Le renouveau.

Un des problèmes majeurs du renouveau est qu’il faut accepter de croire en une nouveauté quelconque. Et nous voici soudain tiraillé entre deux forces opposées : d’une part ce vecteur qui dynamise l’élaboration du mensonge nécessaire pour vivre, usant de termes familiers désormais telle la modernité, la nouveauté et d’autre part une puissance mortifère et qui s’appuie sur l’expérience, l’âge, la raison. Cette dernière nous invite à repérer de manière invariable, notre propre immobilité se confondant avec celle du monde, au delà du voile des apparences.

On pense à une fatalité, à la chance ou la malchance, à la providence. C’est dire à quel point on pense mal. C’est dire à quel point la pensée n’est souvent que la partie immergée d’un iceberg tout entier constitué de magie, de croyances. La pensée ne serait alors que la fleur attirant le bourdon, l’abeille pour perpétrer la mécanique du vivant. Un artifice et pas grand chose d’autre.

Je songeais à toutes ces choses ce matin en buvant mon café et à cette rentrée qui s’annonce en premier lieu semblable à toutes les rentrées. C’est à dire indissociable d’une certaine morosité. Je songeais aussi à ma façon de voir les choses toujours de manière pessimiste, plus par habitude, par l’odorat l’appel aux sens, que par réflexion.

Toujours cette cervelle entrainée à imaginer le pire depuis ses origines cavernicoles.

En allumant ma cigarette, nonobstant tous les préliminaires que j’avais savamment posés pour me flanquer dans la déprime habituelle de cette fin aout, je comprenais parfaitement la répétition dans laquelle tout l’être se réfugie aussitôt que l’incertitude pointe son vilain nez.

D’ailleurs pourquoi un vilain nez ? Parce que forcément l’incertitude est une vieille mal baisée, elle est forcément moche et elle écarte ses grosses fesses en douce aussitôt qu’elle éprouve un début de flatulence pour ne pas être montrée du doigt. ça n’a jamais fait disparaitre l’odeur ce genre de précaution stupide.

Quelle drôle d’idée de lier ainsi l’incertitude, autant dire le hasard à la gente féminine. Comme si c’était toujours à cause des femmes que le malheur arrivait. Comme si dans ma vie je n’avais guère retenu que ça. Pas la peine d’être hypocrite dans ce cas en criant à bas le voile, le shador, la burka car, du coup, je ne dois pas penser si différemment que ces soi disant dégénérés du bulbe que sont les Talibans et toute la clique de Mollahs et de curés qui considèrent qu’il vaut mieux rester entre couilles pour être en parfaite sécurité et atteindre le nirvana.

Pour les femmes n’est ce pas finalement la même chose que cette notion de renouveau dont je parlais au début. Deux forces diamétralement opposées s’invectivant aussitôt.

Je les aime, je les déteste. Ca ne se renouvelle pas beaucoup.

L’amour et la haine ne sont cependant que les deux mains battant la mesure du pas de l’ignorant. Au rythme cardiaque des aléas, des merveilles comme des catastrophes que nous traversons durant notre bref passage, de nos rencontres, au travers de ce filtre qu’on appelle la pensée, on se forge une opinion et par là une identité pour appartenir au groupe dans lequel on a l’heur ou pas d’appartenir.

J’arrive dans une zone floue, je perds mes billes doucement en conservant néanmoins le sourire comme une empreinte gravée au burin. Comme si ce sourire était encore le dernier lien que je conserve avec toutes mes illusions perdues. Le sourire du chat du Cheshire dans Alice.

Enfin je le conserve autant que faire ce peut. Je me vante ou bien je me ment à moi-même. Intérieurement je fais la gueule.

Au début c’est comme lorsque tu veux courir dans un rêve. C’est prodigieusement agaçant. Mais tu te rends soudain compte que ce n’est pas du tout un rêve, c’est de l’arthrose, du surpoids, les articulations grincent, une pesanteur inouïe semble t’être tombée dessus. Un claquement de doigt te fait passer de l’enfance au déambulateur.

Du coup j’adorerais me renouveler évidemment. Balayer tous ces miasmes, reformater le disque dur en profondeur… dans quel but par contre je ne le sais pas vraiment. Retrouver une nouvelle jeunesse ? Récupérer ce capital perdu de force, d’énergie de niaque dilapidé dans les bar et entre les cuisses des garces ?

Devenir bon. Pardon si je ris d’un seul coup c’est plus fort que moi je pense à Jean Bon.

Oui c’est cela devenir Bon pour aller au paradis. Pour échapper à je ne sais quel enfer réel ou imaginaire.

L’automne arrive à grands pas et je me réfugie dans mon atelier dès que je le peux comme pour me mettre à l’abri des tempêtes qui rodent en dont la rumeur ou l’écho me servent de bruit de fond.

Evidemment il y a la peinture. Je me cantonne à des petits formats, quelque chose de riquiqui un peu comme je vois ma vie en ce moment.

Croire dans le renouveau ça m’apporterait quoi ? voilà une liste intéressante à dresser !

Prendre une page blanche tirer une verticale. Celui qui croyait en Dieu, celui qui n’y croyait pas. La rose et le réséda.

Une voix d’enfant me tire soudain de ma torpeur, il est déjà 7h du matin et je ne sais pas ce que j’ai fait de cette nuit.

comme il est déjà 61 ans à mon horloge et que je ne sais plus ce que j’ai fichu de ma vie.

Je m’accroche à cette petite voix d’enfant.

On peut prendre le petit déjeuner ?

Attend je vais ouvrir une nouvelle brique de lait… en attendant tu veux du jus d’orange ?

Peut-être que choisir c’est comprendre l’important de la vie avant tout. Peut-être que cette histoire de renouveau c’est une façon de rebooter à une période ou à une autre, tout simplement pour ne pas disparaitre dans le néant. Et c’est un choix collégial en accord avec la fleur, le bourdon l’abeille et l’apiculteur.

Aquarelle et pastel gras. Format 25×25 cm Patrick Blanchon 2021

3 réflexions sur “Le renouveau.

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