Le repos

«Par manque de repos, notre civilisation court à une nouvelle barbarie. En aucun temps les gens actifs, c’est-à-dire les gens sans repos, n’ont été plus estimés.» Frédéric Nietzche ( Humain, trop humain)

L’obsession de l’utile et de l’activité effrénée, la course au pognon, à la gloire, au cul, ne nous laisse pas beaucoup de repos. Et c’est un véritable effort, comme pourrait produire une pomme chu à terre pour remonter sur sa branche que nous devons fournir pour trouver enfin ce fameux repos.

Et si par hasard l’ absence où l’impossibilité nous saute soudain aux yeux, nous partirons en quête de la même manière que pour tout le reste, dans cette quête frénétique qui nous porte à ouvrir YouTube, ou Google afin de comprendre de quoi il peut bien s’agir.

Choisirions nous de ne rien faire que la culpabilité nous tomberait dessus comme la misère sur le pauvre peuple.

Mais que signifie vraiment ce mot ? Que signifie le repos et se reposer ?

J’y vois du sable en suspension dans un verre d’eau et la patience.

Et la patience aussi semble avoir disparue comme si un cataclysme s’était produit, une catastrophe invisible, indolore, inaudible avait gommé ce mot dans toutes les langues.

Il n’y a plus que dans le silence qu’on peut appréhender la patience.

Mais parvenir au silence cela est t’il possible, à ce silence juste, d’une précision telle que le moindre écart fera fuir toute patience.

S’il existe un créateur il ne peut être que cette justesse de silence sans laquelle tout part systématiquement dans le décor. Aucune planète, aucun soleil, aucune galaxie ne supporterait l’errance sans orbite et tous s’enfuiraient de cet enfer par la répétition des collisions.

J’observe ma chatte dans l’atelier et je me sens imparfait, totalement démuni et vulnérable.

Elle sait sans que nul ne lui ait appris toutes ces choses.

Elle monte sur la table et vient ronronner sous ma main en se couchant sur le flanc. Nous restons ainsi un moment et je caresse son pelage doux, de temps à autre elle relève la tète comme pour constater que je suis bien là. Et soudain il suffit qu’une pensée m’éloigne pour que sa réaction se fasse sentir, un coup de dent ou de griffe d’une rapidité fulgurante.

Evidemment je m’insurge, tu exagères la chatte, t’es vraiment pas cool, pas sympa.

Elle s’en fiche, elle se remet sur le flanc comme pour me provoquer, essaie encore aller.

Mais je ne suis plus disponible, son ingratitude occupe mon esprit et brouille l’instant.

Je voudrais bien retrouver cet instant, et j’y pense, mais lorsque j’avance la main elle me la mord derechef.

Comme si elle voulait me dire Eh mais tu n’y es pas du tout mon pauvre, avant tu me caressais sans y penser, désormais ta main est éloignée même proche.

Ce repos dans laquelle la chatte réside de façon permanente ne l’empêche pas d’agir même si je ne comprends jamais ses agissements.

C’est que j’ai certainement aussi ce handicap de vouloir comprendre.

Photographie Patrick Blanchon

2 réflexions sur “Le repos

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