Exposition

Dans quelques jours, à la fin du mois de septembre j’exposerai au centre culturel de Champvillard à Irigny près de Lyon. J’ai envie de partager quelques idées sur ce mot : exposition.

Tout de suite, je pense à la photographie. A la quantité de lumière nécessaire qu’il faudra laisser passer au travers de l’objectif pour qu’elle restitue une image plus ou moins fidèle d’une réalité.

Autrefois l’image ainsi capturée s’imprimait en négatif sur une couche argentique et il fallait ensuite l’inverser au moyen d’un agrandisseur. C’était une suite d’opérations alchimiques dans laquelle le facteur temps était l’un des éléments clefs.

Le temps de la prise de vue

Le temps de développement des films

Le temps d’exposition sous l’agrandisseur

Et enfin le temps nécessaire à révéler l’épreuve dans différents bains de produits chimiques.

Désormais avec la photographie numérique la notion de temps n’est plus tout à fait la même. Une immédiateté, une simultanéité font que le cliché pour moi a un peu perdu son aura magique. Happé presque aussitôt dans les collections, dans des dossiers, des sous dossiers informatiques, la photographie finit par pénétrer dans une zone trouble.

J’ai le sentiment de lui accorder moins d’importance même si la photo est bonne. Presque aussitôt ce qui jadis ressemblait à une jouissance, presque de l’ordre de l’orgasme…désormais appartient au domaine des satisfactions rapides, à quelque chose de souillé par une mentalité de consommateur.

Une fausse satisfaction puisque avalée par la banalité ayant envahit le regard. Un regard appauvrit toujours en quête de sensationnel exigeant toujours plus comme un drogué force mécaniquement la dose, en vain.

Exposer de la peinture. Exposer un travail de peintre qu’est ce que cela signifie désormais ?

A la fois pour les personnes qui ont l’amabilité d’accueillir cette exposition et pour moi-même?

Puisqu’il s’agit d’obtenir une image finalement de ce travail de peinture, il est clair qu’il ne suffit pas d’aligner les toiles les unes à coté des autres. Même en s’appuyant sur les critères habituels d’harmonie de couleur, de format, de thématique. Tout cela me parait tellement désuet, sans doute pour l’avoir trop souvent réalisé ainsi.

Il faudrait autre chose désormais.

Au moment où l’on m’a invité à exposer on m’a presque aussitôt demander un titre. Et j’ai décidé d’appeler cette exposition « Voyage intérieur ». Au début j’ai eu l’impression de me débarrasser de cette difficulté à titrer ainsi et j’en conserve encore un malaise. En fait je n’ai fait que reprendre le nom d’une collection réalisée entre 2018 et 2021. Le nom générique d’une quantité de toiles placées pèle mêle en tant qu’images dans un dossier.

En même temps que si je regarde les choses froidement, avec le plus de sang froid possible, ce titre reflète assez justement ce que je traverse avec la peinture.

A quoi peut bien faire penser ce titre pour une personne extérieure ? Sans doute à un cheminement spirituel, à un voyage imaginaire, à une quête.

Ce n’est dans le fond pas si éloigné de ce que je pense.

Ce voyage intérieur cependant est un voyage de peintre. La quête n’est pas vraiment celle d’une divinité, mais de ce que peut représenter la peinture le plus « réellement » possible. Or c’est cette réalité la plus grande difficulté puisque je pressens depuis toujours qu’elle se dérobe presque aussitôt la toile achevée. C’est d’ailleurs ce qui me pousse essentiellement à en commencer une nouvelle.

En fait c’est un jeu entre le peintre et la réalité, quelque chose qui se présente parfois sous une forme ludique lorsqu’on se souvient qu’il s’agit d’un jeu, ou bien de dramatique, de tragique sitôt qu’on l’oublie.

Et tout l’enjeu de ce voyage intérieur serait d’apprendre à naviguer pour ne pas sombrer dans une sorte d’addiction stérile à l’amusement ni non plus se faire happer par le désespoir.

Ce que les sages orientaux appellent la voie du milieu.

