Les recettes du bonheur

Si on pouvait se mijoter un petit bonheur comme un bœuf bourguignon… avec le petit roux qui va bien, (attention à l’équilibre beurre- farine), bouquet garni, et le bon rouge qui tâche ( je prends du Sidi Brahim désormais pour la dose de tanin) et bien j’imagine que certaines, certains, et ce même avec le papier sous les yeux, louperaient le coche, foireraient totalement le plat.

C’est que les recettes il faut tout de même comprendre ce que c’est. Les appliquer à la lettre indique un esprit timoré, et s’en foutre totalement, une propension à l’empirisme, dangereuse en matière de nutrition.

Personnellement je dois me situer dans l’entre-deux, comme souvent.

C’est pourquoi je suis toujours fasciné lorsque j’aperçois, jaillissant de la longue liste de mes abonnements Youtube, notamment sur les chaines de cuisine, une nouvelle notification culinaire qui agit sur moi comme sur le chien de Pavlov, je salive abondamment puis bave

Par contre, pour le bonheur, j’ai abandonné tout ce qui de près ou de loin ressemble à une recette .

Avec moi ça ne marche pas du tout. J’ai beau essayer différentes stratégies, toutes plus ridicules les unes que les autres, lorsque j’y pense, aucune ne m’a jamais vraiment conduit à considérer mon existence comme une sinécure.

Sauf à de brefs instants indépendamment de toute volonté.

Il doit y avoir une sorte de blocage, comme parfois on évoque un soucis de transit intestinal. Ou un problème d’écoute lié à un bouchon de cérumen.

Pire que ça, sitôt que l’on tente de me narrer une méthode pour être heureux, j’ai super envie de flanquer une gifle, une claque, un coup de boule, un coup de pied au cul.

Je n’y peux rien, le reflexe de Pavlov, encore et toujours.

Qu’on se comprenne bien cependant, je n’ai absolument rien contre les gens heureux.

Je les laisse à leur bonheur total, mais il ne faut pas qu’ils viennent me casser les pieds en venant prêcher la bonne parole dans mon salon, ou pire encore dans ma cuisine.

Une fois, une dame bourrée de compassion m’a même poursuivi dans ma salle de bain, il a fallu que je m’enferme à temps, à double tours, pour échapper à son déversement d’amabilités mielleuses, à sa compassion étouffante.

Car j’ai remarqué un truc, les gens heureux assez souvent ne supportent pas les malheureux.

Encore que moi, j’ai peut-être l’air parfois d’être malheureux, mais je ne crois pas l’être véritablement. J’ai toujours pensé que d’autres sur la planète étaient bien moins bien lotis que je ne le suis.

Ingénument et ce durant longtemps j’ai cru que paraitre malheureux me flanquerait une paix royale, que ça éloignerait toutes et tous les fâcheux. Et bien je me trompais.

En comprenant ma bévue, comme je ne suis probablement que la moitié d’un imbécile, j’ai donc changé d’avis, hélas sur le tard.

Désormais je fais du léger. Je slalome entre silence, sobriété, élégance, et quelques jurons tout de même parce que sinon, la vie ne vaudrait vraiment pas d’être vécue.

Donc hier j’étais parti pour faire des crêpes, tout ça à cause d’ une envie subite d’entremet sucré mélangée avec une dose de flemme carabinée. Et là je me retrouve devant mes œufs je ne me souviens plus du nombre à casser et je me dis voyons voir sur Youtube.

Mon épouse connaît la recette par cœur, mais comme je n’avais pas envie de passer pour une bille, et qu’en plus elle est partie quelques jours à Paris en raison d’un soucis familial, je me suis dit que je n’allais pas la déranger pour si peu.

Il y en a qui n’auraient pas hésité évidemment. Car pour les personnes normalement constituées demander le nombre d’œufs à casser pour confectionner des crêpes, peut ressembler à un petit coucou, à une attention, voire une intention, un genre de marque d’affection, du style vois comment sans toi je ne suis plus rien, tu me manques cruellement etc.

Je m’en aperçois toujours après, mais sur le coup non.

D’ailleurs ma moitié a fini par s’y habituer. De temps en temps elle me fait la réflexion. Tu ne réfléchis pas, ça m’aurait fait tellement plaisir que : ( et là la liste est longue comme le bras)

Bref j’allume la tablette, je tape « crêpes » et comme le bidule est super bien fait, je tombe une fois de plus sur un Youtubeur qui vend des formations à la pelle sur à peu près toutes les questions qu’un être humain curieux et perclus d’interrogations, peut se poser.

Et là pas de recette de crêpe, mais la dernière marche à suivre en date, rationnelle cette fois, donc inratable pour atteindre le nirvana. Et du coup comme je saute du coq à l’âne toute la sainte journée, je me dis qu’est ce que c’est encore que cette nouvelle connerie, voyons voir.

Et là le gars dans son salon, son micro à la main, déambule en déclamant que tout ce qu’on nous à raconter sur le bonheur n’est que billevesées , que ça ne marche pas, que lui ( rides barrant un front indiquant le nombre des années de galère) a beaucoup mieux et que pour 49 euros, ce qui n’est vraiment pas cher payé, il nous dira tout dans le menu.

Et là j’ai regardé la vidéo jusqu’au bout, ce qui illico m’a fait passer mon envie de crêpes.

Comment peut-on prendre les gens pour des cons à ce point là ? j’ai pensé. Et j’étais tout à fait un de ces cons évidemment à n’en pas douter. Car je vais vous dire : la régression n’est pas faite pour les chiens, il faut s’en servir de temps en temps.

Ce que j’ai compris de cette histoire de bonheur c’est qu’elle ravive continuellement un doute, même pour les plus endurcis, ce qui est le propre des prêches en général.

Cela m’a donné un peu de grain à moudre durant deux bonnes minutes et puis ensuite, comme je n’avais plus de cigarettes, je suis sorti pour en acheter.

2 réflexions sur “Les recettes du bonheur

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