intense en diable.

Elle me posait des lapins et moi j’étais toujours là un quart d’heure plus tôt. Elle me tapait sur le système mais je devais adorer probablement, ça me distrayait absolument. en plus elle avait un autre mec me déclara t’elle, un mec dangereux, super jaloux, et marié accessoirement. Drôle, hilarant. Fallait vraiment qu’elle soit totalement salope, fallait il comprendre.

Mais j’arrivais pas vraiment à aller au bout du bout. C’est à dire la violer.

Elle franchissait la porte de mon logis et directement se désapait, ne conservait qu’un tee shirt une petite culotte et ensuite elle se mettait à gigoter toute seule sur le lit canapé. Si je voulais la caresser elle m’esquivait, pareil pour l’embrasser, lui mordre l’oreille, bref toute la tendresse elle la fuyait.

J’ai pas compris tout ce suite cette obsession du viol. Encore candide, ou handicapé du bulbe par tout ce que je venais déjà de traversé. Et puis soudain j’ai compris. j’ai eu un sale gout dans la bouche.

Putain fallait il encore dépasser cela ? le surmonter pour aller plus loin dans la bassesse ? Et se dire que tout ça c’était par compassion, par amour, ben voyons.

J’ai reculé plusieurs fois au moment de vraiment le faire. Elle boudait. M’en foutait.

Et puis on est partis en week end, loin de la ville, des petits hôtels sur la route du sud, on a vu que du papier à fleur sur les murs, des draps plein de foutre et de sueur, et du café beaucoup de café.

Elle n’a jamais rien dit mais je crois qu’elle m’a trouvé sympathique de résister autant. C’est à dire qu’elle devait compatir à mes conflits internes ce qui n’est déjà pas mal du tout comme relation lorsqu’on y pense.

On avait trouvé une sorte de modus vivendi, j’avais transigé quant à la sodomie pour y aller de bon cœur , ce qui est complètement différent que d’y aller en brute. Les langages sont importants.

L’autre était la menace permanente qu’elle faisait flotter au plafond quand je ahanais. L’autre était un homme très puissant qui s’il découvrait notre relation me mettrait en pièce carrément. ça me flanquait la trouille et m’excitait terriblement. Disons que d’un coup je devenais saoul encore une fois de ma propre idée d’importance, ce serait plus clair.

Les semaines filèrent, tout était savamment dosé, minuté entre l’attente, le manque, le désespoir et l’espoir, la résignation et la surprise.

Quand je ne l’attendais plus enfin, elle déboulait.

J’avais très envie de prendre ta queue dans ma bouche.

Alors que moi je peaufinais la dernière touche de mon repas de célibataire, généralement des pates à la bolognaise.

Effort insensés, pour saisir l’insaisissable. Jusqu’à ne plus en faire aucun.

Accepter son arrivée comme la pluie. Ne pas oublier la capote voilà tout.

Au fur et à mesure je me suis détaché doucement de cette idée d’elle et de ma jeunesse encore, celle dont je pensais encore pouvoir bénéficier.

A la fin on est revenu au début. Des coups de fil, une conversation amicale, les tentatives de séduction s’amenuisèrent l’excitation était retombée.

On n’était qu’une femme un homme qui tentaient de conserver le contact sans trop savoir pourquoi. De mon coté c’était de plus en plus clair, la nostalgie de moi même surtout. Au final elle aurait pu être n’importe qui, ça n’avait pas d’importance.

Premier amour de Beckett est tout à coup devenu une urgence, j’ai retrouvé ce bouquin et ça y est tout va bien Michael a repris la lecture, ça me fait vraiment du bien.

Ce récit est une fiction toute ressemblance etc…

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