Au-delà, en deçà.

Prenons ce mot, la considération par exemple et ajoutons lui « au-delà », ça donnerait quelque chose du genre « au-delà de toute considération » à voir ensuite si on met le mot au pluriel ou au singulier. On penserait à la Considération en général par rapport à toutes les considérations que l’on ne cesse de ruminer en boucle par fatigue.

J’ai beaucoup de considération pour vous chère Berthe. Une seule magistrale qui englobe tout votre être ainsi que l’on se doit de considérer toute chose parmi lesquelles les étoiles.

Mais lorsque je ne suis pas en forme en naissent d’autres. Toute une floppée de considérations sur la femme, sur les malentendus profonds qui nous séparent l’un de l’autre, et notamment sur toutes ces billevesées que vous nommez sentiments, amour, affection, alors que de mon coté je ne parle que de désir, d’appétit, de dévoration.

Voyez un peu comme je suis en deçà de toutes les hautes considérations que vous formuliez à mon égard.

En un mot Berthe il y a l’envie et cette urgence de satisfaire cette envie. Je n’ai pas de temps à perdre pour tout le baratin qui va autour. Je ne me sens pas d’attaque pour me transformer en bourdon et butiner indolemment vos fleurs et toute cette montagne d’épreuves, de tests à n’en pas finir pour vous posséder. Il faut que je me trépane, que je m’extraie de la cervelle que vous n’êtes pas le Graal ni moi Lancelot.

J’ai suffisamment joué au flipper dans ma jeunesse je sais toute l’étendue du désœuvrement et le moindre frisson que produit le singulier dans un univers plat répétitif. Ne me prenez pas pour un de ces perdreaux de l’année. Allez au-delà, de mon coté je me cantonnerais à l’en deçà. Même une fois la chose faite.

Je n’écrirais pas de lettre aussi absurde qu’enflammée en alignant je ne sais combien de mensonges à chaque phrase.

Toutes considérations considérées en dehors de cet instant où vous et moi ne ferons qu’un, j’avoue ne rien espérer me mettre sous la dent ma tendre Eve. Toute conversation serait à proportion de cet instant, absolument, extraordinairement assommante.

Vous me demandez de patienter, de temporiser, de tempérer ma fougue ? Et pourquoi donc ? Etes vous si cruelle ? l’ennui ne vous a t’il donc rien appris ?

Etes vous encore une enfant pour avoir peur de perdre ce qui est déjà perdu depuis des lustres? Ah vous en revenez encore et encore à cette « belle image » dans laquelle vous ne cessez de vous mirer de nous mirer, à ces amants que l’on ne rencontre guère que dans des ouvrages pour midinettes cherchant à se consoler des réalités les plus fades.

Berthe Eve, Lilith, Marie Jésus, soyez donc bête comme je le suis, rejoignons nous une fois de plus dans la bêtise la plus inepte, la plus sauvage, sans un mot, sans promesse et défendons nous vaillamment contre tout remord et regret.

Encore une fois ma douce , rien qu’une, laisser donc de coté l’au delà et l’en deçà de toutes ces maudites considérations.

Alors Berthe porta la tasse à ses lèvres, ferma les paupières et but son café amer, libérant ainsi le vieux Socrate de ses rêves de cité idéale. Enfin elle prit une poignée de croquettes pour nourrir la part la plus sombre d’elle même, une jolie chatte trois couleur qui répondait au sobriquet ridicule de Lolo.

Méditation Huile sur toile 2008 ( vendue) Patrick Blanchon

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