Le principe et la forme

Dans ce travail que je vous propose aujourd’hui à partir d’une photographie de paysage, vous allez en premier lieu observer celle-ci pour récolter des formes qui attirent votre attention. Il ne s’agit pas de reproduire l’image, non nous n’allons pas réaliser un tableau figuratif, certainement pas.

L’idée est de s’appuyer sur ce support en quête de signes, de formes puis de les aligner les unes après les autres au haut d’une feuille de papier comme si vous dessiniez des hiéroglyphes. Toutes ces formes (signes) doivent avoir la même taille comme s’il s’agissait de mots dans une phrase. Essayez d’en trouver une dizaine pas plus.

Ensuite vous utiliserez ces formes pour créer une composition. Vous pouvez les agrandir, les réduire comme vous le désirerez, les enchevêtrer les uns avec les autres. Vous avez le choix, la liberté.

Ensuite concernant la couleur, vous ne regarderez plus l’image d’origine, vous tenterez de vous souvenir de l’ambiance générale de celle-ci, ce qui ne signifie pas d’être fidèle à la palette de départ.

Au bout du compte votre peinture devrait avoir quelque chose de familier avec la photographie de départ.

A vos crayons et pinceaux.

C’est cet exercice qui m’est soudain venu en tête depuis quelques jours et qui mobilise toute ma pensée en ce moment même où j’écris ces lignes.

L’idolâtrie de ce que nous appelons réalité et qui n’est jamais autre chose qu’une interprétation tout à fait subjective. Et c’est aussi sans doute pour cette raison que la peinture figurative m’est devenue aussi suspecte depuis plusieurs années. Parce que la plupart du temps elle ne figure qu’une idole.

360 idoles sont tombées en 630 lorsque Mahomet conquiert la Mecque et nous en sommes toujours à adorer des conséquences plutôt que le Principe. En Occident surtout tant nous sommes plongés dans la raison et l’individualité.

Evidemment je ne parle pas de cela lorsque j’enseigne. Je reste sur la zone basse, la zone commune, la zone vulgaire si je peux dire.

Mais une forme quelle qu’elle soit n’est jamais autre chose qu’une conséquence. Dessiner une forme est un acte que nous faisons souvent en totale ignorance de sa raison d’être. Nous disons « je dessine » et c’est très bien aussi car cela effraierait beaucoup si nous nous apercevions que ce « je » n’est pas ce que nous imaginons pour nous maintenir à flot dans ce tsunami perpétuel d’ignorance.

Dessiner une forme en toute conscience, ou en pleine conscience comme on le dit aujourd’hui c’est reconnaitre humblement son principe sacré, et notre pauvreté à vouloir exprimer ce principe.

Cette pauvreté c’est tout le fatras que nous plaçons dans ce que nous appelons la pensée mais qui n’est la plupart du temps désormais qu’une zone de turbulence.

L’intellect et l’esprit, ou la spiritualité ne font qu’un sous ce maelstrom et nous l’avons oublié.

Nous nous attachons à la forme vidée de toute substance comme autrefois au veau d’or.

Peut-être que mon travail consiste à prendre les gens par la main, par le crayon et le pinceau pour leur faire saisir cela. Et partant, le saisir moi-même chaque jour plus profondément.

Je n’impose rien, comme je ne m’impose rien. Je veux dire que tout l’enseignement du dessin, de la peinture que j’ai pour bagage d’origine ne me sert à rien aujourd’hui.

Il y a autre chose à transporter pour voyager que toutes ces choses bien encombrantes. Juste la volonté de se dénuder chaque jour un peu plus comme de dénuder tout ce qui m’entoure pour en saisir toute la substance, la matière, toute l’illusion. Tous ces miracles de la représentation que le vulgaire ne cesse de produire et qui est une vraie richesse finalement.

Il n’y a rien qui ne conduise au centre.

Une fois toutes les illusions tombées, toutes les idoles renversées, le cercle devient point et nous disparaissons dans celui-ci.

Il n’y a pas à se révolter, pas à s’en offusquer, mais à saisir l’immense beauté de tout cela.

Et puis le jour suivant, tout recommence, on se retrouve perdu, le doute revient, et cela est merveilleux aussi à n’en pas douter.

Travail d’élève, acrylique sur papier Atelier Patrick Blanchon 2021

3 réflexions sur “Le principe et la forme

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