Thèmes et séries en peinture

A cause ou grâce au développement d’internet et des réseaux sociaux j’ai le sentiment de voir disparaitre peu à peu les frontières qui s’établissaient autrefois entre les peintres dits « amateurs » et « professionnels ».

Désormais un terme générique d’artiste semble être le lieu d’une nouvelle conjugaison. Dans la simultanéité vertigineuse des images qui défilent le doute s’installe sur ce qui normalement ne posait pas de soucis. Notamment concernant la valeur, la qualité d’un travail pictural.

La notion de performance, d’excellence quant à la maîtrise technique du dessin ou de la peinture font que certaines œuvres se retrouvent étrangement désormais sur un pied d’égalité avec d’autres dont l’aspect brouillon, chaotique, confus happent mon attention.

L’habileté et la maladresse sont sur un pied d’égalité car dans ce déferlement visuel j’ai tendance à rechercher ce qui ne me rappelle rien, ce qui n’est pas un cliché.

Or si tout le monde s’entend à peu près pour décider de l’habileté il y a beaucoup à réfléchir pour comprendre la maladresse et toujours selon mon point de vue, c’est souvent par cette dernière que l’émotion, la surprise jaillit.

C’est une question qui me taraude depuis des mois et qui modifie mon regard sur la peinture en générale, qui ébranle toutes les fondations sur lesquelles j’ai pu m’appuyer autrefois pour décider qu’une peinture était « bonne » ou « mauvaise ».

Au début je voulais écrire un article sur les avantages et les inconvénients de la copie en peinture et puis deux cafés et quelques cigarettes plus tard mon esprit s’est mis à associer cette notion à l’idée de thème, de série en peinture.

Au moment où je commence cet article je sais intuitivement qu’il existe un lien entre la notion de copie et celle du thème de la série même si je ne sais pas encore tout à fait lequel.

C’est surtout je crois pourquoi j’écris ces textes ils me permettent d’établir les prémisses d’un cheminement.

Commençons donc par les avantages et inconvénients de la copie.

Beaucoup de peintres débutants pensent qu’il est important d’acquérir ce qu’ils pensent leur manquer de technique par la reproduction que ce soit à partir d’un tableau ou d’une photographie.

Ils n’ont pas tort de le penser à condition que le postulat d’un manque soit vraiment limpide. Car au bout du compte la technique est t’elle si importante que cela pour transmettre une émotion ? Je le crois de moins en moins de par les travaux que réalisent les enfants notamment dans mes différents ateliers.

Je crois que s’aventurer dans une quête selon laquelle acquérir une idée d’excellence serait le but à atteindre est un risque dont on peut faire les frais des années plus tard.

Je n’ai pas assez de doigts pour compter le nombre de personnes qui sont venues me trouver après avoir passé 10 ou 15 ans à suivre des cours où pour l’essentiel ils avaient copié des tableaux ou des photographies, avaient acquis cette fameuse technique, mais se retrouvaient au bout du compte avec une sensation de vide.

 » Je voudrais créer des choses par moi-même- me demandent t’ils- je ne veux plus copier. »

Ce sont souvent des personnes d’un certain âge avec des habitudes, une manière de voir la peinture basées sur ces fameux critères d’habileté et pour la plupart ils se font déjà une idée des œuvres qu’ils veulent soi disant créer par eux-mêmes. Le problème c’est que leur désir et il ne s’en rendent pas compte n’est fondé que sur des clichés bien souvent.

Soudain ils ont été touchés lors d’une exposition par un tableau abstrait et ils désirent se mettre à l’abstrait pour cette raison par exemple avec cette seule référence. Au bout du compte ils éliminent d’office toutes les créations qu’ils font et qui ne les satisfont pas car ils ne retrouvent pas l’émotion originale déclenché par l’œuvre d’un autre.

Pour le professeur il y a vraiment un gros boulot à faire pour tout casser. C’est un véritable travail de démolition et celui ci doit s’opérer en finesse, par la suggestion avec énormément de diplomatie, ou parfois pas du tout, cela dépend à chaque fois du caractère de l’élève.

