L’esprit et la lettre

Ce vieux débat philosophique dont le sujet principal est le respect de la loi, n’importe laquelle, qu’elle soit civile ou religieuse, évoque une idée importante d’obéissance.

Et ce n’est surement pas un hasard si j’ai désobéi mille fois à de nombreuses lois que l’on m’imposait concernant l’esprit de celles-ci pour mieux me rapprocher du son, de la phonétique que chaque mot contient comme un secret, un secret de lumière.

Désobéir pour m’extraire d’un sens commun partagé en toute insouciance souvent, comme on partage un repas sans porter la plus petite attention aux différents plats que l’on ingurgite, en nous contentant d’un c’est bon, puis en passant à l’actualité du jour. Ce qui m’a toujours paru être le summum de l’irrespect justement.

Chaque mot est réceptacle d’une lumière ancestrale, d’un son qui provient du fond des âges et cette lumière ce son sans doute proviennent t’ils d’un au-delà de l’univers tel que nous l’appréhendons.

Cette énergie de la lumière et du son entremêlés il suffit de s’absenter du sens, pour qu’ils nous éclairent et nous enseignent. Il s’agit d’un savoir dont nul ne peut se servir. On ne peut qu’être là, voir et écouter.

Et ce message silencieux, dans le sens où nous ne pouvons pas poser de nouveaux mots sur lui, nous emporte vers des contrées personnelles et solitaires dont nul non plus ne peut parler que nul ne peut décrire vraiment.

Peut-être que la poésie est cet art qui s’approche le plus du silence que j’évoque. Où les mathématiques.

Ce qui communément sert à communiquer est aussi ce qui paradoxalement nous rend à notre solitude essentielle.

Les lettres sont des mystères, la lettre est un mystère. Si j’avais eu plus de temps et n’avais pas cherché à explorer la confusion, j’aurais aimé apprendre de nombreuses langues, étudier leurs alphabets, me pencher sur chaque son en les prononçant comme des formules magiques.

Nul doute alors que dans mon esprit j’aurais pu créer ainsi des oies sauvages sur lesquelles grimper, un tapis volant, et de nombreux dragons.

Cependant cette vie est limitée il est nécessaire de l’accepter comme il est aussi nécessaire d’accepter chaque pas que nous effectuons dans la clarté comme l’aveuglement.

Accepter c’est le degré suprême de l’obéissance et du respect de la lettre.

Et lorsque je croise des rebelles, des révoltés je ne vois bien souvent que des personnes en route vers cette acceptation. Car dans cette vie ou une autre elle finira bien par devenir connaissance.

Une connaissance parfaitement inutile pour vivre en ce monde, pour vivre au contact des autres dans leur tumulte écho du notre.

L’écart est alors la solution temporaire à l’agitation. Trouver le repos plutôt que le chercher vainement.

Le repos, l’acceptation, l’obéissance, la lettre.

La tristesse du Roi, Matisse 1952

2 réflexions sur “L’esprit et la lettre

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