La face cachée

Avancer à visage découvert est un leurre évidemment, mais amplement suffisant à produire l’impulsion électrique des neurones et synapses qui déchargeront leur trop plein dans l’écriture. La face cachée de tout cela est un noyau insécable que la connaissance en vain tente d’approcher. La face cachée est toujours autre. Et connaitre n’arrange rien pour se rendre vers celle ou celui ci.

Connaitre ne se produit que dans une seule cervelle malgré tout ce que l’on s’invente pour ne pas le croire. L’inconnaissable s’étend comme une femme nue gigantesque dont on pelote le cul les seins les cuisses et le pubis en vain.

C’est le point névralgique du monde, l’île de Vénus, la Cythère fantasmée à partir des ruines qui nous restent entre les dents.

J’emprunte un peu à Michel Butor pour les connaisseurs, lui qui était obsédé par ces faces cachées qu’il allait chercher pour les besoins de son enseignement littéraire, dans les récits multicouches d’un Gérard de Nerval en partance vers l’Orient.

Concomitamment quelques messages échangés avec un ami peintre me font pénétrer dans l’espace étouffant du refus.

Lui croit que créer est une lutte. Moi se vivre tout simplement, la création est un repos, le repos du guerrier si l’on veut. Encore une fois un féminin, un centre depuis lequel reconstruire la pyramide comme une cartographie hésitante que l’on tente à tâtons de reconstituer après la fin d’un monde. Un monde qui n’a plus rien à voir. Qu’on ne peut voir qu’en fermant les yeux en respirant tranquillement. En peignant ou écrivant dans le silence d’un antre, dans la paix d’un souterrain, allongé rêvant et ondulant sur le corps de la Gorgone.

La face cachée ne peut alors s’entrevoir qu’en fermant les yeux. En épluchant un oignon couche après couche comme un enfant pour parvenir au germe que l’on découvre soudain insignifiant. Mais dont cette insignifiance ne regarde que la notre en fin de compte comme un reflet dialogue avec un miroir.

La vérité est qu’on traverse de nombreuses certitudes et tellement de mots d’ordre que l’on s’invente tout seul, que parvenu à ce silence brusque on ne sait pas comment le prendre. Qu’il faut du courage pour s’installer dedans. Comme il faut du courage ou de la folie et sans doute de la résignation pour s’allonger sur une géante dont la chevelure ou le regard à tout instant peut nous réduire en pierre. N’est ce pas finalement un désir minéral qui nous rêve ?

Mais une fois en elle la géante Vénus en elle – profondément- Totalement, la porte s’ouvre. Toute la colère, l’amertume, la rage, n’étaient là que pour échauffer l’humeur et mettre en branle un système planétaire semblable à tous les autres qu’on va chercher là -bas alors qu’il est tout simplement ici.

En soi la face cachée pour dégager cet autre que nous découvrons soudain. D’où la rotation, le rythme et le soupir, tous les frôlements et les frottements.

Avant d’être englouti en tant que rêve ou cauchemar par la vulve éblouissante et être soudain projeté dans un nouveau monde

à condition de mourir.

à condition de vivre.

Toujours ces deux faces, ce vieux Janus cette belle Vénus. Et certainement bien d’autres qui resteront ensevelies dans la pénombre des oublis.

Découvrir la face cachée c’est accéder à l’éternité de cet instant rendant caduque tout effort passé, l’abolition de tous les remords et regrets. C’est être foudroyé par la paix.

Format 20×20 huile Avril 2021 Patrick Blanchon

Le revers de la médaille c’est que Vénus ne cesse de se dérober. Elle rejette chacun des masques dont tu t’affubles pour tenter de la prendre. Son consentement ne vient sans doute que de ton abdication, de la nécessité soudaine, ce nouveau monde, d’en finir avec les luttes, les preuves.

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