L’intelligence financière

Aussi surprenant que cela puisse être les personnes intelligentes, cultivées, bénéficiant d’emplois qualifiés peuvent être des billes en matière d’argent. La raison de cela est que l’intelligence financière ne s’apprend pas à l’école pas plus qu’à l’université. En écoutant sur la route que j’emprunte pour me rendre à mon travail un nouveau livre audio intitulé « Père riche, père pauvre » de  Robert T. Kiyosaki, je ne suis pas surpris de comprendre que j’appartiens à cette catégorie. Une véritable bille dans le domaine de l’intelligence financière.

La première réaction qui me vient évidemment c’est d’aller chercher des responsables, que ce soient mes parents, ou bien les institutions, et me plaindre des lacunes que cette éducation m’aura laissées dans le domaine de la gestion de l’argent. Ensuite, si je réfléchis, je peux aussi me dire que je ne me suis que très peu intéressé à ce problème, et que le seul responsable de ce manque d’intérêt c’est à la fois l’air du temps, un idéal de gauche, l’impression laissé par la déflagration de mai 1968, où encore le passage d’une comète, et pourquoi pas la configuration interlope de mon thème astral.

La vérité est que je n’ai fait que suivre les règles que l’on m’a inculquées. Je n’ai guère eu de créativité dans ce domaine.

J’ai travaillé presque toute ma vie pour les autres et pour l’Etat et malgré un sursaut tardif dont j’ai pu bénéficier en 2008 et grâce auquel j’ai crée mon propre emploi, ma propre entreprise, je ne suis jamais devenu « riche ». La liste de mes actifs véritables ne se réduit qu’à une peau de chagrin.

Même si, il y a peu, je me félicitais encore de posséder un toit, de n’avoir à rendre de compte à personne sauf moi-même, de bénéficier d’une voiture, et de toute une armada de meubles hérités de mes ancêtres, d’objets connectés, de quelques œuvres d’art, et d’une collection de cartes postales, en fait cela ne représente pas grand chose. Je ne peux pas décemment m’illusionner encore en me disant que ces objets entrent dans la liste de mes actifs.

Chaque année la maison perd de sa valeur avec l’érosion du marché immobilier dans la région , frappée par la pénurie d’emploi. Ma voiture est encore potable, mais elle me coute certainement bien plus qu’elle ne me rapportera chaque mois. Les œuvres d’art ont plus une valeur sentimentale qu’autre chose, et les objets connectés ne le seront que par la décision d’une obsolescence plus ou moins programmée.

La seule chose qui reste à la fin est cette retraite minable que l’on va bientôt m’octroyer après toutes ces années de bons et loyaux services. Voilà à quoi mène le fait de suivre les règles, de faire confiance à l’éducation classique, aux banques et à sa bonne étoile.

Bien sur j’ai toujours dénigré plus ou moins cette envie de devenir « riche », ce n’était pas mon but dans la vie, je ne trouvais pas de motivation suffisante qui m’aurait enclin à m’intéresser vraiment au sujet tant j’étais obnubilé par le désir de fonder une famille, d’assumer le paiement des factures, puis de pouvoir m’exprimer. Ces occupations prennent un temps précieux et disons que ce furent mes seules vraies priorités.

A ce propos on ne réfléchit jamais vraiment à ce que sont véritablement nos priorités dans la vie. On fait des choix souvent par défaut. Enfin, pour moi c’est tout à fait comme cela que les choses se seront produites tellement la notion de projet sera restée vague, abstraite, parfois même saugrenue dans un contexte de pure survie.

Dans ce livre « Père riche père pauvre » l’auteur raconte son histoire, celle d’un gamin élevé par un père très instruit appartenant à la classe moyenne. Ce dernier bénéficie d’un salaire correct, mais se trouve toujours en difficultés à chaque fin de mois. C’est son père « pauvre »

En revanche le père de Mike, son meilleur ami , n’a jamais fait d’études, mais il est riche. La question que se pose alors le gamin est de comprendre comment faire de l’argent .

Les deux amis s’associent et décident d’aller frapper à toutes les portes du quartier pour récupérer de vieux tubes de dentifrices usagés qu’ils feront fondre pour récupérer le plomb. Ensuite grâce à un moule en plâtre il fabriqueront de fausses pièces, ils feront effectivement de l’argent. Au pied de la lettre.

Découvrant malheureusement que ce n’est pas légal ils devront renoncer à développer leur activité.

Mais comment devient t’on riche ? Comme fait-on de l’argent ? telles sont les questions qui ne cessent de tarauder le jeune Robert. Il décide donc de s’adresser directement au père de Mike pour lui poser la question.

Le père « riche » de Mike ne délivre pas son savoir comme un professeur classique. Il faut faire des efforts pour acquérir celui ci. Robert et Mike l’apprendront à leurs dépends en travaillant dur dans la société de ce père riche pour des sommes dérisoires au début, puis pour rien par la suite.

A chaque fois que Robert se plaint, s’en suit une leçon de vie que le père riche lui enseigne.

