Prisonnier du connu

L’originalité ne se présente rarement en tant que telle. De prime abord elle semble au mieux être une bizarrerie, au pire elle se confond avec le ridicule. Et ce dans tous les domaines.

J’avoue avoir explosé de rire lorsque la jeune fille besognée par le héros de la série Californication lui balance un pain dans la tronche aux abords de l’orgasme, et je le regrette infiniment, car j’aurais pu choisir le versant de l’étrange, de la singularité, plus commode, surtout à mon âge afin de mieux s’en délester pour rejoindre l’équanimité.

En revanche ce rire déplaçant la placidité de la chair au repos, secouant les boyaux sans ménagement, obligeant les articulations à jouer des coudes pour retrouver ensuite leur stabilité indolore, quel mauvais choix. Un choix tout droit issu de l’inconscient.

Et qu’est ce donc que cet inconscient sinon une réponse automatique débitée en cas d’absence momentanée de la pensée ? Une réponse toute faite permettant d’économiser l’énergie du cerveau, selon un choix effectué par celui ci sur l’importance de telle ou telle priorité.

Ainsi présenter une œuvre d’art d’apparence nouvelle au public ne mérite souvent pas autre chose que ce genre de réponse automatique. Elle sera soit bizarre soit ridicule selon les priorités d’économie cérébrale de tout à chacun.

Ce que nous voulons ce n’est que l’originalité de cette répétition, la seule acceptable qui nous fait sans cesse revoir quelque chose nous appartenant en propre et que pourtant nous ne parvenons jamais à nommer, à saisir.

Voilà sans doute pourquoi ce sont toujours les mêmes artistes, les mêmes œuvres d’art que l’on nous re présente à l’infini.

j’ai longtemps pensé que c’était par paresse uniquement venant des curateurs et autres commissaires d’exposition, mais ce serait encore trop superficiel de penser cela.

Ce qui me semble plus judicieux c’est d’imaginer une sorte de syndrome proche de celui des otages envers leurs bourreaux qui crée une dépendance affective indépendamment de toute volonté.

Tout simplement parce que nous prenons un plaisir particulier à voir sans cesse la même chose, parce que cela nous rassure en tant qu’individu, au plus profond de notre vulnérabilité d’individu, cette fiction moderne. Parce que l’originalité inclassable au delà du bizarre et du rire, fait trembler le néant comme un tapis sous nos pieds.

Ainsi sommes nous prisonniers du connu, comme de l’air du temps, chacun d’entre nous possède en lui une clef pour s’évader mais l’effort, le cout énergétique, l’insécurité qui constituent le paysage au delà du seuil de nos prisons nous fait renoncer à toute velléité d’évasion.

Dessin d’après Van Gogh Patrick Blanchon 2021

3 réflexions sur “Prisonnier du connu

  1. Bon jour Patrick,
    Je retiens : « … les mêmes œuvres d’art que l’on nous représente à l’infini… » et cela me rappelle les mots du jeune prix Goncourt Mohamed Mbougar Sarr qui dit (pour résumer) tout simplement que le monde littéraire tourne sur du plagiat depuis toujours et cela revient à ton billet de ce jour : « … Ainsi sommes nous prisonniers du connu… »
    Ce qui veut dire aussi qu’être soi n’est qu’une farce et que nous sommes que le reflet des autres … (j’ai soudain une grande tristesse) … et comme nous sommes formatés sur tous les niveaux eh bien il ne me reste que ma bouteille de whisky déjà bien entamée… (au moins elle n’a pas été plagiée dans son tonneau de chêne)…
    Bonne journée 🙂
    Max-Louis

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.