Est-ce qu’on peut rire de tout ?

Si le but est la plus grande des solitudes, certainement.

Certainement je peux rire de tout.

Encore que rire est-ce le bon mot ?

Je ris rarement. Je veux parler de ce truc qui fait qu’on ouvre la bouche démesurément pour laisser sortir une sorte de son répétitif chez l’homme, et qui souvent ressemble à un gloussement chez la femme.

Je ne suis pas très chaud pour le ah ah ah ostentatoire. Pour le hi hi hi non plus. Ca c’est sur.

Sauf si c’est spontané, et qu’on ne puisse pas le retenir.

Alors là je ris bêtement évidemment comme tout le monde.

Encore que c’est de moins en moins souvent, j’ai l’impression que c’est plus du à la spontanéité qu’a quoique ce soit d’autre. Les gens sont de moins en moins spontanés par les temps qui courrent.

Et peut-être que j’ai aussi perdu cette spontanéité, par pur mimétisme.

Mais intérieurement, je ris souvent sous cape. Je ris pour un tas de choses, presque tout, souvent tout.

L’absurdité de l’époque, les miroirs aux alouettes, une lisibilité de plus en plus nette des êtres et des choses sans doute du à une opération récente de la cataracte.

Je ris discrètement. Et parfois je me sens coupable de rire autant car pour que le rire naisse il s’appuie souvent sur la misère, plus que sur la joie. D’ailleurs on ne dit jamais on rit de joie, on pleure de joie.

Moi je suis sensible aux expressions, je les tourne et les retourne comme s’il s’agissait d’une jolie fille complice.

Non pas que je veuille en profiter, m’en servir de façon imbue, les posséder ou violer leur petits secrets.

Je suis amoureux des expressions je crois bien. Amoureux de la langue française. Amoureux aussi et surtout de l’esprit de la langue.

Même si j’ai toujours été une sacrée bille en français à l’école et encore aujourd’hui j’en ai bien peur hélas.

C’est parce que les règles m’ennuient. Les règles de la syntaxe, de la conjugaison, de la rhétorique, de l’orthographe tout ce qui sert à faire entrer un gros pied souvent dans une toute petite chaussure.

Je fais du 43.

Peut-on rire de tout et des poètes ?

Oui je le peux, de certains poètes. Sur ce plan je suis d’accord avec Stephen King, la poésie demande un minimum d’attention concernant le choix des mots, la logique, le sens avec lesquels on les accole. On ne peut partir dans le délire verbale totalement sans en faire subir les conséquences au lecteur.

L’incontinence verbale existe, je la rencontre de plus en plus souvent, notamment en poésie. Ce qui est tout à fait contre productif puisque ce qui compte le plus dans ce domaine c’est de faire éprouver différentes qualités du silence.

Je ne citerai pas de nom ni d’exemple je suis bien trop lâche pour cela.

Des fois j’ai peur de devenir incontinent verbal moi aussi. Par pur mimétisme encore.

C’est que ça peut dégénérer très vite ces maladies là.

Il n’y a qu’à regarder Michel Onfray.

Qui n’est pas poète évidemment mais ça me permet d’effectuer une transition à la fois vers la prose et la philosophie, peut-être même la littérature en général.

Prenons Dostoïevski par exemple. Vous avez lu sans doute certains bouquins de lui dans votre cursus scolaire et l’avez abandonné pour cette raison vraisemblablement.

Moi j’ai relu tout Dostoïevski à l’âge de 40 ans. Pas que lui , presque tous les russes. Je me suis fendu la pipe tout du long ce qu’il m’était totalement impossible de faire à 16 ans lorsque ces bouquins me tombaient des mains en me laissant un vague à l’âme carabiné.

C’était un rire douloureux. Un rire où l’ironie régnait. Sauf que je n’ai jamais pu partagé ce rire là avec personne. Je riais dans une chambre d’hôtel allongé sur un lit pouilleux, entouré par des cafards qui cavalaient sur le papier peint à fleurs des murs.

Est-ce qu’on peut rire d’une séparation ? d’un divorce ? Je ne le pensais pas jusqu’à ce que ça me tombe dessus. Mais l’ironie n’était plus tout à fait la même. Elle s’était transformée ses voiles étaient tombés à terre et je l’ai vue à poil complètement. Et c’est drôle car je l’imaginais bien plus vieille que cela lorsqu’elle était encore emmitouflée dans son armure d’amazone grecque.

Elle était belle comme la déesse de l’Amour Aphrodite sans tous ses oripeaux.

L’ironie m’a aidé à découvrir les amours faux, le bricolage des attachements qui ne tiennent pas dans la durée, les passions rosée, les déjeuners de soleil.

