Objectifs et projets

Lorsqu’une personne me parle de ses objectifs, de ses projets, je suis tout d’abord admiratif. Puis assez rapidement surgit une inquiétude, un doute comme si le désir de me cramponner à une vision personnelle de l’instant réduisait à néant toute velléité d’objectif ou de projet justement.

j’ai énormément de difficultés à croire en la notion d’objectif ou de projet. C’est à dire que je ne peux compter sur aucun moteur que je considérerais suffisamment puissant à cet instant pour me projeter dans le temps.

Bien sur je sais ce qu’est un objectif, un projet. Je connais aussi la satisfaction de les atteindre ou de les réaliser, et en même temps ce résultat m’aura toujours entrainé à éprouver de la déception une fois l’enthousiasme, la frénésie, la communion évanouis.

C’est un peu comme faire l’amour. Cette simultanéité de plénitude et de vide qui se côtoient jusqu’à se confondre et où, à la fin, il ne reste plus qu’une absence.

Il s’agit avant tout d’une exigence qui, quoi que je puisse en penser ou faire, ne peut jamais vraiment se satisfaire.

Qui aussitôt atteinte disparait pour laisser place à un manque dans lequel va puiser l’énergie pour s’élancer vers autre chose. Une énergie du vide si l’on veut.

C’est à dire que je possède cette conscience que tout objectif tout projet n’est jamais rien d’autre qu’un ersatz, un prétexte, une sorte de pansement, en même temps qu’une représentation de l’existence toute entière avec une naissance, un développement, croissance et chutes pour atteindre une maturité et une fin.

Mener à bien un projet, jusqu’au bout, c’est accepter tacitement, inconsciemment la plupart du temps tout cela. C’est justement ce dont il ne faudrait jamais être conscient.

Tout cela ne sont sans doute que des croyances. Des croyances qui en valent d’autres exprimant l’idée que l’homme se construit grâce à ce qu’il fait. On consommerait ainsi des actes comme toute autre denrée finalement pour amasser un capital, une satiété, une masse graisseuse rassurante.

Ainsi à force d’objectifs de projets menés à bien on deviendrait une femme, un homme d’expériences.

On n’aurait pas peur de penser alors et de façon légitime que la fameuse confiance en soi provienne de cette somme d’échecs et de réussites.

Ce serait l’objectif, le projet, le véritable auteur de cette histoire souvent abracadabrante qu’est notre vie.

Enfant je me souviens avoir passé beaucoup de temps à observer les insectes, notamment les fourmis.

Quelle admiration je ressentais alors en voyant que quelque soit l’obstacle se dressant devant elles, il ne les arrêtait jamais. Une volonté, une obstination inflexible autant qu’un programme informatique les obligeait à dépasser chacun de ces obstacles pour atteindre au but.

Et en même temps je ne pouvais qu’éprouver une sorte de compassion de comprendre à quel point chacune de ces bestioles était assujettie à ce programme, prisonnière de celui ci, n’ayant même pas l’idée de songer à le fuir, à s’interroger sur les tenants et aboutissants de celui-ci puis à s’en échapper.

Ainsi sera née la suspicion que nous autres humains ne soyons dans le fond guère différents des insectes. Nous poursuivons envers vents et marées des chimères parfois qui ne sont rien d’autres que des programmes que nous avons bâtis soit en groupe soit individuellement.

A cet instant tous les prétextes, toutes les raisons sont « bonnes » pour que nous n’en doutions pas suffisamment afin de nous retrouver à errer de part le vaste monde pour rien. Car ce qui nous effraie avant toute chose c’est que l’existence soit parfaitement inutile, la notre particulièrement.

C’est probablement pour cette raison que l’art est un refuge pour beaucoup. Afin que l’inutile se revête de quelque chose qui soit moins terne, moins aride que la vision d’effroi que celui ci déclenche à première vue.

Mais cet effroi n’est rien d’autre que la doublure de cette fameuse importance que nous avons tissée pour nous revêtir de celle-ci.

Perdre de l’importance étrangement atténue en même temps cet effroi je l’ai remarqué plusieurs fois au cours de ma vie.

Il est même tout à fait possible à bien y réfléchir que mon seul objectif, mon seul projet ne soit que celui là.

Perdre ma propre idée d’importance, devenir feuille autant que toutes ces feuilles avec lesquelles l’automne se pare pour supplanter l’été.

Décomposition Huile sur toile 150×60 cm Patrick Blanchon

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