Miroir mon beau miroir

Il s’est passé un truc pas clair entre 6 mois et 2 ans ce qui fait que j’ai du louper pas mal d’épisodes. D’ailleurs j’en profite pour dire que j’ai un mal de chien en général ( sans uniforme, à poil comme il se doit ) à regarder une série de A à Z. Le stade du miroir chez l’enfant comme on dit, je n’ai pas vu l’intégral.

Ce qui pourrait expliquer mon obsession pour mon reflet à la surface des vitrines un peu plus tard, à l’âge pubère, entre 10 et 45 ans.

Aujourd’hui je ne fais plus trop attention, c’est une affaire résolue. Par contre je suis toujours attentif aux personnes qui se promènent dans les rues, le peu de fois où je m’y rends.

Et même si c’est rare, ça ne loupe jamais, il y a toujours une ménagère qui se recoiffe, un jeune qui se décoiffe, des types qui, mine de rien, se reluquent à la surface de la devanture des rares magasins qui résistent au marasme provoqué par les grandes surfaces attenantes, dans le bled perdu où je réside.

C’est un reflexe typiquement humain parait-il.

Ma chatte par exemple s’en tape totalement de se regarder dans la glace, ce qui doit lui faire gagner un temps fou dans sa vie de chatte, au demeurant réglée au petit poil entre sa ballade sur les toits, son bol de croquettes et son coussin près du poêle.

Sauf que cette histoire de reflet sur les vitres n’est pas si simple qu’elle semble paraitre à première vue.

J’ai observé que je pouvais être transparent de multiples fois, que j’avais cette sorte de point commun avec les glaces ( pas celles qu’on achète au bord de mer).

Ce qui a commencé à me procurer une sensation assez étrange.

Des gens me parlent mais j’ai la désagréable impression souvent qu’ils ne s’adressent pas à moi. Il suffit que j’y repense pour le revivre , c’est presque drôle.

Enfin c’était assez désagréable au début, quand j’ai commencé à découvrir cette particularité, aux alentours de de la cinquantaine.

J’en ai fait des cauchemars jusqu’à 60 environ.

Et puis un matin j’ai cessé d’en éprouver de la gène.

Désormais les gens continuent à me parler, je suis toujours aussi transparent, mais ça ne me fait plus grand chose. Et manque de pot, si j’avais caressé l’espoir qu’après la gène viendrait le plaisir, ce n’est pas vraiment le cas.

Souvent je me sens seul en vrai. Cela me rappelle un roman que j’avais lu victime consentante d’une boulimie de connaissances vers 25 ans , Les Somnambules d’Hermann Broch. Je me souviens que j’avais lu tout de suite après l’Homme sans qualité de Musil.

Faut dire aussi que je le cherchais, de me retrouver seul, déjà à cette époque.

J’avais réduit la possibilité de me refléter au minimum syndical.

Mais, problème nouveau je me suis mis à me refléter tout seul, sans personne et ce dans tout un tas d’autres choses qui, après mure réflexion et sans le reflet de ce que je pensais être moi , se sont avérées être sans importance véritable.

J’ai beaucoup lu ainsi en me reflétant dans les auteurs divers et variés. J’ai voyagé dans tout un tas de pays dans lesquels je suis devenu tour à tour le touriste, l’habitant, le familier, parfois même jusqu’à emprunter les mimiques tribales et même la langue.

C’est mon coté jusqu’au-boutiste qui peut paraitre exagéré de prime abord.

Mais en vrai c’est surtout que lorsqu’une chose m’intéresse j’ai souvent besoin d’aller jusqu’au point de rupture pour qu’elle arrête de m’intéresser. C’est à dire pour que je cesse d’y apercevoir constamment ce reflet dont je parle.

Mon jusqu’au boutisme est du même tabac que celui du passe-muraille de Marcel Aymé. Puisque je vous dis que je suis invisible et que j’ai la possibilité de traverser les murs, personne ne me croit zut alors…

Enfin voilà, tout ça pour ça comme on dit. Parfois je me demande tout de même ce que ça peut faire d’être visible pour de vrai. Sans doute est-ce une des raisons pour laquelle je peins sans doute aussi sans me l’avouer toujours. Et comme j’adore encore me compliquer la vie pour tromper l’ennui, j’espère voir du visible jamais vu encore c’est dire mon exigence… ça je peux l’avouer, surtout à moi-même.

D’ailleurs maintenant que j’y pense, est-on tenu de tout dire, tout avouer, y compris à soi-même ? je n’en suis même pas sur.

Intérieur café Acrylique sur papier.

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