Homosexualité, transe, expression.

Il y a une connexion qui s’effectue progressivement dans mon esprit entre l’homosexualité et la peinture dont le médium est la transe. Sans doute homosexualité est un de ces grands mots qu’on utilise à tort et à travers. Mais puisque j’ai pour but d’explorer tous les possibles avec les moyens dont je dispose dans l’instant ne nous voilons pas la face. Ce que j’appelle « ma part féminine » comme bien des hommes n’est sans doute rien d’autre que cette peur de se découvrir soudain autre, et en même temps l’obstination de rester le même.

Car tout bien peser ma difficulté récurrente à communiquer avec autrui ne provient aussi que de cette incertitude permanente quand à savoir quel rôle, quel genre jouer.

Il y a une expression utilisé par les anciens pour désigner les pauvres types. Ceux qui ne savent trancher, qui vivent perpétuellement dans le doute, l’hésitation : « Il ne sait pas s’il est mâle ou femelle ». Et c’est vrai que je me reconnais assez bien là dedans.

Je ne sais plus si je suis véritablement mâle ou femelle en ce moment. L’aiguille de ma boussole frétille sans relâche et ne parvient plus à s’immobiliser sur un Nord évident.

Le Sud pourrait tout aussi bien être le Nord que ça ne changerait rien. Ca n’apporterait pas une once de clarté supplémentaire. Ca ne modifierait pas non plus le processus dans lequel je me suis engagé pour tout à la fois m’égarer et me trouver.

Ce choix d’être mâle ou femelle après tout le faisons nous jamais de notre propre grès ?

Et justement tout ce qui ne vient pas de mon propre grès aujourd’hui est examiné à la loupe et s’il n’a aucune espèce d’utilité pourquoi m’en embarrasserais-je encore pour le peu qui me reste à vivre ? J’ai juste cette envie de voyager le plus léger possible, et si possible d’arriver à ne plus subir la pesanteur du tout. Devenir du vent dans le vent, de l’air dans l’air.

Alors homosexuel après tout pourquoi pas ? Hormis le fait que je n’ai pas vraiment d’attirance charnelle pour le corps ni pour l’esprit masculin souvent bornés, je ne peux nier que j’éprouve de la compassion, parfois même de l’admiration dû au fait de leur résistance perpétuelle à se borner dans un genre notamment. Eux ne perdent jamais véritablement le Nord. C’est sans doute ce qui me parait séduisant.

Puis une fois cette séduction passée, lorsque je comprends la peur et par ricochet la mienne, le dégout m’envahit rapidement et je préfère alors me trouver dans mon atelier, devant mes toiles vierges pour tenter de laisser s’exprimer quelque chose qui fera ma journée. Car il faut bien trouver un avantage à la solitude.

Bien sur je suis marié, j’aime mon épouse, et avec le temps nous avons trouvé un modus vivendi, je veux dire que nous savons que de toutes façons nous nous aimons, et peu importe à peu près tout du reste. Que nous soyons de bon ou de mauvais poil chacun à notre tour ou simultanément, que nous nous invectivions copieusement, que parfois même nous en venions presque aux mains ne change absolument rien à cette évidence : nous sommes ensemble.

J’ai tenté de modifier l’équation plusieurs fois, d’en déplacer les paramètres, de la lire à l’envers, en faisant la roue ou le poirier, ça ne change pas vraiment le résultat. Nous ne faisons qu’un mais nous acceptons régulièrement d’être deux et forts différents. Ce qui est une véritable rareté j’en suis parfaitement conscient.

Si je pose la question à toutes les femmes que j’ai connues, dis tu ne penses pas que je suis homosexuel au bout du compte ? et évidemment il m’est arrivé de nombreuses fois de la poser cette question j’imagine aussi comme beaucoup d’hommes le font sans trop l’avouer, si je pose à nouveau cette question donc, dans l’aujourd’hui et que j’écoute le timbre du Non et du refus qu’elles m’opposent à nouveau, je découvre qu’il n’est pas si rassurant que j’ai pu le penser.

Sa fermeté sa solidité tient bien plus à cette volonté de ne pas mélanger tout à coup les torchons et les serviettes, et donc de rester résolument féminine comme on met un peu d’ordre dans la maison pour ne pas se laisser envahir par le désordre.

