Le désespoir rend con

Pendant des années ce ne fut qu’une simple intuition, et je me suis souvent posé la question du sens de cette proposition : est ce par ce qu’on est con que l’on est désespéré ou bien l’inverse ?

Même aujourd’hui je pourrais encore me rassurer mollement en me disant je ne sais pas. On trouve toujours tellement de subterfuges pour se mentir, s’aveugler, pour ne pas changer de point vue, pour ne pas quitter le petit confort de ses certitudes…

Mais si on prend vraiment le taureau par les cornes, si on se frotte les yeux un bon coup il y a de fortes chances que l’on acquiert suffisamment de dégoût pour la rêverie.

Le désespoir rend complètement con mêmes les plus malins.

Ceci explique d’un seul coup toute l’ineptie d’une existence. Il faut juste un peu d’honnêteté pour ne pas faire volte face, le déclarer suffisamment fort pour y croire une bonne fois pour toutes.

Ne pas rebrousser chemin surtout en jetant par dessus bord toutes les billevesées habituelles : se racheter se pardonner n’importe quel genre de rédemptions.

Parce que nombreuses furent les personnes rencontrées qui sous prétexte de désespérance chronique m’auront pourri la vie. A commencer par moi-meme.

Et puis encore faut il se mettre d’accord sur la notion de désespoir, car celui ci peut emprunter tellement de masques d’apparences et de costumes que le seul facteur commun susceptible de le débusquer est la fatigue le dégoût l’ennui qu’il provoque invariablement.

Même affublé d’une passion artistique ou d’un appétit sexuel effréné le désespoir est chiant comme la pluie, con comme crever d’une chute d’escabeau.

Je crois que la connerie trouve un refuge dans le désespoir comme Adam trouve une feuille de vigne pour dissimuler sa bite. C’est à peu près aussi efficace.

La véritable intelligence est dans la joie sauvage indéfectible. Il est cependant rare de la rencontrer en soi comme à l’extérieur. Parce que cette joie n’a pas de vie sociale tout simplement elle n’entretient aucun commerce, elle ne requiert aucune velleité de confiance de contrat de promesse à tenir.

C’est une joie qui tire un coup et puis s’en va comme elle est venue.

Il faut être un vrai con pour espérer la conserver comme une propriété et se désespérer en la regardant s’éloigner.

Acrylique sur papier Patrick Blanchon 2020

3 réflexions sur “Le désespoir rend con

  1. Eh bé, tes mots me sont difficiles à comprendre et je ne sais pas pourquoi dis-donc, ou alors je suis trop con… sourires. Quoi qu’il en soit, je trouve ton texte épatant ! Et beaucoup de force dans ta peinture !

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