Il y a donc à mon sens une question de temps, d’âge, de mentalité qui fera que l’exercice de la copie apportera des fruits utiles au peintre ou bien au contraire l’enfermera dans un carcan.

Il faudrait pouvoir se poser cette question : Pourquoi est ce que j’éprouve le besoin de copier un tableau, une photo ?

Quelle est mon intention véritable ?

Est ce que je veux me prouver quelque chose ?

Est ce que je pense qu’une fois que j’aurais copié ainsi 100 tableaux je pourrai enfin me permettre de peindre ce que j’ai envie ?

Est ce que je vais copier de façon intelligente, analytique en me renseignant par exemple sur l’époque où mon modèle a été réalisé, avec quels moyens, pour quelle raison, et qui donc était ce peintre, quelle est donc son œuvre ? Est ce qu’il n’a fait toute sa vie que ce genre de tableaux où bien n’est ce qu’une période ? pourquoi ? comment ? Et quel est le lien avec moi ? Qu’est ce qui m’attire dans ce tableau ? Est ce que je pourrais pas faire une recherche pour trouver d’autres œuvres du même type, de peintres et d’époques différentes afin de mieux affiner les raisons de ce choix ?

Etc, etc.

Ce que je veux dire c’est que copier « bêtement » un tableau par ce que ça flatte seulement sa propre vanité est loin d’apporter de l’eau au moulin du peintre en herbe. Et c’est d’ailleurs dans cette autosatisfaction que l’on perd du temps, que les années passent et que l’on stagne.

Si la peinture est considérée comme une activité manuelle pour la plupart des gens, elle est aussi quelque chose qui provient de l’esprit. En fait elle vient surtout de l’esprit et du cœur et de cette zone que l’on a coutume de nommer « l’âme » faute de mieux. La peinture provient de cet ensemble et pour qu’elle progresse à nos propres yeux il est nécessaire de nettoyer chacune de ses zones en soi. De les nettoyer à un point tel que l’on se retrouve comme dans une maison vide.

Accumuler du savoir par l’apprentissage de la technique au travers de la copie devrait être réalisé lorsqu’on est jeune et que l’on est ignorant encore de ces diverses zones qui nous constituent.

Une fois l’âge adulte atteint le risque est grand de s’enfoncer dans une plus grande confusion. Cette confusion est dûe à tout un tas de choses selon chacun, orgueil, vanité, manque ou excès de confiance, envie d’amour, de reconnaissance, de notoriété… la liste est loin d’être exhaustive.

C’est pourquoi j’ai pris l’habitude avec les années d’expériences de mon enseignement de faire régresser mes élèves les plus âgés. En leur proposant des exercices ludiques pour les débarrasser de toutes ces prétentions idiotes de faire de l’art tel qu’ils le considèrent généralement en pénétrant dans mon cours.

Le plaisir, l’exploration, la recherche, se poser des questions voilà ce qui m’intéresse avant toute chose. Il faut que la peinture soit un produit d’entretien et qu’il aide à nettoyer à la fois les tâches laissées par l’accumulation des prétentions, des clichés. Parvenu désormais à la maison vide, il ne reste plus qu’à trouver comment la meubler selon notre gout véritable cette fois.

En parlant du gout, de ce qui déclenche des émotions agréables, du plaisir j’aimerais parler de la notion de clarté.

Un tableau qui fonctionne émet un certain type, une qualité particulière de clarté.

On peut se gausser de raisonnements, d’idées intellectuelles, s’enorgueillir de références bien placées, tout cela n’est au final qu’un masque avec lequel nous travestissons notre émotion.

Qu’est ce qu’une émotion ? D’où vient t’elle ? Comment nait t’elle ?

En peinture de plus en plus je me dis que l’émotion nait de la clarté d’un tableau. Ce qui n’est probablement pas plus vrai que tout ce que l’on peut inventer comme réponse à cette question.

Mais cette notion de clarté a l’avantage de me mettre sur un piste plus intéressante que toutes celles que j’ai déjà explorées.

Je crois que ce que j’appelle la clarté est une sorte de fréquence avec laquelle nous résonnons plus ou moins intensément. Il est possible qu’il existe tout une gamme de clartés différentes comme il existe des gammes de couleurs, de notes. Et que lorsqu’on s’ouvre à celles ci, une fois la maison vidée de tous ses bibelots et breloques, on saisisse alors une justesse.

