Relation

Revenu ces derniers jours à mes fantasmes d’indépendance chroniques, j’enchaine les vidéos d’André Dubois. Je vous en ai déjà parlé mais vous n’avez sans doute pas fait attention. A force de bavasser sur tout et rien comme je le fais assez régulièrement je me transforme probablement en une sorte de bruit de fond. Un peu comme une radio qu’on laisse allumée dans une cuisine en même temps qu’on rêvasse en essuyant des tasses, des verres. Je ne vous en veux pas, je fais souvent la même chose.

André Dubois dit qu’en blogging la chose la plus importante est la relation avec l’audience. J’ai lâché le volant en pensant que j’allais me frapper le front, mais au lieu de ça j’ai ouvert la vitre et allumé une clope.

Que ce soit dans n’importe quoi, le commerce, l’art, les filles, et même soi-même, la relation semble être une sorte de mortier colle indispensable. Sans ça on finit eunuque, voyeur, onaniste.

J’ai toujours été très mauvais dans les relations. Déjà la première fois où l’on m’a extirpé du calcul pour me présenter des ensembles et des groupes en algèbre j’ai bien senti que cela avait du mal à passer…

Réflexivité, transitivité tout ce qui se terminait par « vité , vite hey ! éviter  » me renvoyait à mon état d’invité. Un invité pataud qui ne sait pas où mettre son corps dans l’espace, qui n’arrive pas à ouvrir la bouche pour dire la plus petite banalité à son voisin à sa voisine. Une anomalie mathématique.

Un invité qui évite de la ramener de peur d’être tout simplement pulvérisé désintégré par la moindre chose qui pourrait sortir de lui même comme une bombe tant le malaise était à ces instants aigu. Ou encore tout le contraire qui ne parle que pour ne strictement rien dire mais très haut très fort.

Je n’arrivais pas à comprendre le superficiel et je m’obstinais à ne jamais vouloir quitter la profondeur. Ce qui me permettait assez confortablement planqué ainsi d’observer, de comparer, de juger tout ce qui pouvait passer dans mon périmètre.

J’étais comme un cheval, tout allait assez bien à condition qu’on ne vienne pas pénétrer trop rapidement, brutalement dans ma bulle. A ces moment là je devenais imprévisible je pouvais rougir de la racine des cheveux aux doigts de pieds. M’enflammer de rage en me mettant à trépigner. Etreindre l’autre comme si c’était une sœur un frère jusqu’à vouloir l’étouffer. Je n’étais doué d’aucune espèce de modération, j’ai du tout apprendre laborieusement.

Et encore il faut bien admettre qu’on n’a aucun talent à un moment, cesser de s’illusionner.

La vérité si tant est qu’elle puisse exister vraiment c’est que toute relation finit plus ou moins dans l’ennui.

Je n’y peux rien, il y a quelque chose dans ma nature qui tôt ou tard me fera fuir l’autre comme on se fuit soi-même.

Sans doute pour ne pas parvenir trop vite à une chose que l’on sait depuis toujours.

Avec le temps on tente de définir cette chose avec plus ou moins d’imagination, de raisons, et d’échecs. On la cherche probablement autant qu’on la repousse. Jusqu’à ce que l’on n’ait plus besoin de tous ces prétextes.

Le fait que l’on soit seul ontologiquement, qu’aucun pas plus qu’aucune ne puisse combler cette béance du rien qu’est ce désert une fois tous les mirages dépassés.

C’est une piste un sentier périlleux que la lucidité propose et qu’on n’est évidemment pas du tout obligé de suivre.

d’ailleurs on ne le suit pas, la preuve, je suis là, sur ce blog et il arrive même que parfois on me lise qu’on me like et même que l’on m’adresse des commentaires.

Je pourrais m’arrêter ainsi d’ailleurs j’allais le faire. Mais quelque chose me dit que ce n’est pas suffisant, que je ne vais pas jusqu’au bout, que je dois lutter contre cet ennui que me procure l’échec perpétuel dans cette idée que je me fais de toute relation.

Ce grand appétit de l’autre si je reprend le fil qui part des débuts est constitué d’espoir mal adressé. Je crois qu’il est tout à fait possible que cette quête de l’autre ne soit qu’une dérive, une projection d’un appétit bien plus puissant.

C’est cette avidité d’aller chercher en autrui ce que je crois qu’il me manque. Et tout le tralala de cette foutue reconnaissance.

Avec le temps, l’âge, les espoirs et les déceptions qui les accompagnent tout finit par se stabiliser un peu.

On peut mieux lire sa vie à tête reposée.

Il est tout à fait plausible désormais que cette relation, cette faim dévorante au début ne soit qu’un élan toujours contrarié vers soi tout simplement.

Non pas le petit je qui se débat dans les méandres de son ignorance mais de ce « soi » qui une fois trouvé rejoint la multitude par tant de points d’intersection.

Aller vers l’autre pour se fuir en quelque sorte c’est aller au front avec une fleur entre les dents ça n’empêche pas les balles de pénétrer dans la peau ni dans le cœur.

ça n’empêche pas de tomber mille fois le nez dans la gadoue.

C’est comme ça que j’ai appris par une succession d’échecs et la fatigue alors que je me croyais parfois si intelligent, le terme de relation.

On ne peut pas entretenir de relation à l’autre si on n’en entretient pas avec soi-même. Si on est toujours dans une fiction de qui on est.

Ce qui est évident c’est le reflux, le genre d’évidence tellement évidente qu’on ne la voit jamais.

