Réflexion sur le temps qui passe

L’été est passé tellement rapidement, si je me mets à jeter un coup d’œil en arrière je chancelle. On dit que plus on vieillit plus le temps s’accélère. Accélération de la vitesse des derniers grains de sable, leur population décroissante amplifiant le phénomène dans l’œil de l’observateur. Le temps est une interprétation avant tout et si on regarde le passé de plus en plus c’est pour mieux tenter, souvent en vain de se caler au présent. Trouver cette fameuse « justesse » que je n’ai de cesse d’évoquer en peinture.

Comment l’estimer autrement que par des sommes, de mystérieuses opérations qui tiennent la plupart du temps de ce que l’on appelle le tatonnement.

Je ne crois pas vraiment aux chiffres, aux statistiques, à toutes ces usines à gaz dont on se sert désormais pour apporter la preuve que telle ou telle raison, cause, impacte tel ou tel domaine.

Une trop grande part de rationalité comme un excès de sel dans la soupe provoquant l’irruption du dégout ou de l’irrationnel.

Ce n’est pas irrationnel de songer au passé pour comprendre le présent. Ce qui est totalement irrationnel cependant c’est de se dire je n’ai accumulé que des échecs, des erreurs et il y a de grandes chances pour que cela continue à moins d’un miracle.

Croire en un miracle salvateur ou rédempteur qui tout à coup nous laverait de l’échec, de la noirceur que nous nous attribuons souvent à tort, en exagérant le trait. Comme on retourne un gant. Du soi disant pire c’est tellement humain de passer soudain au meilleur. Sans nuance sans sas de décompression. Explosion assurée des bronches et de la cervelle. Vanité inversée.

C’est que cette histoire de miracle est liée à quelque chose forcément. A l’intuition.

Avoir une intuition c’est très soudain. Ce n’est pourtant pas ce que l’on peut nommer un miracle vraiment. Je suis quasiment assuré qu’aucune intuition ne nait sans expérience, je veux dire sans cette soi disant somme d’échecs à traverser pour atteindre à la moindre réussite, à cette anomalie, cette singularité que représente la réussite.

C’est ce que j’ai fini par me fourrer dans le crâne. Que la réussite n’était pas un but, qu’elle advenait par hasard- appelons cela le hasard- même si Einstein avait sa petite idée sur la question du jeu de dés et qu’il avait encore besoin d’un être imaginaire pour les lancer.

Dans le fond tout cela n’a pas vraiment d’importance. Le passé l’avenir ne sont que des abstractions, des roues pour hamster en mal de mouvement. Un trop plein d’énergie à dépenser en même temps que la jeunesse.

Etre présent est tout ce qui compte.

Atteindre au présent dans cet instant la fluidité du geste, de la parole, comme de la pensée comme un tout. Voilà ce en quoi j’ai cru peu à peu en exerçant cet art de peindre. Que la peinture m’apprendrait à vivre. Qu’elle ne pouvait être que dispensatrice d’un enseignement de l’être. Un sorte d’amour filial déplacé, avec en plus l’obéissance dont je n’ai jamais pu faire preuve avec qui que ce soit.

Il me faut un temps d’adaptation pour regarder les tableaux commis au fil des années. D’emblée quelque chose de louche m’envahit. Quelque chose qui galope à toute vitesse vers le dégout ou l’insupportable. De constater toute cette agitation surtout pour atteindre je ne sais quel but. Mais au delà de cette surface m’atteindre moi, et de plein fouet avec tant de violence souvent.

Souvent je me suis dit qu’il me fallait vivre seul en raison de cette violence inouïe que je porte en moi et c’est ainsi que j’ai vécu. En me basant sur cette erreur encore que moi seul avait la force de pouvoir la supporter. Pour ne pas déranger l’autre enfin après avoir dérangé tant de monde. Une sorte d’abdication progressive dans les relations avec autrui. On parle de moins en moins pour laisser l’autre s’exprimer non pas parce que ce qu’il dit serait plus important, mais tout simplement parce que si les gens éprouvent ce besoin de parler c’est qu’ils en ont besoin. Quelque chose les pousse dont ils ne savent rien la plupart du temps.

Je parle de moins en moins ce qui ne m’empêche pas d’écrire. Peut-être d’ailleurs parce que j’écris il ne me sert plus à grand chose de parler.

Ce qui pousse à écrire ou à parler je n’en sais pas plus, j’obéis à la poussée seulement tandis que je résiste d’un autre coté. Une sorte d’équilibre encore à trouver entre écrire et parler, entre obéir et résister.

J’écris souvent à la première personne. C’est moi coucou comme sur un ton badin comme on entame une discussion. J’écris de plus en plus comme j’aurais aimé pouvoir parler sans doute. Sans être interrompu. Comme le vent. Disons quelque chose de foncièrement naturel.

Mais ça ne marche pas. Le vent se heurte aux murs et doit les contourner pour poursuivre sa route, affronter la platitude des plaines, les falaises comme les montagnes, errer sur les mers les océans puis retomber invisible quelque part après tout ce trajet, cette épopée.

On dit le vent mais ils sont légion. Les anciens leur donnaient des noms, les anciens en connaissaient un rayon.

De plus en plus je fais attention, j’ai repris par exemple tous mes dossiers photos pour reclasser mes images par année, par thème, par couleur en ce qui concerne les peinture et je fais des découvertes, disons que je modifie mon point de vue surtout. Un tableau isolé ne me parle pas beaucoup tandis que si je le place dans une série à l’aide de quelques critères il s’exprime soudain comme je n’aurais jamais pensé qu’il puisse le faire.

C’est peut-être parce que c’est l’automne, et que derrière son masque mélancolique habituel j’ai envie d’y voir le temps des réjouissances et des récoltes. J’ai envie de voir Dionysos Bacchus et les Ménades danser la farandole dans les vignes que j’aperçois sitôt que je prends mon véhicule pour aller à la rencontre des autres.

S’il est vrai que l’on récolte ce que l’on sème j’éprouve un sentiment ambiguë toujours entre une vieille idée du bien et du mal et une nouvelle vision de ces deux termes , inédite cependant et qui ne regarde plus que moi seul.

Et encore une fois de plus je repense à la mythologie comme la meilleure expression qui enfant me parlait du monde réel. En tant que prétexte déclaré. Je repense à la demande étrange qu’Ulysse formule à son équipage de l’attacher au mat et de ne surtout pas le détacher même s’il les implore alors qu’au loin se profile les rochers depuis lesquels chantent les sirènes.

C’est un peu le rocher des sirènes encore cet automne qui arrive à la vitesse de l’éclair. Il faut s’attacher tout seul cependant et regarder en face comment naissent les choses , dont le langage et la peinture notamment à partir de la matière même de l’incohérence.

Le mot reproche en ressort soudain comme une colombe après le déluge. Reproche ce n’est pas forcément néfaste cela peut-être aussi se rapprocher tout en restant fermement lié à ce mat, à ce pinceau. Peut-être alors en plissant un peu les yeux apercevrais je un rivage avant l’hiver pour jeter l’ancre, refaire des provisions de bouche et d’eau, puis rêver encore de repartir.

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