A quoi sert vraiment la créativité.

Une confusion s’est installée un jour, je ne me souviens plus quand. Je me suis dit qu’être créatif c’était créer des choses nouvelles, originales, que personne n’avait jamais vues. Et bien sur je me suis engouffré dans cette voie tête baissée. Est-ce vraiment une erreur ? Peut-être pas tant que je le croyais hier encore. Car l’intention de créer de cette manière m’a permis d’effectuer une sorte d’apprentissage. Parfois je me dis que si j’avais eu un mentor j’aurais pu aller plus vite pour résoudre ce que j’imagine encore vaguement avoir été une « difficulté », parfois même une souffrance.

C’est comme cela que l’on utilise un mot, en lui attribuant ce que l’on pense qu’il est. La première erreur si l’on veut c’est de ne pas ouvrir un dictionnaire pour vérifier ce qu’en pense la collectivité.

La créativité ce n’est pas créer des choses nouvelles et originales. Ce n’est pas seulement cela. C’est avant tout trouver un moyen inédit de résoudre une difficulté, de trouver une solution à un problème à laquelle personne n’a encore jamais songé.

En peinture cependant comme dans l’art en général cette définition est compliquée à appliquer. Est ce que je cherche vraiment à résoudre des problèmes à grands renforts de crayons et de pinceau, je veux dire un problème que rencontreraient les gens ?

Longtemps j’ai éprouvé un malaise malgré tout à penser que l’art et peindre notamment ne servait pas vraiment à grand chose d’autre qu’éprouver du plaisir, et le partager ensuite. Cela me paraissait vraiment peu de chose. J’avoue même que cet aspect hédoniste me rendait honteux.

comment peux tu t’obstiner à ne vouloir vivre que dans le plaisir alors que tant de personnes en bavent pour se lever le matin, aller au boulot etc etc ?

J’ai parfois passé de sales quarts d’heure à cette seule pensée. j’en étais tétanisé. Et du coup je restais prostré en m’accablant de tout un tas de choses qui me renvoyaient à mon inutilité cosmique.

Dans le fond c’est assez confortable et ça évite d’aller jusqu’au bout de la démarche. Pendant que l’on s’accable on ne fait pas vraiment autre chose. De plus ça donne un titre, presque un royaume, une solitude où peu de monde viendront vous déranger mis à part les huissiers.

Mais l’envie de peindre, ou d’écrire a toujours fini par reprendre le dessus. J’ai donc peint la misère, la souffrance, et j’ai écrit des cahiers interminables, autobiographiques à me tirlipoter le nombril, non sans une sorte de délectation suspecte.

C’était confortable. Au moins j’étais le plus malheureux des hommes, le plus inutile, j’étais sur mon podium de façon inversée. J’inventais toutes les règles des jeux Olympiques de la débine.

Je voulais m’exprimer car je pensais que j’avais quelque chose à dire de spécial, que personne d’autre ne pourrait dire.

Puis j’ai pris de la bouteille, je me suis cassé la figure de nombreuses fois à tous les niveaux que ce soit sur le plan professionnel, sentimental, et artistique.

Un peu comme ces personnes qui refont la même erreur et se cognent la tête contre un mur en ne voyant pas qu’il existe une porte qu’il suffirait d’ouvrir.

Et de me lamenter, et de me flageller, et de maudire la vie le monde et toutes ses créatures.

Pas bien loin d’UBU.

Une sorte de dictateur aussi trépignant et écumant de rage contenue.

Car en même temps couard comme pas deux. Surtout ne pas être découvert, afficher ce fameux sourire de façade qui dit mais oui tout va bien je suis parfaitement heureux comme ça besoin de rien.

tellement plein de soi comment y aurait il la moindre place pour autrui.

Encore quelque chose de parfaitement honteux n’est-ce pas. Pas du tout politiquement correct comme on dit.

C’est qu’il y a une sorte de fascination à découvrir en soi toutes ses richesses qu’il en faut peu pour qu’elle nous transforme en avare.

On voudrait d’une certaine manière être le seul à en jouir après avoir tant peiné pour les découvrir.

Pendant ce temps les années passent, le trésor fructifie pense t’on. Et bientôt la pièce dans laquelle on le tient caché devient trop exiguë. On se pose la question du que faire de toutes ces merveilles ?

C’est un problème véritable.

Résumons un peu : une mauvaise interprétation du terme créativité qui nous fait errer durant des lustres. Durant tout ce cheminement on a l’impression d’amasser quelque chose d’unique que l’on nomme trésor et on se retrouve un beau matin à devoir changer de logis car ce trésor nous a totalement envahi.

On pourrait prendre un logement plus grand mais on ne peux pas modifier la taille de son crane. On sent bien que quelque chose va exploser.

Que faire ?

que faire ?

Cela devient une sorte de mantra.

On tourne en rond de plus en plus rapidement sur soi sans même s’en apercevoir, l’univers se rétrécie de plus en plus dangereusement. Jusqu’à atteindre une densité inouïe dans un simple tête d’épingle. Ou une tête de nœud ou une tête d’andouille.

Ouf on rit un peu nerveusement.

Ouf ouf ouf !

Et ce faisant la cage thoracique se dilate.

Alors on rit encore plus fort à pleins poumons. Cela devient extrêmement douloureux toutes ces cotes qui s’écartent pour fabriquer un instrument assez proche de la cornemuse.

tiens une cornemuse… comment diable cela fonctionne t’il donc ?

On s’entraine, on apprend. Vaut mieux être seul encore ce n’est pas vraiment probant.

Et puis le hasard qui fait tellement bien toute chose dépose un dictionnaire sur la table bancale d’une chambre. On est devenu tellement désœuvré à cet instant là et éreinté par l’ironie et le dégout de tout qu’on ouvre le bouquin.

Créativité : La créativité décrit — de façon générale — la capacité d’un individu à imaginer ou construire et mettre en œuvre un concept neuf, un objet nouveau ou à découvrir une solution originale à un problème.

On devient soudain comme ce moinillon tibétain qui découvre l’éveil en se prenant en pleine poire la porte du monastère.

Euréka se serait écrié Archimède.

Moi j’ai seulement dit merde alors.

La créativité sert à résoudre des problèmes d’une façon originale. ( chaque mot compte )

sert comme servir

Résoudre comme réduire en poudre.

Problème «difficulté d’ordre pratique à laquelle on se trouve confronté» selon Voltaire.

Façon: apparence, manière action …

Originale : qui émane directement de l’auteur.

Avec tout ça si je ne parviens pas à m’extirper de cette atmosphère déprimante de rentrée, c’est que j’ai totalement raté ma vocation de créatif, autant aller jouer au courses et me taper un petit calva tout en me lamentant sur le monde et moi-même en bonne compagnie.

Bouleaux huile sur toile 100×80 collection privée Patrick Blanchon 2017

4 réflexions sur “A quoi sert vraiment la créativité.

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