Donc non tu ne peux pas être homosexuel puisque nous sommes ensemble et que je suis moi une femme amoureuse d’un homme.

Voilà à peu près ce que j’ai à dire sur le sujet de l’obstination du genre. Tu dois bien être cela puisque je dois être ceci.

C’est la règle de ce jeu.

Et pour fuir ce jeu il y a heureusement la peinture décidemment, la solitude de la peinture et la transe.

Cette transe qui par la gesticulation secoue toutes les cellules du corps jusqu’à ce qu’il ne sache décidemment plus dans quel camps il est.

Cette transe qui fait soudain surgir ce petit monstre bizarre au fronton des vieilles églises; le Baphomet avec ses nichons, ses sabots et ses ailes ridicules de pangolin.

La transe alors dénoue les nœuds du masculin comme du féminin, l’être ne sait plus et reste indifférent à tout sauf à s’ouvrir comme une fleur en grand.

Et quelque chose alors s’amène je ne sais comment pour butiner cette fleur pour s’introduire au cœur, à l’âme de celle-ci. Dire que c’est démoniaque ou angélique serait encore trop tenter de catégoriser humainement la chose. Ce ne serait encore que donner voix vocabulaire, couleurs et valeurs à la trouille, et je ne peindrais alors que des toiles en bleu.

Cela m’est arrivé j’ai fini par deviner la qualité de mes peurs aux couleurs dominantes de mes toiles. Beaucoup de bleu et de vert jusqu’à ce que je me fasse opérer de la cataracte.

Cela aussi est une étape importante de ma vie de peintre, changer de cristallin quelle histoire !

La luminosité qui soudain s’est abattue sur ma vie fut presque insupportable au début. Je clignais des yeux sans arrêt et j’étais larmoyant. Encore un truc pas facile à aborder si on se prend pour John Wayne.

Bref la transe donc est une forme d’acte sexuel dont le résultat est le tableau. D’ailleurs je ne suis pas le seul à avoir découvert ça, je ne citerais pas de nom mais un ou deux artistes très connus mélangent leurs pigments avec leur sperme avant de l’étaler généreusement sur leurs toiles.

Ce n’est pas une pratique si moderne que ça. Dans la sculpture africaine pour en avoir discuté avec des sommités en la matière il n’est pas rare non plus qu’on arrose certaines de sperme. C’est humain. C’est même tellement humain et masculin de mélanger ainsi la semence à l’argile, au bois comme pour revenir par la bande à l’unité globale et donc au féminin si l’on veut, ou mieux l’absence de genre totalement.

C’est encore alchimique donc peu visible, dissimulé, inhibé par ce monde qui marche sur la tête tout autour de nous et qui ne cesse de déclarer à tue tête : nous sommes les modernes, nous savons désormais à peu près tout et nous nous emmerdons à cent sous de l’heure comme c’est ballot.

Non on ne sait pas tout, on ne sait rien, rien du tout.

Et je me demande si on ne joue pas à tout oublier finalement dans le seul but d’avoir à se souvenir de quoique ce soit pour tout recommencer ad vitam aeternam

huile sur toile 45×55 cm Patrick Blanchon 2020

6 réflexions sur “Homosexualité, transe, expression.

    1. Pour le premier texte oui je m’en souviens dès les premières lignes mais je n’avais pas tilté. Quant au deuxième … Pas fluide à lire car je bute sur pas mal de mots ce qui fait que je dois relire plusieurs fois certaines phrases, récupérer le contexte, pour la compréhension mentale. En revanche le texte dans son ensemble est limpide une fois ces petits obstacles dépassés. D’ailleurs après coup l’utilisation de ce québécois rural renforce encore plus le côté poignant de l’histoire. On sent bien qu’il faut rentrer tout entier dans la langue dans son esprit pour en même temps avoir envie de s’en extirper comme de s’extirper d’un genre. Une sorte de mélancolique violence que l’on se ferait à y pénétrer comme d’en sortir. Encore une fois l’ironie plane comme une ombre sur le sérieux du sujet, par cercles concentriques. Tu as vraiment une plume pour emmener vers la gêne et l’excitation qu’on ne voudrait pas ressentir pour rester campé. Et puis une fois que c’est fait on se dit que ça fait partie des milles et une façons de se consoler en se faisant du bien. Amitiés !

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