Style

Sais tu ce que je sais ? drôle de question et dont le but devrait tout de suite t’être suspect. Parce que savoir ce que je sais nous mettrait sur un pied d’égalité, ce qu’on ne veut pas évidemment, on ne le veut jamais. On fait semblant, mais on ne le veut pas. La fraternité si ça existait vraiment ça se saurait, tout comme l’égalité, et je ne parle même pas de liberté, t’as bien remarqué.

Sais tu ce que je sais ? bon j’agripperais tes neurones, je les tirerais par les cheveux, je t’amènerais à faire des nœuds, des nattes, des couettes, pour que tu te demandes. Quel intérêt ? Le mien bien sur. Et suspendu à la réponse qui ne tardera pas tu fulmineras, te languiras, ça c’est presque certain.

« Presque » ça empêche de mentir. Parce que tu pourrais aussi t’en tamponner le coquillard, t’en foutre, et tourner les talons tout simplement avant de savoir le fin de mot de l’histoire.

Mais je persiste et signe… sais tu ce que je sais ?

A propos du style je voulais dire. Il est comme le furet qui court qui court et toi tu cours aussi, derrière la plupart du temps, la plupart des mots.

Mais le style c’est quand on n’y pense plus qu’il surgit voilà tout, il est comme l’amour, il revient par la bande si j’ose dire, par le désir quand on croit que c’est totalement foutu le désir.

C’est comme ça. C’est la vie. C’est le style.

Car le propos ce n’est pas de parler comme un livre, d’utiliser de grands mots qui ne sont souvent pas utiles, mais de foncer droit devant plutôt comme t’es tout bêtement.

On peut faire beaucoup avec peu, il y a tellement de combinaisons pour dire je t’aime ou je t’emmerde qui laisseraient d’ailleurs penser qu’on ne le dit pas, qu’on ne le dit jamais… appelons une chatte une chatte quand c’est nécessaire. Si ça ne l’est pas on reste seul et puis voilà. On ne dit rien, on ne partage pas, on mijote comme un bœuf au milieu de ses carottes, dans l’attente d’un mieux se dit-on, dans l’attente de quelque chose qu’on désire tellement transformer en mieux parce qu’on ne le voit pas bien, parce qu’on n’a pas les yeux en face des trous voilà tout.

Sais tu ce que je sais, je ne suis pas moi, je ne suis pas toi et tu n’est pas toi non plus vraiment, et encore moins moi.

Nous sommes là et las. Crevés KO kaput pardon. Dans une attente durant des nuits et tout ça pour quoi ? Pour trouver un style, graver quelque chose dans la pierre et qui dure pense tu , et qui dure par delà toi et moi, les générations futures.

Sais tu ce que je sais, si nous ne sommes ni toi ni moi, alors qui sommes nous vraiment ? Sinon ces mots que l’on écrit, longs parfois comme les sanglots longs des violons, long comme un dimanche avec Drucker ( parait qu’il remet ça) comme si on était encore sous un joug, sous une croix gammée ou pas.

Si nous ne sommes rien, c’est à dire comme tout, alors permettons nous, permettons à ce rien d’être ce qu’il est et voilà tout.

Le style c’est peut-être ça biffer jusqu’à se permettre, s’autoriser. Biffer tout ce qui n’est pas nous quand on ne sait pas qui l’on est, quand on s’acharne à vouloir savoir ALKASELTZER au secours, c’est encore pas c’t’année qu’j’aurais le Pulitzer.

Sais tu ce que je sais, c’est que je ne sais pas ce qu’est le style et je m’en fous. J’ai cherché longtemps pourtant mais maintenant je m’en fous et vois tu comme c’est fou, je joue et je jouis juste comme ça sans rien savoir du tout, en étant super zen avec tout ça.

Sais tu ce que je sais ? j’ai tué des pères, et aussi des mères, j’ai tué des maitres , je crois que j’ai tout tué au fur et à mesure des années armé de mon stylet. De ma bite et de mon couteau pardon. Tout ça pour avoir un style ? c’est un peu fort de café mais c’est surement une vérité. Une vérité à la Talleyrand noire comme l’enfer, chaude comme la braise, amère comme … je ne sais plus j’ai oublié.

Sais tu ce que je sais encore et encore ? C’est que le style appartient à l’époque, on n’y peut rien d’emblée. Le 18eme j’adorais, le 19 -ème aussi… Quels frissons à lire La Roche Foucault Voltaire Victor Hugo et Maupassant et Joris-Karl Huysmans  et tant d’autres que j’ai oubliés pardon.

Sais tu ce que je sais, on a parcouru tout l’intestin d’un ogre et nous sommes arrivé en bout de ligne, terminus aux alentours de l’anus. pardon, trou du cul. Ca ne sent pas bien bon ça c’est clair, mais il faut faire avec parce que demain nulle doute que ce sera encore pire malgré tout ce que l’on va te dire.

Tout est propice à l’oubli aujourd’hui. C’est voulu exigé, cachez vos références mesdames et messieurs, remettez les dans vos culottes un escargot par dessus c’est fini tout ça. Ayez du style aura t’on encore le toupet pardon, le foutage de gueule, de nous réclamer à la douane.

Sais tu ce que je sais, c’est qu’il faut s’enfoncer dans la banalité, la rendre totalement sienne comme une femme qui en redemande tout simplement parce que ça lui fait du bien un peu d’attention. As tu déjà été avec une femme banale ? Une femme au hasard comme ça, rien que pour savoir ? Ce sont souvent les plus belles les plus émouvantes, parce qu’on ne pose rien dessus, pas de bibelot, pas de rancune, pas d’avenir non plus.

C’est cette banalité la piste du style, tandis que l’un s’en va bifurque pardon se barre en couille, l’autre se rapproche et devient l’extraordinaire vois tu.

Sais tu tout cela ? bien sur que tu le sais, et je sais que tu le sais, on le sait sans y penser, sans mot jamais. Pardonne moi dans ce cas ce coup d’épée dans l’eau encore une fois, je ne peux jamais m’empêcher, assis au bord de l’eau de faire des ricochets.

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