La satisfaction.

Je crois qu’il existait autrefois un terme pour désigner la fatuité, on disait d’une telle ou d’un tel qu’il arborait un « air satisfait ». Ca ne s’utilise plus qu’en littérature et encore, un « air con » fonctionne sans doute beaucoup mieux désormais.

Le terme de con étant tellement générique dans la langue que l’on pourrait considérer qu’il frôle le surnaturel. Suivant l’intonation avec laquelle il sera prononcé il sert de synonyme à une kyrielle de termes plus ou moins oubliés.

Il y avait aussi le terme de « ravi » qui me faisait sourire à propos de Michel Rocard notamment. Ou encore un « air béat » comme celui qu’adoptait ma voisine Michelle lorsque soudain elle constatait que je n’étais pas le gentil garçon qu’elle avait dédaigné par ennui.

Sans doute est-ce en partie la raison pour laquelle je me suis toujours méfié de la satisfaction? Que sitôt celle-ci atteinte je m’empressais de passer à autre chose pour ne pas rester englué dedans.

Et comme ce n’était pas normal j’ai eu de nombreuses fois l’idée de consulter. Mais à la pensée de régler ce petit soucis, d’être satisfait de comprendre pourquoi je n’étais jamais entièrement satisfait, évidemment j’ai botté en touche.

En ce qui concerne l’idée de la réussite c’est exactement la même chose. Il suffit que l’on me dise : Tu es à deux doigts d’y arriver pour que le trouble le malaise naissent. D’ailleurs il m’arrive de m’effrayer régulièrement tout seul à cette pensée, je n’ai pas vraiment besoin de quiconque.

Et si soudain je réussissais, et si soudain j’étais satisfait … quelle catastrophe !

J’en plaisante bien sur car je ne vois pas vraiment que faire d’autre que d’en sourire.

La vérité est que tout bien pesé, tout bien considéré, la satisfaction comme la réussite ne m’ont jamais vraiment appartenu. Ce ne sont rien d’autre que des opinions extérieures que j’ai du faire miennes à un moment ou à un autre lorsque j’atteignais un résultat dans une suite d’opérations.

Cette suite d’opérations n’avait pas pour but la réussite ou la satisfaction , c’était bien plus généralement l’envie de préciser une définition, d’explorer une théorie personnelle, de tenter quelque chose dont je n’avais pas vraiment la netteté mais que je devinais au delà de la confusion.

Or le sentiment de satisfaction ou de réussite m’auront toujours entravé, me barrant la route, me frappant en plein vol tel un col vert buté par un chasseur.

Il me semble que c’est vers le soleil, la lumière, la clarté que je fais route maintenant après avoir traversé toute la noirceur de la nuit, ses chimères, et ses désirs troubles.

Comme si au final un choix tout de même s’était opéré entre l’ombre et la lumière.

C’est ce choix qui est important, sans doute le plus important de tous les choix ! Et il serait vraiment dommage de le perdre de vue désormais en accordant un crédit exagéré à toute idée de satisfaction, comme de réussite.

Il n’y pas d’oasis, pas de halte qui tienne, comme il n’y a pas de vieillesse, pas de fatigue. Il n’y a que des vues de l’esprit. Cet esprit qui se réfugie parfois dans la paresse par peur d’être aveuglé par la lumière de se dissoudre totalement en elle.

Silhouettes en bleu huile sur toile 24×30 cm Patrick Blanchon 2021

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