L’artiste peintre de l’Etre, Christophe Houllier

Aujourd’hui je souhaite parler d’un autre peintre. D’un autre. C’est venu en regardant une de ses vidéos sur Youtube et aussitôt me sont revenus des souvenirs de lecture de l’Illiade et L’Odyssée. Son nom est Christophe Houllier.

On dirait bien qu’il s’est retrouvé à voguer lui aussi comme beaucoup de ses compatriotes après la chute de Troie cette antique cité parfois nommée aussi Ilion – d’où le titre de l’Illiade- bâtie puis délaissée par les Eoliens l’une des quatre tribus de la Grèce Antique.

Il y a un mystère que nous ignorons dans cette antique cité qui poursuit sa vie de « Polis » grecque au cours des siècles antiques. Ici on ne parle pas d’un état mais d’une communauté de citoyens libres et autonomes dont le but est selon les dires d’Aristote le « bien vivre ».

Cette expression n’a sans doute pas grand chose à voir avec ce que nous nommons aujourd’hui au 21 ème siècle le bien vivre ou le vivre ensemble.

Les idéaux sont à l’origine de l’héroïsme et fabriquent du modèle à suivre ce dont à mon sens nous manquons désormais cruellement.

On peut imaginer que le héros appartienne à une élite, qu’il soit issu d’un groupe dominant, d’une monarchie et c’est juste, c’est souvent ainsi.

Il se peut alors étant donnée l’aporie des institutions actuelles que de graves difficultés empêchent l’irruption d’un demi-dieu en leur sein. Quoiqu’on nous fasse apparaitre comme artifice cela ne reste que de l’artifice. Avec un peu d’imagination on pourrait même dire qu’ils n’atteignent à peine le minimum d’humanité pour nous gouverner.

Pourtant cette qualité que nous éprouvons innée à l’être humain, je veux parler de cette possibilité d’accéder à l’héroïsme n’a pas disparu. Il faut seulement la chercher ailleurs que dans les gestes, les histoires, les lieux habituels parfois improbables et je le crois de plus en plus dans le domaine de l’art et des artistes.

Christophe Houllier est pour moi de la trempe des héros et je suis son histoire comme jadis je plongeais jusqu’à des heures tardives de la nuit nourrissant mon inquiétude, tentant de la calmer de la comprendre dans les récits mythologiques.

Un héros surgit puis s’évanouit laissant la place à un autre.

Pour reprendre cette image de Troie et de sa fin on assiste en filigrane à un changement de paradigme, à un glissement de ce que les anciens fils des airs et des vents avaient légué à l’humanité antique et qui savait composer avec le hasard et les dieux en bonne harmonie vers quelque chose qui ne s’est sans doute pas achevé au moment où j’écris ces lignes.

Cette rébellion parce que soudain on pense avoir un peu d’esprit, incarnée dans Ulysse.

Enée disparait au profit de ce Grec rusé qui défie les dieux et qui s’en trouve d’ailleurs punit par un long exil.

Ce qui est étrange c’est que c’est la divinité tutélaire de Troie, Athéna, qui l’aidera dans son périple et plaidera souvent sa cause, n’hésitant pas à lui confier conseils et subterfuges au besoin pour attendrir les Dieux vengeurs.

C’est que les écrivains qui ont créent ce long récit -L’Illiade et l’Odyssée- dont on ne se souvient que d’Homère n’étaient pas des perdreaux de l’année. On peut dire qu’ils en connaissaient un rayon en matière de psychologie humaine ou divine et qu’ils s’en seront donné à cœur joie pour tout nous raconter dans le menu.

La lecture cependant comme la peinture nécessite d’aiguiser son discernement autant que son regard. Cela demande du temps, la denrée la plus précieuse de nos vies que nous avons parfois du mal à trouver dans l’agitation du quotidien.

Regarder le travail de Christophe Houllier me relie donc à la mythologie et à ses héros en premier lieu.

Il se définit comme un peintre de l’être ce que j’avoue avoir trouvé un peu exagéré au départ. Mais cela m’a aussi attendri et puis il faut bien un titre après tout, pourquoi pas celui là. Et puis au début aussi il avait beaucoup de mal à dire, beaucoup de maladresses, de difficultés, mais il s’est accroché, il a énormément travaillé j’en suis souvent resté baba et c’est au travers de citations philosophiques qu’il emprunte à Spinoza qu’il tente de définir sa quête et de nous parler de sa peinture.

