Divers tissements

Se divertir, se distraire, se recréer à tout bout de champs, une fuite éperdue hors de soi vers rien. Un rien pauvre appauvrissant en diable le plus vertueux de tous les saints. Parce que saint n’est plus mode autant que bœuf et le mouton est roi.

Tous les chantres bêlants le diront haut et fort et le rabâcheront.

Héritage empoisonné d’une oisiveté princière où de beaux messieurs et de gentes dames rivalisaient d’esprit jusqu’à plus soif tarissant ainsi tout l’important d’avant, le réduisant à une peau de zob, de chagrin.

Le 18ème et les lumières n’ont rien éclairé d’autre que la misère qui les entourait pour s’en gausser, se rehausser, se distinguer. Par contraste exister.

Le bel esprit primesautier, la légèreté, l’agilité, Un pansement sur une jambe de bois.

On nous a tant fait croire à la gloire, à l’esprit, aux belles lettres, à la philosophie et à la science, à grands coups de slogans de rediffusions de tubes, de classiques et de bouquins de poche, qu’au bout du compte par lassitude, par habitude, forcément on y a cru. Ne me dites pas que tout cela n’était pas prévu.

Et le loisir fut brandi soudain, le nouveau crucifix, avec tous ses pèlerinages, ses génuflexions, ses embouteillages lors des congés payés.

Derrière le front populaire quelle intelligence fomentait de toutes neuves entourloupettes ?

Le progrès aussi oh la la le progrès comme un bon vieux veau gras tirant ahanant le char de la modernité.

Quel carnaval ces petits malins nous auront encore inventé là.

Car dans le fond rien n’a bien changé depuis le fin fond des âges. Que du ressassé, de la resucée, rien de neuf n’est vraiment inventé.

Il y a toujours des riches et des pauvres, des forts et des faibles, des braves et des pleutres, et des cocus par monceaux.

Divertir pour attirer l’attention. Pour capturer l’attention afin qu’elle n’aille pas batifoler dans les fourrés, dans les chemins pas balisés. Divertir pour canaliser l’idiotie. Cette enfantine part de nous mêmes toujours prompte à se laisser berner et séduire par innocence par naïveté ou par paresse ou par fatigue.

Les déceptions s’accroissent d’autant qu’on espère toujours de plus en plus. Et fabriquer de l’espérance et du rêve c’est un sacré métier.

Qui se fait payer fort cher.

Ce sont toujours les mêmes princes primesautiers en apparence qui tiennent les cordons de la bourse. Des présentateurs télé et des acteurs et des artistes nominés qui vont flatter l’Etat ventripotent.

Comme à Versailles autrefois la cour se reflétaient dans la longue série de miroirs pendant qu’au delà toute la France peinait afin de rendre plus transparent le verre, plus fastueuse la belle image et quel culot d’avoir pour le jardin débauché Lenôtre. Même ça on nous l’a dérobé.

Et des impôts et des taxes et maintenant audio visuelle… Non rien n’a vraiment changé depuis la taille et la gabelle.

Ce sont toujours l’avidité et le pouvoir qui tiennent les rennes de ce traineau qui s’enfonce de plus en plus vers l’incurable.

Se divertir ne vaut que si de prime abord on est bien averti. Des tenants et des aboutissants de la farce et du folklore.

Se divertir comme on boit comme on baise, comme on s’oublie, comme on s’annule à petit feu pas seulement par ennui mais par absence.

Absence d’être absence de sens face à l’hégémonie de l’avoir et de paraitre.

Dessin crayon et feutre Patrick Blanchon 2020

2 réflexions sur “Divers tissements

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