En faveur de la paix

Nous le savons désormais, nous n’en avons plus pour longtemps. Cinq milliards d’années avant que l’univers ne grille tout son carburant, que tous les soleils s’écroulent sur eux-mêmes et que les étoiles tout autour ne finissent dans un gazouillement d’agonie digne de Donald Duck gonflé à l’hélium.

Il n’y aura plus qu’un néant vide et glacial, une nuit qui n’en finira plus, tout finira ainsi comme l’ont prédit déjà certains philosophes présocratiques, et les conteurs des vieilles sagas scandinaves.

C’est une mauvaise nouvelle pour nous autres civilisés qui, quelques heures à peine auparavant, n’imaginions pas l’ inimaginable et que nous venons tout juste de réapprendre il y a de cela quelques années.

Cette information est peut-être à l’origine de la fébrilité mondiale, elle ne fait qu’ajouter au chaos existant de notre temps. Que nous soyons au fait de cette information ou pas ne change rien. L’air du temps, ou l’inconscient collectif est désormais au parfum : tout absolument tout de la matière de notre univers dans 5 milliards d’années ne vaudra même plus un pet de lapin.

Reste l’esprit et la capacité de l’utiliser toujours selon deux principes, pour la mort, pour la vie.

Reste l’esprit et notre cœur et la possibilité d’orienter la pensée pour qu’elle s’apaise dans le cœur

Cela semble naïf évidemment. Surtout lorsqu’on ne sait pas ce qu’est le cœur. Lorsqu’on a tout oublié de sa nature, de sa fonction.

Qui désormais parvient à se taire vraiment pour écouter son cœur ? Il n’y a plus que les sages et les fous.

Ceux là se cachent des foules avides d’obtenir la formule. Ces foules aveugles capables de dépecer la planète et tout le vivant dessus pour une once de paix enfin.

Alors qu’il suffit à chacun de s’asseoir et d’écouter son cœur pour reconnaitre le lieu.

Disparaitre dans le cœur du cœur, dans cet espace entre deux battements, nécessite une cure d’amaigrissement de tout le compliqué qui ne cesse de nous distraire.

De traverser les mirages pour atteindre au miracle.

Un miracle qu’est ce que c’est finalement ? c’est juste être là, et en être conscient vraiment, rien de plus mais rien de moins.

C’est par l’attention , par l’observation, par la vigilance à tout ce qui se situe généralement dans l’entre-deux.

entre deux battements du cœur

Entre deux grains de sable du sablier

Entre deux pensées

Entre deux émotions

Entre l’ombre et la lumière

Entre l’être et le non-être.

Le miracle c’est aussi simple que ça.

C’est la paix sous nos pieds que nos têtes ne cessent d’éviter pour marcher à coté.

Peut-être est-ce voulu comme cela ? Peut-être n’a t’on rien trouvé de mieux que de marcher à côté de quelque chose pour le sentir enfin tout au bout de l’égarement.

Peut-être que la conscience ne cesse d’évoluer vers elle-même de cette façon, en s’oubliant dans la matière, pour se retrouver d’un pas de plus à chaque kalpa, comme à chaque battement de cœur.

J’ai souvent refusé cette paix car je ne la comprenais pas. Je la confondais avec l’inaction, avec la paresse, l’immobilité, la stagnation.

Elle n’est pas facile à comprendre car sans doute son contact ne passe t’il pas par la compréhension. Il faut peut-être que les pensées tombent toutes à terre comme des feuilles pour qu’enfin on aperçoive les branches de l’arbre.

Jusqu’à présent on pensait juste qu’il pouvait y avoir un arbre, mais tout à coup nous sommes cet arbre, c’est différent.

Je me souviens aussi de cette paix qui tombait sur mes épaules littéralement comme une couverture, un châle sitôt que j’arrivais sur le seuil de cette belle forêt de Tronçais, la forêt associée à jamais à mon enfance.

Les arbres m’accueillaient sans un mot et sans un mot j’étais aussi ok pour m’enfoncer dans le sous-bois et aller me perdre totalement dans les odeurs d’humus, de champignons, et de bois mort.

Je me perdais aussi dans tous les sons de la forêt, chants d’oiseaux, craquements et grincements, bises et brises.

C’est par l’ouïe et l’odorat que j’explorais les veines de la forêt et que celles ci m’abreuvaient comme pour me récompenser de l’attention que je leur avais portée par ces moments de paix fracassants.

C’est ensuite que la vue ajoutait encore à l’écho de la paix comme pour tenter de maintenir son éclat si particulier.

Lentement je voyais se transformer la couleur du temps, je retrouvais le sentier, je retournais vers l’orée, la lumière du soir me guidait au travers les verticales et les obliques, puis enfin je reconnaissais les sillons des champs en jachère, les vastes étendues de luzerne, de blé ou de maïs selon les saisons.

J’emportais un peu de cette paix jusqu’à la porte de chez nous comme une braise.

Un braise que je voyais s’éteindre aussitôt le seuil de notre maison passé et que toute l’agitation de celle-ci s’engouffrait

Je me suis souvent posé la question du pourquoi je laissais s’éteindre cette braise pourquoi je ne tentais pas de la partager avec les habitants des lieux. Je n’ai pas trouvé d’explication vraiment à cela.

Sans doute parce que dans le fond il n’y a pas tant de différence entre l’agitation et cette soi-disant paix, peut-être aussi que la réponse se situe sans mot dans l’entre-deux encore une fois de plus.

Etre en faveur de la paix c’est bien dans la pensée de le penser. Mais il faut aussi se méfier de ne pas répudier l’agitation au profit d’une paix fantasmée.

Une dernière image d’un soir d’hiver dans une foret au nord du Portugal. J’habitais une ruine et il y faisait très froid. J’avais été récupérer quelques branches pour les bruler dans ce que j’imaginais avoir été un four à pain. J’avais seulement pris le nécessaire à la foret pour pouvoir me réchauffer le temps de m’endormir.

Mais je n’arrivais pas à dormir. Je regardais le bois brûler, les branches se consumer jusqu’à ce qu’elles deviennent noires puis qu’elles se désagrègent en cendre en poussière. Il y avait deux sensations qui s’opposaient et dont je me suis souvenu. D’une part une angoisse, une solitude infinie que tout s’éteigne et que le froid me tue et une autre que je pourrais appeler une joyeuse indifférence. Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi j’étais allongé là, aux prises avec ces deux idées désormais au lieu de profiter du léger confort pour m’endormir paisiblement.

Je sentais la présence de quelque chose sur quoi je n’arrivais pas à poser le doigt.

Et ça m’agaçait évidemment de ne pas le trouver.

ça me fait sourire aujourd’hui évidemment parce que je pense avoir compris.

Au fin fond de la foret dans une ruine dans le froid quelqu’un allume un feu qui se consume comme un soleil, une étoile. Je pense que ce quelqu’un c’est moi évidemment.

Mais ce quelqu’un qui allume le feu est bien plus en paix que moi ne le serais jamais. Ce quelqu’un là quoiqu’il advienne sera toujours en faveur de la paix qui m’échappe parce qu’elle doit m’échapper, c’est ainsi.

Rose Photographie Patrick Blanchon 2020

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