Une évolution fulgurante s’est produite sans doute due au confinement, à la crise sanitaire à la difficulté majeure de ne pas pouvoir exposer durant toute une année voire plus.

Il a travaillé parce que sans doute c’est ce que l’on pouvait faire de mieux durant une telle période.

J’ai vu qu’il cherchait à épuiser quelque chose au travers de ses petits formats crées pour le 111 des arts. Pour ce faire il a voulu utiliser les lambeaux de papier tachés de couleurs qu’il lui restait. Des scories d’œuvres terminées appartenant à plusieurs collections achevées.

Fragments Christophe Collages Houllier 2021

C’était troublant de ne rien vouloir perdre ainsi, je me rappelle me l’être dit déjà lorsqu’il avait évoqué sa démarche.

En fait c’était pour clore semble t’il une période en beauté. Faire « propre » . Etre « clean » comme on dit désormais.

Aujourd’hui il reprend un projet qui est resté en jachère durant une année pour l’exposition Art et Chapelles.

Ce sont des grands formats, une taille imposante sur lesquelles il veut montrer à la fois le partage et l’humilité, deux qualités qui lui sont chères.

Ce que je comprends c’est qu’il est en train de nous parler d’humanisme dans une époque où celui si n’est plus résumé qu’à des mots d’ordre, des poncifs. Quel courage !

Le hasard fait extraordinairement bien les choses d’autant qu’on sait les voir de manière détachée.

Il se trouve que ces deux œuvres doivent se rejoindre dans une cohérence malgré des techniques de mise en œuvre différentes. La première fut réalisée avec des collages la seconde à la peinture à l’huile.

C’est drôle mais je vois là aussi un changement de paradigme, une métamorphose d’un héroïsme vers un autre qui durant le processus d’élaboration de la seconde œuvre reste assez énigmatique. Christophe lui même laisse parfois échapper un doute, et presque aussitôt un espoir de parvenir à réunir ces deux pièces dans une « cohérence ».

Je me suis interrogé bien sur sitôt que j’ai entendu ce mot qu’il a prononcé bien des fois au cours des vidéos partagées de son travail.

Pourquoi donc s’obstiner autant à vouloir produire de la cohérence ? De quoi finalement veut il donc parler au travers de ce mot ?

Il ne pouvait s’agir que d’une cohérence esthétique. Il devait y avoir quelque chose d’autre.

De plus exposer dans des chapelles, est une chose, créer spécialement des œuvres à cette fin en est une autre.

Dire que Christophe est croyant qu’il possède la foi n’explique pas non plus de manière satisfaisante ce que je ressens par rapport à son travail.

C’est vrai que celui ci provoque une émotion semblable à ce que j’ai ressenti en rencontrant Fra Angelico notamment. Une grâce qui jaillit du lumineux de cet ensemble.

Non le fait religieux contient beaucoup trop de mots d’ordre et je préfère le réduire à son origine le partage.

Il y a un véritable partage dans ces peinture.

Le partage d’une action que je considère héroïque de vouloir peindre notamment au moment où toutes les élites du marché de l’art, les intellectuels de l’art ont décidé que la peinture était morte quelle ne servait plus à rien.

Christophe porte quelque chose sur les épaules. Une fois je lui ai confié cette histoire de Saint Christophe qui porte un enfant sur les épaules pour traverser une rivière. Que cet enfant soit le Christ peu importe en fait et je trouve même plus beau encore que ce ne soit qu’un simple enfant et que cet enfant pèse de plus en plus lourd à chaque pas effectué vers l’autre rive.

C’est de l’humanité sur les épaules cette charge, cela vaut bien tous les Christs du monde si j’ai bien tout compris des mythes et de leur fonction.

Dans ces dernières peintures qui m’ont vraiment ému aux larmes je dois l’avouer j’ai découvert quelque chose de moi de très humble soudain. Sans doute un clin d’œil de cet enfant qui espère devenir homme tout simplement, qui désire naitre au monde et faire renaitre le monde tout en même temps.

Parfois j’ai aussi peur parce que je vois de nombreux combats perdus d’avance, je peux mesurer la déception, la douleur et cet effort parfois surhumain de se raccrocher à cette idée de cohérence envers et contre tout.

