Hystérie

Tout commence par un agacement. Une gentille pagaille. L’arrivée des femmes.

Des solitudes, chacune ostensiblement inouïe, qui s’agglutinent en bas des escaliers.

Et presque aussitôt en estafette : les parfums lourds ou fruités qui les précèdent, suivi des gloussements, des chuchotements, du bruit des talons hauts et plats, des froissements d’ étoffes… le mouvement d’une armée en marche s’accélérant dans l’assaut des marches et des paliers et enfin la marée déborde les portes de grande salle , l’envahit.

Leurs voix putain leurs voix. C’est tellement impudique se dit-il , une exhibition d’ovaires en furie.

L’homme assit à son bureau connait la musique. Il a prit soin de fermer la porte, de baisser les stores à mi fenêtre. Une bonne demie heure d’avance pour ne pas avoir à se mêler. Pour ne pas avoir à sourire ni à baisser la tête ni lâcher un bonjour, un comment allez-vous ? Cela fait des mois que ces rituels à petit feu le tuent, qu’il sert les dents à faire éclater la nacre et la faïence. Une érosion qui ronge les hautes falaises de craie d’une cote imaginaire. Une frontière qui se confond peu à peu avec cette hésitation, entre le solide et le mou, et qu’il tente de dissimuler sous un sourire bienveillant.

Il écrit un mot sur la page de son agenda électronique : lundi hystérie normale 9h02.

Depuis des semaines il note et cela semble lui redonner une consistance. Oh pas grand chose juste un petit acte de résistance se dit-il. Pour ne pas sombrer totalement dans la folie qui a envahit le monde ou l’entreprise. Cette sauvagerie se profilant sous le rouge à lèvres, cette bêtise affublée d’un décolletée trop ouvert , tout ce bazar d’ émotions, cette sensiblerie drapée dans le coton le lin la soie le cuir des escarpins.

Accroché à son agenda comme à un mat l’homme se tient bien calé sur son siège, dos bien droit. Dans son esprit des images flottent où se mêlent héros grecs, samouraïs nippons le tout sur un air wagnérien évidemment.

La chevauchée des Walkyries, une magnification des puissances obscures de l’utérus.

Lorsqu’il pense à toute cette journée qu’il lui faudra traverser comme un océan l’écœurement se lève.

Il se lève et marche jusqu’à la machine à café. La sienne. Pour ne pas avoir surtout à se rendre à l’autre, collective.

Le liquide noir dans la tasse blanche lui rappelle Talleyrand:

Noir comme le diable Chaud comme l’enfer Pur comme un ange Doux comme l’amour.

C’était marqué quelque part dans son enfance sur un pot, comme un message, une prophétie.

Un dégout de le boire sans sucre auquel lentement le palais s’habitue pour au final décider d’un plaisir, d’une satisfaction.

Peut-être que le café est un peu comme l’hystérie. Au début on a du mal et peut-être qu’à la fin on finira par y prendre gout.

Il note café et hystérie 9h05.

Puis l’homme s’enfonce encore un peu plus loin dans le travail. Désormais il s’acharne à créer des formules de plus en plus complexes sur son tableur pour -espère t’il – gagner encore plus chaque jour en efficacité.

5 réflexions sur “Hystérie

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