L’ignorance

Je reviens beaucoup à l’ignorance en ce moment, à la mienne particulièrement. C’est surtout en cette saison, j’ai remarqué, que cette prise de conscience m’assaille. La décomposition générale, toute cette bouillasse sur les chemins et dans les près, en un mot le chaos magistral, par un phénomène mimétique certainement, et qui produit dans une simultanéité désarmante ce brouillard dans ma cervelle tout en déjouant toute velléité de profondeur et de plan font que je ne vois plus guère que le bout de mon nez.

Et ce n’est pas tout car j’ai aussi ce sentiment agaçant de le sentir disparaitre, ce petit bout de nez, que d’aucunes ont jadis trouvé charmant ou aimable, avant d’éprouver toute la tristesse de le sentir s’en aller rejoindre l’ état gazeux, la vapeur, quelque chose d’impalpable.

Ce qui devient pénible, il faut l’avouer, car je ne sais plus quoi gratter lorsque, comme à cet instant précis où j’écris ma bafouille matinale, et qu’un immense doute m’étreint, je me retrouve face à une désolation sans borne.

Ce n’est pas parce que je ne saurais pas quoi écrire, mais plutôt en faisant le point sur le nombre de bêtises déjà dites ici même que l’à quoi bon accompagne cet étonnant phénomène. Comme si je prenais conscience enfin de mon inconsistance indubitable.

A ce moment il n’existe plus aucune terre suffisamment solide pour que je puisse imaginer me relever et marcher. Me voici à peu près comme une larve en train de ramper dans la pampa de ma propre désolation et sans même l’espoir de devenir papillon ou je ne sais quoi, dans un avenir réglé par les lois les plus absconses de la métamorphose.

Mais tant que je suis vivant rien n’est définitif. Cela passera sans doute comme tout le reste, sauf les impôts.

En même temps je ne peux dévier le regard de cette vastitude que représente l’ignorance.

Bien que je ne sache où vraiment placer un horizon net et précis, j’ai à peu près la même attirance envers le vide que me renvoie mon nerf optique en allant pomper l’info dans l’inconnaissable que vers la plupart de mes tableaux en jachère. Je veux dire la descente aux enfers que chacun d’eux peu ou prou doit emprunter dans le seul but (imbécile) d’en ressortir pour jouir de la clarté.

Cette perdition quasi totale, ce naufrage du savoir qui se retrouve fragile et vulnérable au beau milieu des éléments déchainés m’enchante.

Pour un peu je ne serais pas loin de me sentir proche des cétacés à ces moments là, cachalot, baleine, et surtout dauphin. Ceux qui savent aller dans le plus profond de la profondeur pour rejaillir soudain dans des gerbes d’écumes dans une agilité surprenante probablement issue d’une très longue pratique, de l’habitude.

Cette attirance est capable de m’inciter à explorer la profondeur bien plus que de raison jusqu’à me couper le souffle ou le sifflet pour de bon et de façon définitive.

Que peut-il bien y avoir au delà du bout de ce fameux nez que je ne vois plus guère ? Que peut-il y avoir au delà de toute mon ignorance du monde, de l’être, de la fabrication des galettes bretonnes ( à laquelle je me suis essayé récemment, échec cuisant )…?

A ces moments là je redeviens cet écolier que tous mes carnets de notes d’antan désignaient comme « médiocre ». Avec cette petite phrase écrite au Bic rouge pour qu’on ne la loupe pas  » gros potentiel, peut vraiment faire beaucoup mieux s’il daigne être présent ».

J’étais pourtant là je m’en souviens mais j’avoue que la plupart du temps je m’ennuyais. Mes camarades buvaient les paroles de la maîtresse ou du maître, sans se poser beaucoup de question, alors que moi oui tout le temps.

En général c’était dès les premières secondes que la question fusait dans ma pauvre cervelle. Ainsi par exemple dans la classe de catéchisme je me souviens de la première phrase du « Notre père ». Je me suis arrêté à ces deux mots et j’ai été rongé presque aussitôt par l’angoisse. J’avais lu quelque part les méfaits de la consanguinité. Qu’un cousin ne devait pas faire la bête à deux dos avec une cousine, pas plus qu’un père avec sa fille et encore moins une mère avec son fils. Je me demande si ce n’était pas dans un article du chasseur Français que ma grand-mère lisait. Enfin bref peu importe, le Notre Père me fut indépassable et je me repliais alors dans une solitude d’autant plus grande lorsque j’entendais toutes les voix de mes camarades réciter cette monstruosité avec la plus grande ferveur.

Evidemment les choses se sont arrangées plus tard quand j’ai découvert les figures de styles, l’allégorie et la métaphore notamment.

Encore que j’ai toujours un peu de mal pour différencier ces deux là.

Quand je vous dis que mon ignorance est gigantesque je n’emploie pas de figure de style du tout, c’est l’exacte vérité.

Je crois aussi qu’y revenir régulièrement comme je le fais me préserve, préserve mon âme enfantine de tous ces tombereaux de savoir dont on nous gave comme on le fait avec les oies avant de leur prélever leur foie pour en faire des pâtés.

Sans doute aussi ai je toujours l’habitude de tout mélanger auditivement le foie d’oie et la foi du charbonnier aussi lorsque je suis bien à l’abri au plus profond de mon ignorance je ne peux pas me leurrer, c’est le même son, autrement dit la même chose.

2 réflexions sur “L’ignorance

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.