Coup de mou

Oh la la j’ai eu la trouille… et ce n’est pas encore totalement terminé encore. Affaibli, démoralisé, je me suis trainé ces derniers jours de la maison à l’atelier. J’ai fait appel à tout ce que j’avais pu glaner par ci par là comme astuce pour me rebooster, me motiver, m’auto flanquer des coups de pied aux fesses… et je vous avoue que seul le besoin de tacher de la toile ou du papier m’a maintenu la tête hors de l’eau.

Evidemment j’ai pensé à ce foutu virus en premier. On ne pense plus qu’à ça des qu’il y a la moindre défaillance désormais ce qui indique – qu’on le veuille ou pas -que nous sommes tout de même touchés par la psychose ambiante.

Même l’optimiste forcené que je suis l’est, ce qui n’est pas peu dire. Ou l’hypocondriaque plutôt car avant l’arrivée de la Covid ( vous avez remarqué le féminin ) j’étais plutôt accès sur le cancer des testicules, la tumeur du ciboulot, sans oublier la leucémie, le cancer des os j’en passe et des meilleures.

Donc reniflements, maux de crâne à répétition, fatigue générale et transformation intempestive en cloporte se trainant du lit au canapé globalement une fois mon effort pictural de la journée mené plus ou moins à bien.

A grands renforts de Doliprane et de mantras, j’ai évidemment fait appel à l’esprit de Monsieur Coué, vaut mieux revenir aux origines qu’aux produits dérivés, comme la PNL et autres billevesées de développement personnel. Et aujourd’hui une petite semaine après, me revoici un peu plus en forme et apte à écrire de nouvelles bêtises.

Etre malade a ceci de bon qu’on est prêt à tout pour que ça se termine le plus rapidement possible. Etre malade rend créatif. Pas de façon directe, je veux dire pas pendant qu’on est alité. Non, pendant que tu es alité tu roupilles, tu sers les dents, tu te poses des questions sur l’après vie, et tu regardes le plafond. C’est plutôt lorsque ça va mieux que la créativité surgit, un peu comme la Grace tombe sur une bonne sœur au bout de 30 ou 40 ans d’ennui. Ou comme lorsque tu ressors de chez le dentiste qui vient de te soigner une rage de dents.

Toujours ce système des vases communicants.

Du coup j’ai revisité toutes ces pensées morbides que j’ai eu, du genre je vais crever c’est sur, que vais je donc laisser derrière moi, ou encore putain je m’y prends vraiment comme un gland pour communiquer sur mon art avec les gens, ou encore je suis un peintre de merde et je devrais laisser tomber tout ça pour passer à la plomberie ou à la peinture en bâtiment,.

On vient juste de faire appel à un artisan pour rénover notre cuisine et pendant le camping forcé, ajouté aux affres de la dépression causée par ce qui n’est qu’un petit refroidissement -plutôt classique au mois d’avril-, j’ai calculé que je me ferais des coucougnettes en or massif si je choisissais de gagner ma vie comme ça. Sauf que j’ai plus de 60 balais et qu’il fallait y penser avant mon petit pote.

Bref . On ne peut pas être et avoir été comme disait je ne sais plus qui.

Je crois que j’adore ça en fait. M’imaginer au bord du trou, quasi habillé en suaire, près à recevoir la première pelletée de terre. C’est une pensée obsessionnelle. Je peux être en train de faire la cuisine, bricoler, faire l’amour, me promener en forêt je ne peux pas m’empêcher de penser que je vais claquer. Que tout ce que je suis va s’évanouir d’un coup dans la stratosphère à tout jamais. PSSSHHHIITTTT ! et puis pas plus. Je tente d’affronter cette vision d’anéantissement totale depuis toujours. Depuis mon tout premier cours d’astronomie où le prof nous avait suggéré d’imaginer le rien avant l’arrivée du Big Bang.

Evanouissement direct.

Je ne m’évanouis plus à cette pensée. Je deviens juste morose. Ce qui n’est pas bon du tout pour le système immunitaire évidemment, tous les bons donneurs de leçon prônant la pensée positive le diront.