C’est aussi la beauté de cette peinture, c’est aussi ce qui m’émeut sans doute le plus, c’est savoir que le risque de chute est inouï, qu’il peut annihiler totalement l’être encore enclot dans l’orgueil. Et aussi comme cette chute est souvent nécessaire pour que la gangue le cocon éclate et fasse soudain surgir le fruit ou le papillon.

Il y a quelques jours j’ai parlé de la notion de fréquence, d’une vibration qui passe par la peinture. C’est ce choc vibratoire que j’ai rencontré dans ces œuvres présentées par vidéo. Ce qui me laisse imaginer ce qu’elles peuvent produire dans la réalité.

Je ne possède pas une foi inébranlable, du moins je ne m’y attarde plus vraiment comme levier pour peindre. Je peins pour respirer je peins parce que je ne peux pas faire autrement et puis la gloriole, la célébrité tout comme la richesse m’effraient énormément par le nombre invraisemblable de conneries que je me sentirais obligé surement à débiter sur la peinture et sur moi même le cas échéant.

Mais parler d’un autre, parler d’un frère d’arme cela ne me demande pas d’effort et je le fais avec plaisir parce que tout simplement ça me fait plaisir de le partager avec ceux qui ne connaissent pas ce peintre.

Souvent quand je pense à la vie , à nos choix je vois mille possibles, milles sentiers milles chemins, c’est comme si nous n’étions au delà des apparence qu’un seul être silencieux qui se serait démultiplié à l’infini.

Certains sombrent d’autres s’accrochent et créent ainsi du changement ,du possible qui devient avenir. Peu importe dans le fond les mots sur lesquels ils éprouvent la nécessité de s’appuyer pour se mettre en branle, pour devenir héroïques que ce soit la ténacité, la régularité, la cohérence, la beauté, l’héroïsme…

Ce qui me parait de plus en plus évident c’est que la peinture en tant que discipline est une tutrice , une maitresse, un enseignement qui nous modifie en profondeur. L’art est nécessaire en cela qu’il peut modifier nombre de mauvais penchants en actions nobles à condition qu’on veuille bien lui obéir et ne pas entraver son souffle, se l’accaparer.

Je détecte cela chez Christophe Houllier ce mélange d’obéissance et de rébellion héroïque envers une destinée et contre une fatalité, qui pour résumer serait celle d’être un véritable artiste du temps présent.

Pour conclure ce texte et revenir à ce qui l’a impulsé, voici le lien de la vidéo en question dont j’ai parlé. Et puis je voudrais aussi rendre hommage à tous les écrivains qui se dissimulent sous le nom d’Homère, à ces deux ouvrages que sont l’Illiade et l’Odyssée et qui sans doute sont un leg d’une humanité qui tend à disparaitre de nos jours. Une humanité où la notion du collectif du partage du courage et de la cohérence ont formé le socle l’argile avec lesquels on a modéliser l’archétype du Héros. Evidemment ces héros là nous parlaient d’une conduite à tenir en temps de guerre et ils paraissent désuet dans la partie de notre monde où la guerre semble avoir disparu

La guerre ne disparait jamais ce que nous en voyons à l’extérieur n’est qu’une représentation de ce qui se passe à l’intérieur de chacun de nous. Impulser un modèle héroïque pour ne pas sombrer dans le désespoir, le chagrin, l’amertume, la violence, redonner de l’espoir au plus grand nombre en la beauté et l’équilibre, à la réflexion sur ce que nous faisons, sur une certaine idée d’humanité, voilà je crois ce que proposent l’art et les artistes dont fait pour moi absolument partie Christophe Houllier.

Site de Christophe : https://www.christophehoullier.art/

Chaine Youtube :https://www.youtube.com/channel/UCI9GoZ3CCKUDcy2XJCYXZug

3 réflexions sur “L’artiste peintre de l’Etre, Christophe Houllier

  1. Un très bel hommage au travail de Christophe. Sa peinture pour « les chapelles » me donne le frisson, le bon frisson, celui du goût du risque et de l’homme qui avance avec conviction et fragilité en même temps.
    Un beau texte que tu livres ce matin 🙂
    Vis une merveilleuse journée Patrick.

    Aimé par 1 personne

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