Un cœur simple.

Malgré son perpétuel repli dans l’ironie et le cynisme le jeune homme fut ému. Il referma le livre à la fin de la nouvelle et regarda par la fenêtre. C’était une journée morose de novembre, le ciel était bas et de la rue ne montait presque aucun bruit. C’était ce silence qui l’intriguait. Ce silence provenait t’il de la rue où de lui-même ? la question revenait comme la vague, insistante sur le sable pour s’évanouir de nouveau afin de revenir de plus belle.

Il ne s’était pas attendu à cela en empruntant le livre à la bibliothèque de quartier. Tomber sur ce genre d’énigme dont il se demandait à présent s’il fallait qu’il en soit déçu ou indifférent.

Le texte en lui-même se démarquait de l’œuvre générale de l’écrivain. Il n’imaginait pas Flaubert dans son gueuloir en train de vociférer les phrases qu’il venait de lire. Et pourtant c’était bel et bien du Flaubert on ne pouvait pas en douter c’était marqué dessus comme le port salut.

Mais quelle idée de s’enticher d’un perroquet, ça ne peut être qu’une métaphore, quelque chose dans le genre. C’est tellement ridicule.

Cependant quelque chose continuait à flotter dans la chambre, quelque chose sur laquelle il ne parvenait pas à poser le doigt dessus.

Il fallait sans doute revenir au titre pour comprendre. « Un cœur simple » Et il resta un long moment allongé sur le lit à réfléchir en contemplant le papier peint.

Sur celui-ci la répétition du motif floral des roses lui donnait le tournis si bien qu’il s’assoupit.

Il s’absenta ainsi quelques instants puis en reprenant ses esprits décida qu’il était temps de sortir pour aller faire quelques emplettes à la petite supérette de la rue des Poissonniers, près de Château-rouge. Il passa une veste et dévala les escaliers pour se retrouver dans la rue. Il faisait frais et il releva le col de la veste et hâta le pas.

En traversant le marché il prit le temps d’observer les badauds qui commençaient à arriver par les rues adjacentes et le boulevard.

C’était des gens simples se disait il. Oh sans doute y avait il aussi quelques marlous, quelques prostituées, deux ou trois assassins, mais dans l’ensemble il se disait que tout était d’une lecture facile. Tellement facile qu’il pouvait à tout instant raconter la vie de chacun en quelques traits, en quelques lignes, non sans une bonne dose de mépris et bien sur d’ironie.

Ce fut sur l’ironie qu’il porta son attention tout à coup.

Et s’il ne pouvait compter sur celle-ci comment pourrait il marcher ? Comment pourrait il se tirer d’affaire ? Il lui sembla soudain qu’il était semblable à un handicapé qui ne pouvait jamais se déplacer sans cette béquille.

En rentrant, il déposa son cabas au beau milieu de la chambre et reprit le livre pour relire la nouvelle depuis le début.

Cette fois il s’acharna à découvrir un second niveau qu’il ne trouva pas. C’était véritablement effrayant.

Il su alors qu’il était face à une énigme véritable: celle qui lui permettrait certainement de se délivrer de l’ironie, du cynisme à condition qu’il en ai le courage, qu’il ne tente plus de se sauver perpétuellement se prenant pour un autre qu’il n’était pas.

Il n’acheta pas de perroquet cependant.

Mais quelques jours plus tard profitant d’une offre qu’on lui faisait de prendre un chaton il sauta sur l’occasion.

S’occuper du chaton lui permis par la suite de mieux s’occuper de lui-même, puis de s’occuper tout court.

Personne ne sut jamais ce que le jeune homme était devenu. Le peu d’amis qui le connaissait à cette époque pense qu’il est parti dans un pays où la vie est plus facile à vivre. Les gens pensent toujours qu’ailleurs c’est mieux qu’ici. On ne peut pas non plus leur en vouloir de tout.

Le fait est qu’il y a ainsi de tous petits exploits qui n’ont l’air de rien mais qui peuvent impacter le monde j’en suis certain.

Car lorsqu’on revit un jour ce jeune homme quelque vingt ans plus tard chez des amis communs à l’occasion d’un diner il me fut alors très sympathique. Il venait de perdre sa chatte dont il s’était occupé toutes ces années. Il en parlait avec pudeur et retenue mais nous pouvions voir qu’il était à deux doigts de pleurer.

A la fin de la soirée une amie a même ajouter: ce type est un cœur simple ça se voit.

Du coup j’ai retrouvé un peu d’espoir ce soir là. Je m’en souviens car j’ai emboité le pas de l’amie en question sans me préoccuper de trop du lieu où elle m’emmenait.

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