L’oreille absolue.

C’est par le son de sa voix que j’envisageais des abîmes. Que je trouvais le courage par le désir. Et pourtant à cette époque j’avais encore l’oreille absolue. La moindre fausse note provoquait le replis. Je fuyais dans tout l’imaginaire que j’étais capable de créer en un battement de cils sans que nul ne le voit. J’étais là et ailleurs tout en même temps planant au dessus de mon propre vide.

C’est loin d’être une sinécure cette affaire d’oreille. Avant de saisir que la notion de justesse ne vient que de soi je veux dire, qu’elle n’est pas d’emblée collective s’il faut vraiment le préciser.

Mais ça permet de tisser des histoires ça c’est certain. Des histoires à n’en plus finir jusqu’à atteindre la fin du livre et s’attaquer aux innombrables notes de bas de page.

Cette douleur qui me renvoyait à la mienne juste par le son de ses fausses notes, était poussée par ci par là à des octaves saugrenus sur lesquels le silence se drapait à la fois d’insolite et d’un je ne sais quoi de biscornu.

Des les premiers couacs repérés , pour ne pas dire désirés, il fallait qu’elle devinsse une sorcière après s’être présentée en fée.

Tout miracle était à détruire d’urgence pour rester en contact avec le sol, j’aurais pu l’écrire pour prévenir, sur mon front comme un tatouage indélébile. Pour prévenir des catastrophes qui ne tarderaient pas d’advenir.

J’ai longtemps pensé que j’avais merdé avec Alphonsine, que je n’étais à cette époque qu’un rebut de l’humanité, je m’étais attribué tous les torts absolument. A cause de ma trop méchante imagination surtout. A voir le mal partout sauf en soi voilà où ça nous mène.

Mais à bien y penser c’était une sorte d’inventaire avant liquidation. Avant que je n’aille faire les comptes dans l’arrière boutique et me tire un pruneau dans la tempe pour pouvoir me dire encore une dernière fois : tu l’as bien mérité à force de jouer au con.

Et puis les jours passent, à force de malaxer tout ça il a de moins en moins de jus. C’est comme pour tout on finit par se lasser.

L’érosion a du bon si je peux dire.

Le pour et le contre finissent par s’ajuster comme dans le viseur d’un Leica. Puisqu’on aspire malgré tout ce que l’on peut en dire à la netteté peu ou prou.

Il faut que ça soit net comprenez vous !

Arrive un moment où le flou devient insupportable, vers la quarantaine pour moi, ou à peu près.

On commence à briquer le sol, à trouver un agencement dans les documents administratifs, un ordre qu’on n’a plus vraiment envie de remettre en question. Parce que tout dérangement fait suppurer les croutes, on se retrouve à vif comme par inadvertance. Insupportable.

C’est ce que l’on se dit.

Mais la vie est tellement bien faite, une perfection de rouages et d’engrenages.

On passe ainsi d’une volonté de netteté à une volonté de flou sans même sans rendre compte. Comme s’il était capital d’explorer les deux versants d’une vision borgne. Traverser l’aveuglement tout entier pour recouvrer la vue au final.

Et là ironie du sort : circulez il n’y a rien à voir.

On se dit alors tout ça pour ça c’est ballot.

On en revient à l’essentiel comme on dit aujourd’hui, être ballot.

Au bout les ballots c’est ce que l’on gueulait sur les gares aux pauvres hères munis de leur seul balluchon. Les riches montaient en tête les ballots en queue.

Mais heureusement Jésus Christ un jour a dit que les premiers seraient les derniers et les derniers les premiers. Pour un gars qui mise tout sur son oreille ça ne s’oublie pas.

C’est exactement comme ça du reste que je suis passé de l’oreille absolue à la surdité la plus épaisse. On n’a jamais autre chose que ce qu’on mérite n’est ce pas.

Visage Huile sur toile Patrick Blanchon 2016

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