En marge

Un air d’accordéon revient, qui suffit à représenter la confusion comme une porte ouverte sur tous les horizons dépassés. Est-ce celui de Céline ou de Pierre Mac Orlan ? Et de temps d’autres moins célèbres.

Au cimetière de Saint-Cyr sur Morin comme au Père Lachaise, à Montparnasse et à Montmartre cet air obsédant fut toujours présent. Parfois accompagné de vieilles voix d’hommes ou de femmes, Louis Ferdinand, Pierre ou Monique, c’était le bruit de fond que je m’étais choisi dans la jeunesse, fuyant la mode pour des raisons aussi saugrenues qu’interlopes.

Dans mon mange disque pas de Beatles ni de Rolling Stones, mais du Brassens, du Ferré, et beaucoup d’accordéon.

A 18 ans j’étais déjà très vieux. La jeunesse me dégoutait. C’était ce pressentiment de toute la débine à venir et qu’il faudrait traverser sans ciller, suivre les pas d’un Gérard de Nerval ou d’un François Villon dans ce théâtre, ce décor permanent et pourtant si changeant qu’était pour moi Paris.

Changeant car toutes les époques s’écroulaient du Moyen Age à aujourd’hui, elles continuent toujours de s’écrouler.

J’ai choisi la marge du temps présent, de façon inconsciente pour le rendre encore plus présent que tous les présents que l’on s’acharnait à vouloir me présenter.

Pierre Mac Orlan

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