En écrivant j’oublie ce que je voulais dire

Je viens d’écrire un texte sur le renouveau et puis je m’aperçois que je suis totalement passé à coté de ce que je voulais dire au début. C’est quelque chose qui m’arrive tout le temps. Lorsque je peins c’est pareil. J’ai une idée et on dirait que je prends une sorte de plaisir particulier à éviter de la faire surgir. Comme si ce qui m’intéressait ce n’était pas tant l’idée que la galaxie souvent nébuleuse qui l’accompagne dans son sillage.

Une histoire de synesthésie mentale en quelque sorte.

Je voulais parler du renouvellement de mon abonnement à WordPress au début. Cela fait plusieurs mails qu’ils m’envoient pour m’inciter à renouveler avant la date limite qui doit se situer à la mi septembre. Je m’interroge depuis quelques jours sur mon envie de renouveler le bail. Cela me rappelle ma jeunesse quand tout baignait dans l’huile, que les choses s’emboitaient l’une dans l’autre parfaitement. On renouvelle ton contrat d’intérim ? Pourquoi pas … et puis peu de temps après cette sensation de regret d’avoir lâchement dit oui. Comme une lâcheté, comme si je prenais aussi un malin plaisir à passer à coté de ma soi disant « vraie vie » totalement imaginaire évidemment.

Comme si c’était toujours les circonstances qui devraient l’emporter bien plus que ma décision. D’ailleurs chaque décision est une sorte d’accouchement. J’imagine que lorsqu’on devient mère on se sent quasiment obligé de renoncer à tout le reste.

Lorsqu’on devient peintre c’est pareil, ou écrivain, ou champion de tir à l’arc, ou cuisinier, peu importe.

La sagesse semble nous parvenir par un courant d’air glacial passant sous les portes.

Si on fait le moindre écart on imagine la bourrasque nous emporter presque aussitôt.

Mais dans la jeunesse je me battais contre moi-même, contre ma couardise. C’est pour cette raison que soudain de façon intempestive je disais merde à un patron, à une boite d’intérim, à une relation . C’était pour ne pas renouveler ce bail de ce que j’imaginais être l’ennui, la torpeur.

Ce qui advenait par la suite était souvent terrible de solitude et d’incertitude mais j’y gagnais en fierté et curieusement aussi en confiance et en amour en moi. En haine aussi souvent.

Ce refus du renouvellement n’est rien d’autre qu’une envie de faire pencher le fléau de la balance dans l’autre sens pour voir ce qui peut advenir. Et dans l’absolu l’ennui m’était certainement nécessaire pour me sentir vivre à rebours de tous ceux que je voyais s’agiter en vain.

s’ennuyer et souffrir comme un chien de la solitude, je voyais en cela une sorte d’entrainement para militaire. Quelque chose qui aurait pour but de faire de moi un guerrier invincible, quasiment déjà un héros.

Et puis ça m’est passé, avec le temps.

Peut-être pas tant que ça si j’y pense vraiment. C’est un peu comme les effets des thérapies brèves, on se tire d’une phobie pour pénétrer aussitôt dans une autre sans même sans rendre compte.

Rien ne vaudra une analyse véritable sur le long terme. Chose que j’ai soigneusement évité de réaliser bien entendu.

Il aura fallu toute l’ironie du monde pour que la vie m’offre soudain tout ce groupe d’amis, psys pour la plupart y compris mon épouse.

Et le pire ou le meilleur c’est lorsqu’ils me disent : tu aurais fait un excellent psy !

Ce que l’on refuse le plus est souvent ce que l’on désire le plus, c’est ce que j’aurais appris par des détours labyrinthiques.

Alors cette histoire de renouvellement où donc en suis je ? Vais je accepter sans broncher le cours normal du monde ? vais je encore faire le malin rien que pour éprouver de nouveau cette petite poussée d’adrénaline provoquée par le refus, le plaisir de s’opposer sans raison ?

A l’heure où j’écris ces lignes je n’en sais rien du tout. J’assumerai voilà tout c’est aussi ce que j’ai appris de tous les actes inconsidérés que j’ai effectués.

Dans un certain sens ce que l’on pouvait considérer comme de l’immaturité à une certaine époque de la vie se renouvelle et devient le sens des responsabilités. Que celles ci n’aient d’intérêt que pour moi seul me permet aussi de ne pas regretter celles qui me paraissaient mécaniques et collectives enseignées par les mots d’ordre de la morale ou de l’éducation.

6 réflexions sur “En écrivant j’oublie ce que je voulais dire

  1. « Comme si ce qui m’intéressait ce n’était pas tant l’idée que la galaxie souvent nébuleuse qui l’accompagne dans son sillage. » Déjà là je jubilais, de m’y voir certainement.
    Et j’ai valsé sur le reste. Les joies de la rébellion. Et ses envers. Bref, toujours ce même jeu de médailles.
    Bonne suite de jour, Patrick.
    Et en passant, même si je n’ouvre pas chaque porte, merci d’y être.

    Aimé par 2 personnes

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