Que dire des départs ?

A chaque fois c’est la même chose, à chaque fois que j’apprends la nouvelle d’un décès, je tombe dans le mutisme. Je veux dire que je ne dis absolument rien, aucune condoléance, aucun message de soutien, pas le moindre geste, pas le moindre signe, aussi sec je rentre dans ma coquille, je calfeutre porte et fenêtres et je mets des boules Quies ! j’attends que ça se passe.

Que l’on parle d’autre chose surtout.

Je ne supporte pas les témoignages d’affection, les embrassades, les étreintes. C’est un peu comme un Noël à l’envers, chaque veillée funèbre, chaque enterrement, cela n’a vraiment rien d’un cadeau.

Je ne crois pas être un monstre pour autant. Simplement le tragique m’horripile au plus au point et je trouve qu’il vire généralement à la comédie à ces moments là, une comédie avec des fous rires qui tombent toujours au mauvais moment.

Il n’en a pas toujours été ainsi. Je me souviens de tellement de poignées de mains, d’embrassades, de phrases que l’on dit à ces moments là pour prouver je ne sais quoi à je ne sais qui.

Je me souviens de toutes les larmes qui roulaient et que je pouvais pas retenir. Et puis un jour je crois que c’est suite à la disparition brutale de mon père, je n’ai plus voulu entendre parler des départs. Je suis resté sur la touche à chaque fois que l’on m’annonçait ce genre de nouvelle.

C’était plus fort que moi. Incompréhensible. Un blocage total. J’ai perdu des tas d’amis ainsi. Parce qu’allez donc vous expliquer, vous excuser d’un tel manquement à l’ordre général des vivants et des morts…

La mort, toute mort me laisse muet et bras ballants. d’ailleurs je ne dis pas la mort, je dis les départs.

Et en même temps quelque chose au fond de moi ne cesse de protester contre la mise en scène de la mort. Je suis contre tout ça , résistant encore une fois de plus.

La mort c’est la vie je me dis vraiment.

ça fait partie des choses quotidiennes naturelles. Pas de quoi en faire tout un pataques.

Pour le mort quelle importance je me dis aussi, il est mort il est tranquille, il a accompli ce qui devait s’accomplir.

Est ce qu’on va pleurer pour chaque brin d’herbe, chaque feuille , chaque escargot qu’on écrabouille chaque pâquerette qui se fane et disparait ?

Au delà de ma très petite personne, et des turpitudes humaines, de ces tragédies et comédies de notre nature humaine, la mort est quelque chose de commun et en même temps paisible dans mon fort intérieur.

Aucun besoin, pas la plus petite nécessité de prouver que je suis là pour participer désormais à la moindre clownerie funèbre.

Sans doute parce que les morts chez moi ne meurent jamais. Ils sont toujours là et nous nous entretenons souvent à propos de choses insignifiantes, parce que l’on rit et que l’on pleure ensemble à chaque instant de la vie.

Alors que dire de ces départs puisque il n’y a pas vraiment de départ véritable.

Je crois surtout qu’il y a beaucoup de peur et méchanceté dans toutes ces affaires funestes. Il faut enterrer quelque chose soudain de toute urgence comme pour s’en débarrasser, et aussi pour savoir où il git à tout jamais pour qu’on n’y pense plus et qu’aucun fantôme ne surgisse soudain au pied du lit.

Madame Valentine, ma mémé Varenne. Collection privée.

4 réflexions sur “Que dire des départs ?

  1. La mort arrive. C’est tout. Tout ce que l’on peut faire pour l’éloigner, la drogue, les montagnes russes et tous ces nouveaux manèges terrifiants, le déni aveugle, boire à se noyer, devenir un jour célèbre, se faire refaire le visage, les greffes de cheveux, pratiquer abondamment le sexe libre, fonder une secte, c’est dans l’éventualité de notre propre mort que celle des autres incarne.

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