Tirer parti des catastrophes.

Je crois que le travail de réflexion a commencé à partir du mois de juin 2020, la réflexion sur cette exposition, « Voyage intérieur ».

C’est-à-dire le murissement de cette idée, l’accumulation de données, le tri, les sélections, bref tout ce qui est nécessaire pour mener à bien une exposition qui, dans mon esprit, devait  ressembler un peu à une rétrospective de mon travail sur 3 ou 4 années autour de ce thème.

Dans mon esprit j’avais la surface, l’espace pour déployer ce travail puisque le Centre Culturel possède un vaste hall et plusieurs salles de réunions utilisées pour l’exposition annuelle « Vues d’artistes » que j’ai eu l’honneur de conduire à la fin du mois d’aout de cette même année.

Dans mon esprit et tacitement je pensais pouvoir bénéficier de tout cet espace.

Mais voilà finalement ce n’est pas du tout le cas.

En arrivant hier matin avec ma voiture pleine, quelle déception d’apprendre que je ne pourrais pas utiliser les salles de réunion, celles-ci étant fermées au public en dehors de l’évènement « vues d’artistes ».

Catastrophe ! Tout mon plan d’exposition tombe à l’eau.

La première réaction bien sur est la panique, puis la colère, la déception. Comment refaire tout le plan de l’exposition en supprimant tellement de toiles en quelques heures à peine ?

Pour les grands formats c’est assez simple, mais pour les formats moyens, les plus petits nécessaires à la compréhension de ce Voyage, il faudra les laisser emballés dans les sacs.

De plus, difficulté supplémentaire,  les cimaises que l’on me prête sont en nombre réduites et ne possèdent qu’un seul crochet, il n’y a pas de rabe.

Je réfléchis à toute vitesse mais j’avoue que j’ai plutôt l’impression de mouliner à vide. C’est l’impasse.

Heureusement Éric, membre de l’équipe du Centre Culturel m’accompagne pour accrocher les grands formats, il est le seul habilité à pouvoir manœuvrer la  très grande échelle pour atteindre les hauteurs et régler les éclairage. Une histoire d’assurance.

Nous commençons donc tout de suite car il ne peut m’allouer que quelques heures, débordé par d’autres tâches à mener à bien parallèlement. En cette rentrée si particulière, le centre est en effervescence.

Mon idée est d’aérer, de laisser de l’espace entre les tableaux pour qu’ils ne s’écrasent pas les uns les autres. Les grands formats sont accrochés à 12h et le résultat est satisfaisant. Même si je ne peux pas respecter mon plan ça fonctionne tout de même.

Il ne me reste qu’un couloir pour accrocher le reste de ma sélection. Pas de spots juste un plafonnier. Pas beaucoup de recul donc pour regarder les tableaux. Ce sera donc des moyens et petits formats.

Soumis à la contrainte de ne pouvoir installer qu’une seule œuvre par cimaise, je renonce aux 20×20 dont j’avais préparé tout un sac et qui correspondait à une partie importante expliquant mon cheminement dans les gammes de couleurs.

Le format le plus petit possible sera donc du 40×40 et le plus grand du 60×80

Je me mets au travail un peu comme un somnambule tant mon esprit est encore attaché à l’idée que je suis en train de vivre une catastrophe.

J’en fais part aux différents interlocuteurs que je croise dans le vaste hall en allant fumer de tant à autres pour me calmer… Notamment Véronique la directrice adjointe puis  Noël, le directeur  à qui j’expose mes doléances. Puis je m’aperçois que c’est ridicule finalement, les choses étant ainsi et ne pouvant être changées, je ne peux donc m’en prendre qu’ à moi-même.

Pourquoi ai-je considéré comme acquis que j’avais tout cet espace imaginé, pourquoi est ce que je n’ai pas pris le soin de demander plus de précisions lorsqu’on m’a proposé cette exposition personnelle… Je passe encore ainsi une dizaine de minutes à bien m’auto flageller.

Mais évidemment ça ne sert à rien et l’heure tourne il faut livrer cette exposition aujourd’hui.

Il faut que je me calme !

Finalement c’est une sélection plus resserrée à opérer dans l’immédiat .

Quels tableaux sont les plus importants pour moi , non par la taille, par leur esthétique, par leur sujet, mais par rapport à ce parcours.

Enfin j’ai trouvé un fil sur lequel tirer.

Du coup il suffit de choisir ce tableau particulier qui est souvent logé en tête ou en fin  dans une série.

Je déballe mes sacs et sélectionne ainsi un seul tableau par série puis remballe le reste encore avec un peu de tristesse et d’amertume.

Je devrais plutôt être content car cette expérience je le sais déjà est enrichissante.

Avec l’expérience on finit par sortir plus vite de l’imaginaire morbide que distille la catastrophe de prime abord.

 N’est-ce pas encore une occasion de valider ce que je dis à mes élèves, ce que je me dis depuis toujours en peinture : tirer partie des accidents, des maladresses, des catastrophes.

Alors quoi ?

Et bien je ne l’ai pas volé, on me propose là tout de suite d’appliquer.

Et voyez-voyez vous c’est là, exactement que la paix se trouve et que la bonne humeur revient.

Peu importe que cette exposition soit réussie ou pas dans le fond ce que je viens de vérifier sur la vie et moi-même a déjà en quelque sorte toutes les apparences d’un bon point, d’une récompense.

Et puis à bien y réfléchir n’avais je pas encore beaucoup trop de tableaux dans le coffre de mon véhicule ? Et cette profusion ne noyait -elle pas quelque chose ? Le voyage intérieur continue donc jusque là et c’est tout en même temps une leçon de peinture qu’une leçon de vie.

Installation exposition

5 réflexions sur “Tirer parti des catastrophes.

  1. Bon jour Patrick,
    Voilà un déroulé sur une expérience, aux effets et atouts, qui s’expose en toute simplicité et rigueur… mettre en relation « le dire » par « la réalité de terrain » et comme tu l’écris avec justesse : … »tirer partie des accidents, des maladresses, des catastrophes…. » … et cela me rappelle ce mot : « rebondir », qui est n’est pas très heureux mais fait image …
    Bonne journée 🙂
    Max-Louis

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour Max-Louis merci pour ton passage et commentaire … le rebond j’y réfléchis c’est fait pour fuir d’un point A vers B en sautant par dessus quelque chose j’imagine… C’est ce quelque chose qui m’intéresse dans cette histoire, on pourrait dire aussi « mettre le nez dans le caca » d’une façon triviale 😉 Bonne journée 🙂

      Aimé par 1 personne

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