C’est comme une flèche qui atteint soudain le cœur de la cible.

Parfois on ne sait pas du tout comment on parvient à ce genre de clarté sur une toile. On a beau chercher, est ce la composition ? Est ce les couleurs ? Est ce les tonalités ? le sujet ? Aucune de ces choses ne livre la réponse parce qu’en fait la clarté du tableau nait de toutes ces choses et aussi d’un moment particulier de soi où l’on est disposé à le voir ou le ressentir.

Cela va même parfois encore plus loin. Il m’est arrivé de réaliser des œuvres qui à la fin ne me procuraient pas de plaisir, pas de satisfaction, et puis quelqu’un passe dans l’atelier voit le tableau et me dit c’est celui là que je veux…

Et aussi je fais un tableau, je n’en suis pas satisfait sur le coup, je le retourne contre un mur et je laisse les jours passer, les semaines, les mois. Un jour je retourne le tableau et je me dis merde mais c’est superbe ! comment se fait il que je ne m’en sois pas rendu compte ?

La peinture est quelque chose de quantique, l’observateur fait partie intégrante de l’expérience.

Je ne sais pas si je suis allé jusqu’au bout de mon propos sur la copie mais j’ai tellement hâte de passer à la série que j’espère que vous m’en pardonnerez.

La série c’est la notion de recommencement. Cela peut paraitre ingrat, répétitif, pénible quand on en ignore les avantages.

Faire une série c’est d’une certaine manière photographier le temps et soi en même temps pour explorer la clarté dont je parle plus haut.

Pour trouver les nuances fines de cette gamme de clarté qui provoque l’émotion première.

Cela demande de l’audace et du renoncement. Ce détail qui nous plait tant dans le premier tableau, si on l’enlève au second on se rend compte qu’il n’est pas si utile qu’on le croyait. cette couleur que l’on adore, si elle s’absente au troisième tableau que se passe t’il ? Etonnant de constater que le tableau ne tient pas à cause d’elle. Et ainsi de suite.

Une série est une question qui se déploie visuellement et dont chacun est libre de lui donner ou pas une réponse.

C’est la question qui est importante, la réponse c’est que qui permet dans une exposition de passer aux autres tableaux. Parfois elle est donnée dans une sorte d’urgence pour ne pas rester figé durant trop longtemps devant une série qui nous happe. que ce soit par sa beauté ou par sa laideur peu importe.

La série capte l’attention et il faut produire un effort pour s’en détacher. De la même façon que la satisfaction de copier durant des années capte l’attention du peintre et l’installe dans une dimension étrange où l’espace et le temps s’évanouissent.

voici le lien que je cherchais entre la série et la copie : une captation de l’attention qui impacte l’être et l’installe dans un espace temps particulier non en raison de la question qui serait posée à l’origine mais à cause des différentes raisons que l’on se hâte de se donner à soi-même face à cet événement.

Que le lecteur veuille bien me pardonner pour l’aspect imparfait voire inachevé de ce texte. Comme je le dis souvent j’écris comme je peins, en m’engageant au hasard dans une idée, en prenant pour prétexte une idée tout en sachant que ce n’est pas l’idée l’important, ce sont toutes ces choses, ces émotions, ces clartés qui comme des étoiles palpitent tout autour.

J’ai déjà utilisé dans ce blog le travail de Monet concernant la cathédrale de Rouen dès que je pense aux mots copie et série c’est tout de suite cette succession d’images qui me vient. Parce que ça résonne en moi avec quelque chose d’important très certainement. Et cela n’a rien à voir avec les cathédrales, avec la notoriété du peintre, cela provient de la clarté voilà tout.

Claude Monet Cathédrale de rouen.

3 réflexions sur “Thèmes et séries en peinture

    1. Oui ça vaudrait tout un podcast c’est sur mais encore faut il que ça intéresse les gens …mêmes ceux qui peignent 😉 toujours l’aspect dubitatif qui vient contrebalancer la spontanéité 🙂 merci à toi Patrick et belle journée !

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