La modernité

Une phrase de Rimbaud reste logée quelque part dans le bidonville de la mémoire.

Le fameux « Il faut être résolument moderne ».

Dans la cabane recouverte de tôle ondulée juste à coté il y a Barthes, Roland Barthes qui tout doucement se désagrège au soleil de Mai en murmurant un je m’en fous pas mal de la modernité, c’est à dire que cette idée me laisse indifférent.

Et puis Chirac qui renchérit en disant ça m’en touche une sans faire bouger l’autre.

C’est qu’elle en aura mené par le bout du nez cette fameuse modernité…

il n’y a qu’à regarder autour de soi, visiblement ce n’est toujours pas terminé.

Et en même temps on sent bien une fatigue.

Le nombre des trainards semble augmenter. Je veux dire ceux qui n’arrivent plus à courir après elle tout simplement parce que l’envie, les raisons leur manquent.

C’est peut-être un effet de l’âge.

Il parait que lorsqu’on vieillit on devient de plus en plus conservateur.

Peut-être devient plus lucide sur tous les trompes couillons.

Derrière le fard de la modernité au bout du compte que découvre t’on sinon une vieille dame qui fait ce qu’elle peut pour ne pas sombrer dans la décrépitude totale.

Est ce que cette antiquité poussiéreuse est cette fameuse modernité ? je n’ose pas être malpoli en parlant du fondement de notre société

Est ce l’ennui et son effroyable répétition le carburant de ses mille et une fantaisies ?

Est ce parce que l’abondance considérée comme la vertu sur laquelle semble s’appuyer encore notre idée d’économie nous rend indécrottables en matière de changement de diversité de nouveauté ? Nous allons abondamment vous faire économiser, trier électriquement…

La modernité ressemble à un vieux tapin mon petit chou et ça ne présage rien de bon pour l’avenir.

Car pas de doute que tôt ou tard on utilisera sa déchéance pour prôner une idée toute neuve d’éternité, de solidité, de fiabilité et de fidélité et pour finir de propreté.

Tôt ou tard c’est visiblement presque déjà demain.

Ce ras le bol du zapping, de cette cohérence artificielle bâtie sur l’incohérence absolue en dit déjà long sur le désir de changement en train de germer dans des cervelles abreuvées, irriguées par des poncifs qui sont d’ailleurs comme autant de produits installés en tête de gondole dans le supermarché des idées de notre temps.

Soyons écolos roulons électrique sur le dos de certaines peuplades dont la jeunesse vive s’éteint tragiquement à extraire du lithium pour nos batteries. Ou encore des métaux précieux pour nos indispensables smartphones.

Cette civilisation de masse l’est vraiment , à la masse.

Le discernement tire sa révérence en même temps que la vieille modernité.

On ne voit plus que du veau du bovin de l’ovin un peu partout sans compter sur le cochon qui se débite à tous va et pour peu cher.

Et des bergers invisibles tout là haut dans des tours de verre dont les chiens sont les flics debout sur les chars de ce défilé foutraque. Le carnaval perpétuel et désolant d’une pensée politiquement et moralement correcte, une érosion bizarre fabrique le désert sur lequel on vend du mirage de l’oasis et pas mal de bombes pour égayer divertir détourner l’attention.

Cette fatigue éprouvée pour la surprise, la nouveauté dissimule à peine une faim, une avidité pour le retour au linéaire, à l’ordre.

Une fatigue doublée d’un énervement et de jugements à l’emporte pièce.

L’étranger comme l’étrangeté deviennent saugrenus puis assez rapidement dangereux et hostiles.

La singularité ne fait même plus sourire elle révulse quand on ne fait pas tout pour ne pas la voir, la rendre banale autant dire invisible.

Mais qu’est ce qui fait que la modernité a remporté un tel succès du 18 ème siècle à nos jours ? Qu’elle a tant fait tourner le monde dans tous les sens comme dans une lessiveuse ?

Je dis le 18 ème parce que c’est à partir de cette époque qu’on a tenté de la mettre vraiment en mots. Il est probable qu’elle vienne de bien plus loin, de la Renaissance Italienne. Et cette dernière n’est qu’une resucée d’un phénomène qui prend sa source à l’origine même de notre humanité.

Je veux dire n’est ce pas résolument moderne de descendre des arbres pour aller se balader dans la savane et devenir la proie de toutes les bestioles affamées qui trainent sur cette terre ?

Il y a du pour et du contre toujours.

Le mieux serait de se tenir au milieu de ne pas montrer d’avis trop tranché , signe d’extrémiste évidemment honni de nos jours pourrait t’on encore penser mais non.

Justement le milieu aussi semble être devenu aussi une position intenable.

Il faut trancher citoyen ça commence comme ça et ce n’est pas bien nouveau. On croit juste que c’est moderne parce qu’on nous le vend ainsi. Question d’emballage, de marketing rien que du copywriting.

D’ailleurs on peut bien nous vendre tout et son contraire nous nous en fichons bien le seul truc qui nous intéresse désormais c’est de ne pas crever trop vite, de ne pas souffrir trop, d’être tranquille , pas malade si possible, de ne pas être dérangé par n’importe qui n’importe quoi

Essayer de remettre un peu d’ordre dans sa tête, dans sa maison, dans son jardin ce n’est déjà pas une sinécure alors s’il vous plait madame la modernité eut égard à votre grand âge et au fait que malgré tant de vicissitudes vous soyez encore admirablement bien conservée, amusez nous dans le poste à l’heure du café si vous voulez, mais pour le reste faites nous donc pas suer.

Ces arguments évidemment en valent d’autres que d’aucuns ne tarderont pas à élargir bien au delà des murs du jardin, de la maison.

Cette mondialisation effrayante qui peut d’un coup faire surgir dans la salle à manger un pygmée, un aborigène, un breton et même un portugais désormais ! Trop c’est trop !

On nous revendra la France aux Français à rire larigot sur tous les tons et en argot.

Vous verrez ce que je dis si c’est pas vrai.

Peut-être que dans le fond c’est juste une façon d’exorciser et rien de plus je veux parler bien sur de mon texte matinal .

Je nous le souhaite autant que je nous plains.

Art digital Patrick Blanchon 2018

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