Se forcer

« Si tu ne fais aucun effort, si tu ne te forces pas un peu, tu n’auras rien. » Cette condition pour obtenir m’a toujours paru louche.

Bien que j’ai obtempéré le plus souvent bêtement , ou plutôt lâchement, la bêtise excuserait-t ‘elle la lâcheté ou vice versa ? car les retombées en cas de manquement eussent été plus douloureuses que l’effort minimum à produire pour que l’on me flanque la paix.

Mais le plus souvent je freinais des quatre fers si je ne ressentais pas le besoin.

Ce à quoi on me répliquait que je n’avais pas de cœur. Ce qui devait correspondre à un truc comme mettre du cœur à l’ouvrage, y mettre tout son cœur, etc etc etc

Et si encore si je n’arrivais toujours pas de cette façon là à intégrer la grande fratrie des forcenés de l’effort, les vaillants, les intrépides face à la tâche, on me flanquait soudain le diable dans la peau.

« On ne sait plus quoi te dire, tu dois avoir le diable dans la peau. »

J’étais récalcitrant par nature et on aurait pu me laisser tranquille si on n’avait pas misé sur moi comme on mise sur un cheval de course.

J’étais l’ainé de l’écurie, foirer eut été inconcevable.

Mais que mettaient ils donc dans ce mot ? dans la réussite ? A vrai dire en observant cette fameuse réussite, je n’y voyais rien d’encourageant.

Un pavillon de banlieue, une télé couleur, deux voitures, le frigo toujours plein à craquer et puis cet air satisfait de soi surtout d’avoir pris de distance la misère, tout en méprisant l’air de rien ceux qui s’y trouvait encore… ce n’était pas bien baisant.

Si je ne me forçais pas, ils s’en chargeaient.

D’ailleurs ne se chargeaient ils pas de tout ?

Et moi comme un roi assit sur mon trône j’observais, je jugeais, pour ça pas besoin de beaucoup d’effort, pas besoin de se forcer.

Croquis d’enfant roi Patrick Blanchon 2021

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