Se fourvoyer

« Vous vous fourvoyez », une expression qui remonte à loin, probablement au temps où il existait encore un « bon chemin ». Vers l’adolescence. Sans que je ne me souvienne bien si c’était au début où à la fin. Remonter le cours des conséquences pour tenter de s’approcher de la source me semble tout à fait vain aujourd’hui. Ce que je veux dire c’est que ça n’explique rien de trouver un point de départ ou d’arrivée. C’est encore trop croire à une linéarité, croire au temps.

Se fourvoie t’on par hasard autant que l’on voudrait ? Ou bien en résistance sans que celle-ci ne parvienne clairement à la conscience ?

Se fourvoyer comme un réflexe de survie. S’écarter des autoroutes sur lesquelles n’existe que le but à rejoindre expressément.

Comment ne me souviendrais je pas du beau prétexte que j’ai trouvé pour me fourvoyer tout mon saoul comme un cochon se roule en joie dans sa soue. Puis me souvenant du prétexte justement le taisant.

Mais se fourvoyer mesdames, messieurs c’est emprunter la dernière caravelle à la quête d’un monde nouveau ! C’est se prendre sur le coin de la figure embruns et bourrasques, et se retrouver repeint par le soleil. En brun avec la peau qui craque et se fendille.

Refait !

C’est pénétrer dans les ombres déboussolé. Perdre le Nord, cette fixité totalement arbitraire qui fait que le monde va dans un sens alors que vous pas.

D’ailleurs la frontière n’est t’elle pas mince entre le fourvoyé et l’insensé ?

Vous vous égarez, vous vous fourvoyez, et ce gros curé joufflu qui sautille et grogne tout au bout du couloir sorti tout droit et cul nu d’un Brueghel : Vous n’êtes pas à votre affaire !

« Etre à son affaire » étrange propos tenu par un homme d’église où l’on saisit soudain comment s’acoquinent le bourgeois, le commerçant, l’industriel et le tabernacle- tout ce petit monde jonglant avec le corps d’un crucifié en forme d’hostie.

On ne parle pas du gout de carton, on n’en parle pas. Autant avaler un clown.

Tout ce petit monde bras dessus bras dessous vers un seul but : le paradis pour tenter d’échapper à cet enfer qu’ils ont eux-mêmes crée.

Ce qui persiste encore c’est cette lutte pour pénétrer le sens des mots et se défaire de l’aura maléfique que tant d’intentions louches les auront remasterisés par intérêt.

Le mot est cette estafette projetée au bout de la nuit sur le champs de bataille par un état major azimuté.

Les guerres semblent toutes débiles tant qu’on ne comprend rien à leur intérêt, et puis ensuite on pense comprendre : les banques, les usines, le profit, la prébende, jusqu’à cet instant où tout cela nous apparait aussi absurde que tout le reste.

Lorsque la raison s’efface pour laisser apparaitre le vide interstellaire où est t’il donc le « bon chemin » ?

On vous dira alors qu’il faut avoir la foi, qu’il faut aimer sans condition. Qu’il n’y a plus que ça.

Et vous voudrez le croire à multiples reprises au cours du chemin lorsque porter l’égarement vous paraitra si lourd qu’il en deviendra absurde autant que de soutenir la raison.

Ce besoin viscéral de se sauver ou de sauver l’autre voilà qui crée certainement tant de naufrages comme on a inventé le mot fourvoiement en creux du sillage de bave étincelante et rectiligne des limaces.

Fourvoiements Patrick Blanchon 2010

Une réflexion sur “Se fourvoyer

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