Et au-delà de celle-ci la compassion, la tendresse, la tolérance, l’ouverture, l’amour véritable quoi.

Peut-on rire des intellectuels ? Oh oui avec plaisir ! toutes ces personnes qui ne vivent que dans leurs têtes sont d’un drôle achevé à se rouler mentalement par terre. Et on découvre alors un paradoxe, à quel point les êtres les plus intelligents sont aussi souvent les plus cons dans la vie de tous les jours.

Encore qu’intelligent est à prendre avec des pincettes. Mais je ne développerais pas ici, ce ne serait pas malin d’entrainer le lecteur éventuel sur trente six sujets en même temps.

Peut-on rire de la philosophie ? Ce rire là est un plaisir de gourmet. Il faut avoir ingurgité bon nombre d’ouvrages de philosophie pour le gouter vraiment. Car la fabrication de concepts est une occupation attirante lorsqu’on n’a aucune autre occupation pour s’occuper. En un mot je dirais qu’il vaut encore mieux lire Schopenhauer, que d’aller vendre de la drogue dans les cités. Sur quoi on me répliquera que c’est nettement moins rentable évidemment.

Peut-on rire de la religion ? Mais oui allègrement surtout avec tous les scandales qui épicent l’actualité désormais, et où on se rend compte que c’est une entreprise comme une autre, sans doute un brin plus mafieuse, et dont la moralité est totalement débridée derrière un masque de bienveillance et de bonté affiché.

Mais là encore derrière ce rire immédiat se cache quelque chose, c’est la violence que l’on éprouve d’avoir été berné en long en large et en travers. Car une fois l’église écroulée, cette institution, on s’aperçoit qu’elle n’existe qu’à la seule fin de canaliser la violence naturelle et qui existe en chacun de nous.

D’ailleurs on dit la violence… mais est-ce si violent qu’on le dit de vivre tout simplement ?

Peut-on rire de tout oui on le peut je fais l’expérience tous les jours. Cependant je m’interroge sur ce rire à chaque fois, je sais qu’il dissimule à chaque fois un secret, un trésor à découvrir.

Sans doute l’effondrement de nombre de vieilles croyances, d’illusions auxquelles on s’accroche parfois désespérément pour exister aux yeux des autres surtout.

Sans doute était ce l’un des enseignement de Diogène, comme de Rabelais, de Brassens, de Desproges des humanistes d’autrefois toutes époques confondues.

L’humanisme disparaissant le rire devient plus gras et gratuit j’ai l’impression. On peut rire de tout, certes, mais pas de n’importe quoi quand même.

10 réflexions sur “Est-ce qu’on peut rire de tout ?

  1. En lisant ton dernier commentaire : j’ai eu un éclat de rire !
    Je pense que l’on doit rire de tout, autodérision, humour Etc.
    Le rire, le sourire ont des effets neurologiques facilitant la circulation du sang de l’oxygène.
    Une envie de marcher sur la pointe des pieds !

    Aimé par 1 personne

  2. Tu me fais sourire.
    Toute ma vie j’ai entendu des gens parler du cancer. Cela n’arrivait qu’aux autres.
    Il y a 3 ans, j’ai eu un accident de santé. Lors d’un diner débats.
    Deux médecins se sont portés auprès de moi pour ausculter.
    L’un deux m’a pris au sérieux et fait prendre conscience…
    Depuis près de 3 ans, il prend contact avec moi.
    Finalement je fus touché par un cancer.
    Les deux urologue et oncologue m’ont prit en amitié.
    Révélation : j’ai appris en 4 mois des tas de données.
    Il faut très souvent sortir au soleil et marcher cela valide les vitamines D.
    L’usine chimique se met en route. Dormir au moins 7h30. Afin que l’usine puisse tourner à fond.
    À prendre au sérieux ce qu’il se passe.
    Maintenant j’en ris.
    Et je reste auprès de ce médecin qui m’a aidé durant 3 années.
    C’est lui qui est touché.
    L’arroseur arrosé.
    Mon conseil est : dès 55 ans il faut prendre les mesures adaptées. Les seuls médicaments, une nourriture saine, marcher au soleil, dormir la nuit…
    Si un jour t’a besoin d’aide je serai là.
    Il y a là un équilibre bien fragile : il faut le savoir.

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    1. Ah oui zut j’ai pas parlé des maladies … mais si j’en chope une faudra bien que je prenne des notes, trouver matière à en rire puis sourire. J’imagine que ca doit aider à faire passer la pilule… encore que je fais le fanfaron… sitôt que je me casse un ongle je cours aux urgences !

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