La peinture aujourd’hui.

Aujourd’hui le critique d’art et l’homme de la rue, l’honnête homme, sont réunis dans un même empêchement lorsqu’ils sont confrontés à la peinture. Leurs gouts importent moins que l’importance des références qui souvent leur manquent. Dans un univers où les références sont aussi nombreuses que les individus, les peintres de tout acabit cela signifie la caducité toute entière de ce mot.

Puisqu’il parait inutile de ne s’appuyer que sur la notion subjective du beau, sur l’impression qu’une œuvre produit sur les sens. Qu’il convient comme dans une urgence à trouver du sens plus que de la beauté. Cette notion de sens souvent associée à l’utile, c’est à dire des critères se trouvant souvent en dehors du champs de l’art tel qu’on le connait depuis toujours. Des critères politiques, économiques, scientifiques, philosophiques etc. L’art et notamment la peinture se trouvent ainsi les otages de cette volonté d’utilité, du sens au dépens de la sensation, du gout, de la subjectivité.

Je veux dire dans le cadre étroit que forment les commanditaires, les institutions les différents acteurs de ce théâtre que l’on nomme le marché de l’art.

Ce que produisent la majorité des artistes peintres en dehors de ce cadre n’est qu’une sorte de scorie obligée, un dépôt laissé par cette formidable explosion qui aura eu lieu dans les profondeurs de l’exploration du sens par une poignée d’intellectuels dont les pensées sont récupérées tôt ou tard par un système économique et politique, basé lui-même sur une pensée religieuse que l’on peut circonscrire dans le mot monothéisme.

Ce monothéisme qui imprime à la planète entière son empreinte, et qui au final caractérise le patriarcat dans toute sa splendeur passée comme sa décadence actuelle.

Tous ces efforts que le fils aura produit pour admirer et se faire admirer par le Père. Les engouements, les stratégies, les calculs , les bénéfices et les pertes, les trahisons et les rebellions auront conduit le fils face à un silence, face à une absence, un vide qu’il aura désespérément tenté de meubler, par la profusion, l’abondance jusqu’à se rendre compte que cela ne sert à rien.

La peinture que je découvre en ce moment ne parle que de ce vide envahit par du trop plein. Du trop plein par lequel le peintre se sera laissé distraire. Et même l’art Povera, l’art pauvre, ou encore le minimalisme ne peuvent évacuer de façon satisfaisante la question de la solitude, de l’absence, de l’inexistence du Père.

Par la sensation, le gout, l’émotion, je ne rejoindrai jamais mes ancêtres, aucun Père, aucun aïeul si ce n’est par le biais de la nostalgie.

Cet art là semble tout à fait révolu et si on le voit encore ça et là surnager c’est parce qu’il est comme un naufragé en sursis qui imagine toujours, qui conserve l’espoir d’une bouée, d’un salut.

Cette idée saugrenue du salut.

J’ai toujours préféré la vision du pire qui me semble la plus réaliste.

Le pire c’est que bon nombre de toutes ces peintures finiront leur vie dans des brocantes des vides grenier, des foires à l’encan , des greniers ou des caves , des déchetteries, des bennes…

aux ordures.

Bien sur lorsque je suis reposé, alimenté convenablement, dans un égoïsme exacerbé de consommateur béat je peux hausser les épaules en me contentant de la satisfaction de peindre comme il me chante. Mais j’alterne de plus en plus rapidement les phases d’euphorie avec celles de dépression.

Cette dépression répétitive et avec elle la fatigue, j’imagine qu’elles sont les symptômes sur lesquels je peux le plus solidement m’appuyer pour voir un changement s’opérer. Etrangement et contre toute attente c’est cet élan vers le pire qui me parait le plus inspirant désormais.

Le ras le bol d’un genre, d’une fiction qui au fur et à mesure où je tente de le repousser de m’en défaire me laisse entrevoir autre chose d’indéfinissable encore.

Derrière le pire se tient ce que je n’imagine pas être le meilleur mais plutôt une direction, une orientation. Comme une brise qui sera capable de gonfler à nouveau les voiles du bateau immobile.

D’impulser quelque chose.

Quoi ? je n’en sais rien.

En ce moment je procède surtout par élimination.

Je liquide.

N’existe t’il pas un espace quelque part, une intersection paisible où la notion du beau, sans raison, sans cause subsiste encore, subsiste toujours entre le monde et moi et qui nous réunit ?

C’est le questionnement de toute une vie.

Cela explique en partie mon gout pour les quartiers insalubres, les zones industrielles, les usines, ces monuments modernes dédiés à la production comme à une divinité insatiable.

Parfois la compassion, ce résidu religieux m’anime encore et je me traite de naïf ou d’enfant, durement, comme un père son enfant qui ne veut que sa survie.

La compassion en art comme dans l’enseignement de l’art sert t’elle vraiment à quelque chose sauf à temporiser la violence, à affadir cette impulsion première issue du dégout, de la fatigue de la désespérance ?

Si elle n’est que cela c’est une lâcheté comme presque toute les mimiques sociétales, dont le but premier est un profit encore.

Le beau comme le vrai sont des questions du temps présent plus que jamais.

Le peintre comme le critique marchent main dans la main face à un tel questionnement je crois.

Et le pire c’est que toute amélioration ne viendra pas des réponses mais d’un art de formuler au plus près les « bonnes questions » sur ces sujets.

Peut-être un art nouveau existe t’il déjà à ce sujet, j’ai posé la question à Google, mais hélas il est resté muet.

Blue Green Brown Rothko 1952

2 réflexions sur “La peinture aujourd’hui.

  1. C’est très intéressant que l’oeuvre choisie soit de Rothko, lui qui élimait totalement la trace de l »‘homme », du pinceau, dans ses oeuvres. J’ai beaucoup aimé cette réflexion. Ton texte arrive à point pour moi ! La réflexion sur les critiques d’art me parle.

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