Si j’avais le temps

Cet homme si détestable, cette femme si laide, si j’avais le temps je pourrais les aimer. Je me dis souvent cela et puis bien sur j’oublie. J’ai besoin de cet oubli pour vivre ma vie telle que je l’imagine.

Il n’y a que lorsque je suis là, face au vide et que j’en partage l’information pour que sa lumière éclaire un peu les pans obscurs de cet oubli, que je puisse en extraire le nécessaire à la journée. Le minimum vital.

Cette excuse que je me donne de ne pas avoir le temps provient surtout de mon incompréhension du mot. Car en fin de compte je ne sais du temps que ce que l’on m’en dit. C’est à dire des dates, des propositions à l’employer qui me viennent autant de l’extérieur que de l’intérieur en reflet.

Mais le temps m’échappe aussitôt que j’essaie de m’en rapprocher autrement qu’ainsi.

Cette notion collective, apprise du temps m’échappe car à ces moments là où je suis seul et que je traque son essence, plus rien de valable, d’utile, d’efficace ne tient.

Je me tiens face à cette énigme et c’est seulement lorsque je disparais soudain dans le fracas de la sérénité qu’elle s’ouvre afin de me montrer son infini comme sa proximité.

Cette sérénité j’ai appris qu’il ne sert à rien de la chercher, il faut juste parvenir à ce moment de justesse qui nous rend disponible à l’ouverture.

J’ai essayé tout un tas de techniques, j’ai lu un tas d’ouvrages, j’ai erré dans de multiples voyages en quête de la formule. J’ai cherché des maîtres. Je n’ai rien trouvé jamais qui puisse me permettre d’élaborer une décision qui puisse se répéter pour en extraire le même profit.

Parce que justement ce qui me barrait la route était le profit à en tirer.

Je me disais toujours je n’ai pas le temps d’attendre que la récolte murisse j’étais si pressé…

Pressé d’arriver à un but que je ne parvenais jamais à définir.

Si j’avais le temps je recommencerais tout mais j’ai bien peur que je ne fasse exactement les mêmes erreurs.

Tout simplement parce qu’il est impossible d’avoir quelque chose que l’on est déjà.

Je suis le temps, je suis aussi cette énigme, comme j’en suis la clef.

Cependant qu’il faille tout oublier à chaque fois, s’effacer chaque jour un peu plus, d’un pas de plus, pour laisser être celui qui se cache toujours derrière tous ces « je ».

Car cet homme détestable, cette femme laide je les connais profondément évidemment depuis toujours.

J’ai seulement oublié à quel point je les aime et voilà tout.

Peinture acrylique sur papier format 30x40 cm Patrick Blanchon 2021
Peinture acrylique sur papier format 30×40 cm Patrick Blanchon 2021

3 réflexions sur “Si j’avais le temps

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