Agir réfléchir.

Agir et réfléchir, ça se dédouble. Deux parallèles qui continuent leur petit bonhomme de chemin. Dichotomie. Scissiparité. Sans doute une mémoire cytoplasmique qui cherche à gagner du terrain coute que coute pousse dans les deux sens. Dans l’action comme dans la réflexion. Sans se toucher de trop. Mettons rarement.

Réfléchir est ce de l’action ? agir une inconscience de rigueur ? Le temps se brouille quand on y pense. Autant s’asseoir pour ne pas trop vite être étalé au sol par le vertige.

Entre les deux un doute une hésitation pour s’accrocher à quelque chose. Un genre d’accablement comme pour maintenir à quai un gros cargo. Des câbles dérisoires, mais suffisant pour se faire une idée quand même. Pour n’avoir pas d’idée vraiment claire. Attendre l’espoir en regardant dans le blanc des yeux la peur d’être à nouveau déçu. Petit coup de gong. Pause. Eponge moi le front, humecte moi les lèvres, resserre les liens à mes gants.

Dring ça repart, crochet du gauche et jeu de jambe. Moins sautillant d’un coup au 5 ème round.

Bing de plein fouet, dans l’arcade sourcilière le sang continue de pisser, la solitude trouve une issue et se rue en geyser. Liquide chaud et gluant, se mélange avec bave et écume qui glissent sur le menton.

Faut tenir. Ne penser qu’à ça. A rester debout esquiver rendre coup pour coup.

Seuls fruit de seul dans l’éclairage violent des spotlight, la foule en contre jour. On se cogne et s’étreint, on s’agrippe se soutient.

Show must go on.

Agir et réfléchir. ça se dédouble. L’un et l’autre torse nu à s’empoigner comme deux moitiés qui cherchent une unité.

L’arbitre siffle pour retarder. Pour éviter de sombrer dans la bestialité.

Faut respecter un peu les règles pardi. l’élégance la politesse. Etre sport.

Face à face désormais, défigurés, broyés, édentés, aveuglés nous nous tournons l’un autour de l’autre

et vice versa.

Le ring est tellement immense qu’il faut sans cesse le réduire.

Des petits pas. Jeu de jambe de plus en plus lent. Fatigue, agacement, colère et peur panique.

Face à face on se surprend, on se voit soudain tel quel. Un reflet.

Mais le public attend. Trépigne. la rumeur monte doucement. Un gagnant et un perdant vite.

Face à face on est complices. tu te couches ou je me couche l’essentiel n’est plus de vaincre.

L’essentiel est tout au sol, des flaques sans compter l’odeur. On se sera vidé de tout pour découvrir ce rien.

Agir et réfléchir se peut il qu’ils se rejoignent comme ces rails qu’on voit au loin et qui on l’imagine font dérailler les trains ?

Coup de sifflet de l’arbitre. La foule en délire défonce les accoudoirs. Sur les écrans des pub Coca Cola on sent déjà le sucre des parfums des filles trépignant dans la coulisse.

elles se jetteront bientôt devant pour agiter leurs drapeaux couettes, tresses et nattes

Tout ça pour dire aller tout ça c’était pas vrai c’était pour rire quel bon moment prout prout cadet à cheval sur mon bidet.

A quel moment on décide de dire pouce à soi-même est un beau mystère

Une embarquée belle hors d’ici de là.

on attend sans l’attendre l’ultime uppercut, on joue la surprise, le spasme le sursaut qui nous mèneront direct

droit hors du décor, à la croisée des horizons.

On filera à l’anglaise, en diagonale

et digne cependant d’avoir été au bout du supportable.

Jusqu’à mordre à belles dents dans l’intenable l’insoutenable,

voler quelque chose de son silence.

Et l’emporter au fond de l’océan

comme un galion qui sombre,

un vol et une restitution

Agir et réfléchir ça se dédouble

et même ça se multiplie à l’infini dans les applaudissements

quel cirque cet échange

ce mélange cette confusion

tout est affaire de substitution.

Rien n’est plus si important

L’irremplaçable est à 6 pieds sous terre.

Huile sur toile format 24×30 cm Patrick Blanchon 2020