La maladie a cela de bon qu’elle nous rappelle un vieux principe quasiment perdu de vue dans ce monde ubuesque. Le fameux principe de réalité.

On possède un corps en plus d’un esprit et ce corps de temps à autre, surtout vers la retraite peu devenir un tantinet récalcitrant face à la jeunesse d’esprit qui a tendance à s’en foutre comme si celui ci avait toujours 20 ans.

Je ne suis pas fortiche en sondage mais si je posais la question à toutes les personnes ayant franchi la cinquantaine :

Dans ta tête tu as quel age ?

Bon nombre s’ils sont honnêtes donneraient une réponse qui oscillerait entre 7 ans et 25 ans. Je veux évidemment parler des plus lucides d’entre nous. Pour les autres qui se pensent terrassés par les années, accablés par le bagage d’expériences et de connaissances et qui confondent ça avec la connaissance j’ai peur de ne plus rien pouvoir faire pour eux.

Winston Churchill l’avait dit : la vieillesse est un état d’esprit et il avait parfaitement raison. C’est d’ailleurs ce qui l’aura conduit a faire tellement de bourdes dans sa vie et parmi toutes celles ci quelques fameux coups de génie.

S’imaginer vieux c’est souvent du à un excès de prétention si ce ne sont pas les articulations qui nous conduisent à le penser. On prétend avoir vécu, on prétend savoir un tas de trucs et souvent quand on regarde clairement les choses en face – ce fameux principe de réalité- de quoi s’aperçoit t’on je vous le demande ?

On s’aperçoit qu’on n’est sans doute même pas encore né. Que l’on est resté coincé dans une espèce de no man’s land à digérer du placenta en attendant d’avoir l’espoir de prendre un bon bol d’air.

C’est toujours une question de point de vue mais pas seulement, cela peut être lié à tellement de facteurs divers et variés qu’on ne peut qu’être humble en fin de compte face à la solidité, à la véracité de ce point de vue justement.

Je ne sais plus quel Bodhisattva fameux disait que l’esprit était changeant et qu’il ne servait pas à grand chose de s’y attacher de trop. Qu’il fallait plutôt le considérer comme un ciel avec des changement de luminosité, des éclaircies et des orages pas grand chose de plus. Cela demande un effort de distanciation qui ne se trouve pas sous le sabot du premier cheval venu. D’autant que désormais on n’en voit plus beaucoup des chevaux si on observe bien…

Donc un coup de mou pour tenter de recentrer le sujet car j’ai toujours tendance à m’égarer par distraction.

Un coup de mou c’est neutre finalement tout dépend comment on l’interprète, avec quelles lunettes on le regarde, parfois ça peut venir d’un rien ou d’un tas de bonnes raisons car -bien sur- il faut aussi de sacrées bonne raisons, et on est porté à se les fabriquer en cas de besoin. On n’imagine pas un coup de mou gracieux qui viendrait comme un cheveu sur la soupe un poil pubien d’ange , un cadeau du ciel. C’est forcément qu’un truc ne tourne pas rond. Comme si tout devait tourner rond. Du coup on s’invente des raisons mais surtout des fautes, une culpabilité.

Si je ne vais pas bien c’est parce que etc.

Bon on en perd du temps avec ça ,et j’en perds surement à vous narrer ces fadaises, où alors ça meuble, ça occupe le temps qu’il faut en attendant d’aller mieux en attendant que le train train reprenne que tout se remette à tourner rond.

C’est confortable de tourner en rond ça peut mener à des transes de derviche comme à l’ennui, et encore une fois les résultats sont tellement surprenants pour un évènement aussi banal que l’on est bien droit de se poser quelques questions sur les véritables raisons, ontologiques cette fois, servant à l’équilibre d’un système qu’on ignore totalement impliquant ce fameux coup de mou et aussi pourquoi pas la rotation des planètes qui tournent en rond elles aussi comme à peu près tout dans la réalité qu’on nous assène régulièrement.

quelques uns de mes derniers travaux sous coup de mou :

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