Si je ne suis pas moi-même l’autre le sait par des canaux invisibles. Il n’est besoin d’aucune explication, aucun mot tout passe par la sensation de justesse et de fausseté, par le gout et l’odorat.

Si je ne peux pas sentir quelqu’un c’est que je ne parviens pas à accepter cette odeur qui se dégage de la part qu’il occupe au fond de moi. C’est que cette part nauséabonde m’appartient et qu’elle m’est scellée par toute une foule de mots d’ordre, d’à priori, de préjugés. Par toute une éducation avec sa cohorte de clichés.

Je n’ai pas de formation particulière dans l’art d’écrire. J’ai appris avec le temps à me rapprocher de ma voix. Souvent avec beaucoup de craintes et de hontes, de culpabilité. J’imaginais que dire les choses telles quelles, feraient exploser le monde entier. Mais en fait non, c’est tout le contraire, je crois plutôt qu’écrire rassemble tout un monde désordonné brouillé par de faux jugements, par le mimétisme, par la mise à plat d’un apparent désordre qu’on ne veut pas accepter comme source.

Le fait d’avoir échoué tant de fois dans ce que j’appelle mes « relations » m’aura obligé au final à trouver des moyens d’en trouver de nouvelles, par la peinture et l’écriture avec les couleurs, les lignes, les formes, les mots.

Ce n’est peut-être pas très catholique comme démarche et comme « style » mais c’est aussi une façon de se rapprocher d’une orthodoxie oubliée appartenant à des peuplades disparues.

Une sorte de loi tacite qui disait que tout était lié qu’on le veuille ou pas et que la meilleure façon de marcher était non seulement d’effectuer un pas après l’autre mais de ne pas avoir peur de tomber ni de se relever. Que tout cela faisait partie du trajet et qu’un sacré paquet de choses de toutes façons nous dépassent et qu’il ne sert pas à grand chose de vouloir les maîtriser.

La foi est peut-être une sorte de résidu de cette antique confiance dans un ordre métaphysique qu’avaient les soi disant primitifs.

Une confiance liée sans doute au peu d’importance qu’ils nourrissaient envers leur petite personne en tant qu’individus. Ils savaient faire partie d’un grand tout, d’une solidarité naturelle ce que nous avons depuis des lustres oubliée.

Ils inventaient des dieux et des déesses pour cartographier cette puissance infinie du Soi réinventée par les psychanalystes d’aujourd’hui.

Ce grand Soi, ce grand Manitou, Dieu ou je ne sais quoi brille par son absence tellement que lui aussi fait partie de l’évidence qu’on ne voit pas tant elle est là omniprésente.

Religion et relation ne sont pas bien éloignés et c’est ce que j’ai fui également. Je ne voulais appartenir à aucune chapelle aucune église c’était bien plus fort que moi d’y renoncer à chaque fois.

toujours cet ennui, cet ennui salvateur si je peux dire.

Cette relation figée avec un point de vue sur le monde l’univers qui ne sert pas à autre chose qu’à compresser un ressort.

Béni soit l’ennui s’il mène à la grâce qui jaillit malgré tous les obstacles que j’ai pu placer pour la retarder.

C’est à dire pour parvenir à cette relation à Soi plus paisible plus juste sans tapage.

C’est revenir encore une fois de plus au bord de l’eau et s’asseoir regarder le ciel se refléter dans l’eau, se sentir vivant juste comme ça.

A t’on besoin d’une autre relation que celle ci vraiment ?

Quand on a tout, a t’on encore besoin d’autre chose ?

C’est la même chose que d’avoir rien et de s’en contenter.

C’est seulement une façon à soi de voir les choses.

A un moment donné j’ai coupé le son je n’ai plus écouté André Dubois. Quelque chose m’agaçait dans son discours sans que je ne sache vraiment quoi. Je me suis mis à réfléchir là dessus. Son but est de gagner sa vie en vendant du contenu sur le web en apportant de la valeur aux gens, en répondant comme il le dit à un besoin, à un problème, en fournissant des solutions.

Il s’est aperçu qu’il ne suffit pas d’avoir une boutique, une audience pour vendre. Il faut créer une « relation » avec cette dernière et il utilise le terme d’empathie. Il faut travailler des textes, tout un contenu gratuit basé sur celle ci.

Bon.

J’ai rallumé une nouvelle cigarette et je me suis demandé ce que je voulais vraiment au fond.

Est ce que je veux moi aussi fabriquer du contenu bourré d’empathie pour attirer le chaland vers mes tableaux afin qu’on me les achète par sympathie ?

Et est ce que la peinture, la mienne notamment répond à un besoin? Est ce qu’elle fournit une solution à un problème si ce n’est pour certain de trouver une association de couleur avec un canapé , un mur…la réponse est non, bien sur.

Comme je l’ai déjà dit à plusieurs reprises ce blog n’a pas pour vocation de vendre quoi que ce soit et je m’y tiens.

Dois je pour autant renoncer à nouer des relations et dans quel but ? C’est la question que je me pose à nouveau sur mes interventions sur les réseaux sociaux en général.

Est ce pour des raisons de visibilité ? Dans ce cas je m’y prend comme un gland c’est certain car avec ma langue crue, mes élucubrations philosophiques, et les dissertations innombrables sur l’art de couper les poils de cul en quatre j’ai bien peur de produire tout le contraire.

Ce qui au demeurant me réjouit je vous l’avoue un peu de la même façon que l’on quitte un boulot en montrant son cul au patron avant de s’éloigner pour de bon.

Huile sur carton 30×30 cm Patrick Blanchon 2016

3 réflexions sur “Relation

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