L’histoire

Je crois que nous vivons un temps qui veut se débarrasser de l’histoire par la profusion des histoires. Il y a tellement d’histoires désormais et sur tous les tons, qu’il y a de brins d’herbe dans une prairie. On n’y voit que du vert et on dit voilà en gros l’histoire. Voilà comment on pense l’histoire globalement.

Ce n’est peut-être pas une intention consciente. Bien sur l’histoire est toujours plus ou moins manipulée par le pouvoir, par la politique, tout comme nos propres histoires nos histoires personnelles lorsqu’on s’appuie sur celles ci afin de tenter de prouver qui nous sommes. On peut tenter de le prouver au monde comme à nous mêmes d’ailleurs, je pense qu’il s’agit d’un levier pour tenter de s’extraire de quelque chose qui nous effraie.

On raconte l’histoire, on raconte des histoires parce que parler est cette tentative d’exister face à l’irrémédiable.

Ce qui est désolant c’est que l’on transforme ce miracle en boue la plupart du temps.

Je pensais à tous ces films de science fiction qui commencent bien et dont le scénario devient de plus en plus poussif en son milieu pour finir lamentablement la plupart du temps.

C’est qu’il s’agit d’une sorte de décalque, on suit un squelette de récit établit, le même toujours avec quasi les mêmes ingrédients.

Je parle de la science fiction mais on peut prendre aujourd’hui tous les genres c’est pareil. L’idée générale est de produire des histoires en plus grand nombre pour alimenter les plate formes d’un contenu aussi plat que possible.

Hormis quelques exceptions évidemment.

Il semble que la boue ne soit d’ailleurs là en excès qu’à la façon d’un écrin qui servirait à distinguer ce qui tente de s’en échapper. Une exagération de saleté pour mettre l’accent sur le propre.

Un peu comme le jeu des 7 erreurs de ce magazine télé.

Avons nous besoin de l’histoire, des histoires ? bien sur que oui cela n’est pas à remettre en question, seuls les immortels peuvent se passer d’histoire.

Ils peuvent aussi se passer de penser, d’aimer, de créer.

Peut-être que l’histoire est une façon de tenter de régler le problème d’Œdipe, cette admiration et cette haine inconsciente la plupart du temps que nous trimballons de génération en génération via les histoires afin de ne pas l’oublier.

Comme si cette émotion nous était nécessaire, comme si dépourvue de celle ci nous ne serions plus que des robots des zombies.

Une admiration haine du père. Que ce soit un Dieu , un demi dieu, une star, un homme peu importe dans le fond. C’est bien ce mouvement je t’aime je te hais qui est à la source de l’histoire, de toutes les histoires parce que tout simplement ce mouvement d’attirance répulsion est à l’origine de notre univers.

C’est sans doute ce qu’on appelle l’amour, cette colle ce ciment qui fait que la matière soit solide, que les histoires, l’histoire toute entière puisse tenir debout.

Ou pas.

Et il est inquiétant de voir que de plus en plus ces histoires ne sont plus construites avec cette colle ce ciment mais avec des procédés narratifs hollywoodiens eux mêmes chipés à l’ancien Testament qui lui les aura encore piqués à l’épopée de Gilgamesh.

C’est à dire qu’on se trouve désormais face à une Histoire dont ne nous intéresse que le squelette mais pas la substance.

une course folle Art digital Patrick Blanchon 2018