Il faudrait que cette quantité de lumière que j’ai pour tache de faire pénétrer dans les salles d’exposition où mes tableaux la reflèteront explique cela sans qu’il n’y ait besoin de longs discours.

Les écueils qui se dressent devant moi pour parvenir à ce but sont à peu près tous encore reliés au doute.

doute sur la valeur de mon travail essentiellement.

Car je regarde mes tableaux comme je regarde ces photographies numériques. Je veux dire qu’une fois achevés ils disparaissent presque aussitôt de mon champ de vision tant l’obsession d’en réaliser de nouveaux est pressante.

Il faudrait aussi que cette exposition parle de cela. De cette urgence à rechercher la satisfaction en vain.

S’exposer c’est aussi une exhibition. Le malaise surgit aussi de cette confusion je crois. Entre les termes anglais et français. Une aura d’impudeur flotte aisément dans ma cervelle et s’empare ainsi de tout mon travail comme le métamorphosant en quelque chose de proche de la masturbation. Et d’une certaine honte comme d’un certain orgueil qui vont de pair.

Pourtant il n’y a rien d’obscène à la surface des toiles.

Il y a seulement des traces de plus en plus visibles pour moi de cette impuissance chronique à rendre compte de la réalité de la peinture au travers de la peinture elle-même.

Il y a toujours cette question sans réponse et ce sur chaque tableau : Qu’est ce que peindre ?

Qu’est ce que peindre surtout sans s’appuyer sur le connu, sur le cliché, sur le déjà fait le déjà vu.

Il est aussi hors de question d’exposer pour montrer une habileté désormais. J’ai mille fois plus envie de désigner justement la maladresse comme une source féconde de l’ensemble de mon travail.

Maladresse à m’exprimer par la parole, par l’écrit, par la peinture, dans la vie en générale. Et ce en mimant souvent l’habileté telle qu’elle est ordinairement identifiée par la plupart des gens.

Sans doute est ce encore beaucoup trop compliqué. Sans doute faut il élaguer encore dans tout ça pour ne conserver que le plus simple, ce qui ne peut être ôté et que ma pensée souvent alambiquée me masque.

Parfois aussi je me dis que je m’impose des choses inutiles, dont tout le monde se fiche généralement.

Les gens veulent voir des tableaux du peintre, ils pénètrent ainsi dans les expositions, puis ils regardent si ça leur parle ou pas. Surtout si ça les touche ou pas. Ils font un tour puis ressortent avant de se rendre à une autre occupation, un restaurant, un cinéma, une randonnée en vélo. De cette exposition ils ne retiendront peut-être pas grand chose parfois sinon d’avoir coché une activité à accomplir dans leur journée.

voilà comment proche d’un but on s’en détourne. voilà comment le tragique prend le pas soudain sur le jeu.

Pour exposer convenablement la pellicule c’est tout un art déjà, il faut trouver la bonne ouverture, la bonne vitesse, se concentrer surtout là dessus sans doute. De toute façon l’image à venir ne sera pas la réalité on le sait déjà.

C’est hier qu’une phrase a surgit bizarrement : le fameux « tout ce qui se ressemble s’assemble »

Je l’ai cru durant longtemps. Désormais je n’ai pas vraiment besoin d’être rassuré par le message qu’elle propose.

Non ce n’est pas parce que ça se ressemble que ça s’assemble, c’est peut-être même souvent le contraire.

10 réflexions sur “Exposition

    1. Merci Patrick, oui il faut que je pense à la vidéo, à l’intention de faire une telle vidéo … toujours deux volontés en ciseaux, une partie de rester dans l’anonymat affronte l’autre poussant vers l’exhibition. Cela fait sans doute partie du jeu …

      J'aime

  1. Et oui, un moment intime, juste pour le plaisir d’exposer, de rencontrer l’autre, sans autre but. La vidéo, c’est plus pour « une valeur ajoutée » si besoin pour un dossier et pour la curiosité des gars comme moi :-)) Mis à part la curiosité, cela me fait très plaisir de savoir que tu exposes. Amitié, Patrick.

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.