Voilà ce que font la plupart des gens dit-il, ils se plaignent du manque d’argent. Ils pensent qu’en avoir plus résoudra tous leurs problèmes, mais ils se trompent. Ce n’est pas avoir plus d’argent qui résout le problème c’est bien plutôt d’utiliser ce que tu as entre les oreilles.

Désormais Robert et Mike travaillent dans une épicerie qui appartient à père riche.

Le mieux qui vous puissiez faire pour bien comprendre les choses c’est de travailler pour rien leur dit il .

Comment ça pour rien ?

Et bien à partir de maintenant je ne vous donnerais plus un seul cents voilà tout.

Mais c’est illégal répond Robert.

Les gens riches ne suivent pas les mêmes règles répond père riche.

Au fond de l’épicerie on remise de vieux illustrés pour les rendre à l’imprimeur. La couverture est déchirée afin de ne plus pouvoir les commercialiser. Ces revues termineront au pilon.

C’est alors que Robert et Mike ont cette idée de demander à récupérer ces revues et d’ouvrir une bibliothèque de prets en offrant l’accès à celle ci par un système d’abonnement mensuel et modique aux gamins du quartier.

A condition qu’il ne revende pas les revues a bien précisé l’imprimeur. Et voilà ils font de l’argent désormais en toute légalité…

La première partie du bouquin est passionnante car elle me permet vraiment de comprendre un point de vue que je n’ai jamais eu sur l’intelligence financière. L’histoire de ces deux amis et de leurs relations avec ces deux pères, riche et pauvre, les enseignements qui accompagnent cette histoire sont des petites pépites qui me permettent de comprendre pourquoi le capitalisme risque de continuer encore durant un bon moment. Tout simplement parce qu’il n’est rien d’autre qu’un jeu avec ses propres règles qui ne sont pas les règles que l’on apprend dans une famille classique, à l’école, ou à l’université.

Ce n’est pas vraiment l’argent en lui-même le protagoniste véritable de cette histoire, mais bien plus le pouvoir que procure une véritable intelligence financière. Ce peut être considéré comme un art même si ça peut choquer la plupart des gens que je connais. Un jeu et un art. Et plus je vieillis plus je suis porté à croire que jeu et art ne sont qu’une seule et même chose.

Evidemment ce bouquin a déclenché une véritable révolution qui sera d’ailleurs passée pour ma génération totalement inaperçue. Faire du fric évidemment c’est beaucoup moins excitant à priori que la révolution sexuelle qui nous aura préoccupée assez largement.

Lorsque je fais le bilan, et que j’observe tous ces jeunes qui veulent désormais acquérir leur « liberté financière » en créant leur propre business je vois qu’ils se réfèrent à des gens comme  Robert T. Kiyosaki bien plus qu’à des gens comme moi qui ne sont finalement capables que de parler d’art, de littérature, de culture en général ou de se souvenir de leurs aventures tant sexuelles qu’humanistes.

Je ne sais pas s’il faut s’en réjouir, le regretter… et quelle importance de perdre encore du temps là dessus. La vraie question à se poser c’est de savoir ce que sont nos véritables actifs et comment les faire fructifier. Je ne vais pas me refaire évidemment, ce serait ubuesque d’ouvrir un compte d’actions ou d’obligations à mon âge, sans compter que j’aurais l’impression de me trahir totalement en tournant ma veste.

Quels sont les actifs véritables, ce que l’on peut faire fructifier… ? Cela vaut la peine de réfléchir à cette fameuse intelligence financière qui au demeurant prend la finance comme prétexte mais nous parle de bien autre chose si on sait lire entre les lignes.

7 réflexions sur “L’intelligence financière

  1. Bon jour Patrick,
    « … La vraie question à se poser c’est de savoir ce que sont nos véritables actifs et comment les faire fructifier…  » c’est exactement ça ! Les uns c’est l’argent, les autres la passion pour les voitures, les autres l’art, etc et d’autres rien (et j’en connais) …
    Max-Louis

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  2. Exact quant à cette phrase et que Iotop a déjà relevée par son commentaire.
    Moi, chaque matin et chaque soir, comme une ritournelle, me vient : ‘comment générer de l’argent avec ma peinture, mes dessins et mon écriture et garder la gestion de mon temps ?’…

    Aimé par 2 personnes

  3. Un de mes amis, informaticien, trouvait toujours les pannes dans les systèmes.
    Il était réputé pour trouver le problème !
    En lui posant la question sur cette capacité à réussir où d’autres échouaient gravement, il me répondit: Mes collègues se posent toujours la question: Il est où le problème ?
    Et bien moi, je me demande: elle est où la solution ?

    Aimé par 2 personnes

  4. Comme on se ressemble. Mon père aurait bien voulu faire de moi un administrateur ou un politicien et j’en faisais de l’urticaire. J’ai toujours été davantage un bon chanceux qu’un bon administrateur et j’ai laissé aux femmes de ma vie le bon soin de l’intendance. Parfois à regret, parfois avec bonheur. Mais, au chapitre du matériel, je me contente de peu, heureusement. Ce qui ne m’a jamais empêché, cependant, de travailler comme un singe pour assurer.

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