Les limites de la méthode Coué

Tout va de mieux en mieux et à tous les niveaux ! répétez ça plusieurs fois par jour à haute voix et vous verrez comme votre vie va changer…

J’ai essayé je le jure. Pendant des semaines. En vain. Je crois même que les choses se sont mises à aller de pire en pire.

Et puis à un moment donné je me suis remis à acheter du whisky, et je me suis sifflé consciencieusement des litres et des litres de Balantines. Comme pour conjurer la fortune.

J’ai fini par envoyer promener tout ça, la PNL, Martin Brofmann, le chamanisme, Dieu et ses archanges, et tous les guides invisibles de la Terre et du Ciel.

J’ai dit merde je suis d’Ici. Je m’appelle Ulysse et j’emmerde toutes les divinités copieusement.

Voilà comment les choses se sont passées.

Je me suis retrouvé dans le dur et sans plus aucune filet. Un peu le sexe de temps à autre. Mais sans conviction, plus par hygiène.

Un anéantissement qui s’est déroulé sur plusieurs mois je crois. Peut-être un an ou deux.

Vivre n’avait plus aucun sens vraiment, tout l’imaginaire s’était taillé. Une pomme de terre n’était plus qu’une pomme de terre.

Et je me suis habitué peu à peu à cette nouvelle configuration. Quelque part j’en étais soulagé.

Je suis un mec comme les autres, ni plus ni moins.

Plus qu’à aller bosser, emprunter les transports en commun, faire les courses, manger, dormir et arrêter de rêver surtout.

Aussitôt que je sentais un risque d’évasion je me pinçais.

Je n’ai pas écrit une seule ligne durant tous ces mois. Rien que l’idée d’écrire me flanquait la nausée. Peindre ou dessiner également.

Je ne voyais plus qu’une sorte d’obstination narcissique. Ce fameux « moi je » qui me dégoutait.

Des litres et des litres de Balantines pour m’entrainer à conserver la lucidité.

Et puis au bout du compte ma vie n’était pas meilleure qu’auparavant, je n’en étais pas plus satisfait. C’est toujours pareil avec les extrêmes. On passe de l’une à l’autre comme ça en se leurrant copieusement.

Et puis l’humour est revenu en premier. Comme si je parvenais à effectuer un pas de coté de plus en plus souvent.

Je me voyais alors comme une sorte de professeur Tournesol, Ou Dupont et Dupont dans un seul corps. Au début je ne maitrisais pas la dose. C’était assez méchant. Comme si je m’en voulais de quelque chose.

Puis ça s’est atténué encore, être méchant c’était encore bien trop exagéré, c’était comme être gentil à l’envers.

Je me suis arrêté en plein milieu. J’ai humé l’air, j’ai vidé mes poumons, puis j’ai ramassé tous les cadavres de bouteilles éparpillés dans la chambre.

J’ai passé un bon coup de balai et descendu je ne sais combien de sacs poubelles.

Une fois que tout a été bien propre et net, j’ai imité un poisson rouge en ouvrant et en fermant la bouche sans que le moindre son ne sorte.

Et ma vie a repris son cours comme si j’avais fait une sorte de détour en cherchant un raccourci.

Je suis passé ainsi soudain à la quarantaine exactement comme ça.

Je croyais avoir découvert quelque chose encore une fois de plus. Une sorte de vérité mais je me trompais encore évidemment.

Tant que j’ai maintenu en moi cette idée de vérité je me suis fourvoyé je crois.

Puis je me suis intéressé au mensonge, et j’ai éprouvé un truc bizarre, comme de la compassion.

La moindre personne qui se présentait devant moi était un menteur et je m’entrainais à la compassion comme avec la lucidité, en m’enivrant pour voir jusqu’où j’étais capable de supporter.

La compassion et l’alcool. Une addiction tout à fait semblable.

Le monde changeait de plus en plus rapidement tout autour de moi . Peut-être que la solitude dans laquelle je m’enfermais ne me servait t’elle qu’à cela, à résister comme je le pouvais contre une érosion naturelle.

Puis l’éternité a commencé à se fissurer comme une coquille de noix qui prend l’eau.

J’étais tout à fait mortel désormais mais comme une bénédiction ne vient jamais seule, l’idée de mourir un jour prochain surgit comme un diable d’une boite. Je me demandais encore hier si j’allais passer le reste de ma vie à tenter de l’amadouer comme celle de vivre.

Dix années à expérimenter le néant encore sans parvenir à me faire une idée qui tienne.

Puis on arrive à la soixantaine en ayant tout oublié d’un seul coup.

Je ne sais plus je ne sais pas : cet aveu ce baume.

Je ne sais pas si je suis plus ici ou là qu’auparavant. Je m’en fous un peu en fait. Pas complètement. C’est encore un entre deux.

On verra bien je me dis

On verra bien

La dernière méthode Coué que j’ai trouvée si l’on veut. Je n’en connais encore pas les limites et peut-être que ça aussi ça n’a pas vraiment d’importance au bout du compte.

Fusain 40×50 Patrick Blanchon

2 réflexions sur “Les limites de la méthode Coué

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