Légèreté

Une nécessité de légèreté s’impose après avoir traversé l’épaisseur, et il ne faut pas s’y opposer mais au contraire y aller tout entier. De même qu’après le discours s’impose un silence semblable à une fréquence sur laquelle flâner sans ciller.

Cette nuit je reviens à un principe fondamental en peinture. Le « je ne sais rien »

J’enfourche donc ce vieux cheval de bataille pour partir à l’assaut des moulins à vent, la plus intelligente des occupations quoiqu’on en dise ou pense.

Je dépose une noisette de bleu de jaune et de rouge sur la palette et je dilue les teintes tout en les mélangeant pour créer des orangers des verts et des violets.

Puis je laisse aller la main qui tient le pinceau pour déposer les couleurs sur une feuille de papier.

Je ne pense à rien je n’ai pas d’idée je cherche juste à observer ce qui est en train d’arriver.

C’est un exercice que je réalise régulièrement lorsque j’observe que je suis pris dans un désir d’aller plus loin en peinture. Quand je me dis tu peux faire encore plus juste, plus fort, plus ceci ou cela.

Bref je cherche la Dulcinée de Tobosco. Je sais très bien qu’elle est à cet instant sous mon nez et simultanément ailleurs, partout et nulle part.

C’est à dire lorsque malgré la sensation d’une réussite un malaise arrive simultanément.

Comme si cette réussite finalement n’était qu’un coup de chance parmi tant d’échecs passés. Comme si je me méfiais toujours de l’enthousiasme que produit chez moi toute idée de réussite. Le malaise provient de cette rupture soudaine d’équilibre.

Alors je redeviens comme l’enfant que je suis toujours malgré toutes les années. Je prends plaisir à barbouiller comme au début en explorant les mille et une façons de diluer les pigments de les mélanger et de les déposer sur une feuille.

Je laisse ainsi couler la vie au hasard comme elle veut et je suis émerveillé de constater à quel point à ce moment là je ne sais plus rien.

Mais c’est de ce lieu, du rien, que surgissent les principes des œuvres à venir.

C’est tout à fait semblable aussi à une offrande que l’on dépose à l’entrée de la fête pour que celle ci se passe bien.

Il ne faut rien offenser par une quelconque lourdeur et ainsi se défaire de la naturelle pesanteur.

Atteindre enfin à la légèreté assez proche tout à coup d’un envol, d’une liberté.

L’exercice de la légèreté acrylique sur papier 2021 Patrick Blanchon

Une réflexion sur “Légèreté

  1. La belle errance, oui.

    « Je laisse ainsi couler la vie au hasard comme elle veut et je suis émerveillé de constater à quel point à ce moment là je ne sais plus rien. »
    « Bref je cherche la Dulcinée de Tobosco. Je sais très bien qu’elle est à cet instant sous mon nez et simultanément ailleurs, partout et nulle part. »

    Merci Patrick.

    Aimé par 2 personnes

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