Que mettre à la poubelle ?

Parfois je suis tenté de réinstaller ma chambre noire. J’aurais la place, j’aurais surement tout un tas de bonnes raisons pour le faire. Mais je ne le fais pas. Quelque chose m’en empêche. Quelque chose que je pourrais qualifier de contexte . Mon engouement pour la photographie n’est plus le même qu’autrefois.

J’apprécie regarder les photographies des autres mais pas vraiment les miennes. Elles me rappellent trop ce que je pourrais nommer de mauvais souvenirs. Et surtout bon nombre d’illusions perdues.

Parfois je suis tenté de flanquer tous les négatifs que j’ai conservés quasi religieusement et ce malgré tous les risques de pertes plus ou moins volontaires inhérents aux déménagements, nombreux au cours de ma vie les flanquer dis-je, à la poubelle.

J’ai arrêté la photographie argentique en prenant comme prétexte le manque d’argent lorsque soudain la révolution du numérique est arrivée vers les années 90.

A la vérité c’était plus un hobby qu’une vocation authentique. Même si durant longtemps j’ai confondu les deux assez naïvement. En tous cas je n’ai jamais senti la fameuse confiance en soi, nécessaire pour enjamber les épreuves, les obstacles qu’une carrière de photographe professionnel n’aurait de cesse de placer sur ma route.

Mon intention n’était pas bonne. Je cherchais à compenser un manque au travers de l’objectif de la caméra ou de l’agrandisseur. Je cherchais quelque chose d’introuvable alors, tout simplement parce que le temps n’était pas encore là, que je n’étais pas prêt.

Parfois je caressais le rêve d’être un « grand photographe » c’était vraiment la mode dans les années 80. Il fallait absolument être un grand n’importe quoi, photographe, chanteur, écrivain, peintre… la bande d’amis que je fréquentais n’avait guère que ce mot à la bouche.

Aujourd’hui avec le recul je me dis qu’il n’y a que des mômes qui rêvent à ce point de devenir « grands ».

Et une fois que l’entropie se mêle de l’affaire, que nos rêves retombent au sol nous n’avons plus qu’à copier autant qu’on le puisse, le détachement des feuilles d’automne.

Voir une feuille se détacher d’un arbre, la suivre du regard lorsqu’elle se laisser porter par un vent léger et choir au sol parmi toutes les autres m’a toujours apporter une immense consolation.

Sans doute que cette grâce fugitive qu’on y perçoit, on aimerait qu’elle nous atteigne aussi, que l’on puisse se dérober sans y penser dans un mouvement du haut vers le bas qui automatiquement rappelle l’humilité dont nous manquons presque toujours.

Disparaitre humblement est probablement un fantasme qui suit celui de vivre vaniteusement.

Il y a une logique implacable dans tout ce merdier je me dis parfois.

Hier je tombe sur un émission qui cause de l’art contemporain sur la chaine Muséum, une des rares qui m’intéresse et encore pas toujours.

Une exposition qui rassemble des photographies prises par les paparazzi. Et là des personnes très sérieuses, expertes, vous racontent sans rire que la photographie de ces gens dont le meilleur synonyme qui me vient à l’esprit est morpion, peut être considérée comme de l’art.

Sans suit un exposé, des thématiques fumeuses comme l’esthétique des photographies prises à la sauvettes dans des bagnoles où les stars protestent en levant la main, puis au final on nous montrer des photos immenses où sont alignés les contenus de la poubelle de Serge Gainsbourg, de Madonna et d’autres dont je n’ai pas retenu les noms.

Au début bien sur je m’insurge et je m’apprête à éteindre la télé suffisamment énervé pour aller travailler. Ce que j’attendais certainement au final.

Je suis resté encore un peu pour voir jusqu’où ça pouvait aller dans le foutage de gueule.

Ces gens, les paparazzi du temps jadis, ces petites frappes ont réussi le tour de force de parvenir au statut d’artistes désormais. Ce qui ne manque pas de m’en boucher un coin.

Bien sur lorsque l’agacement sera retombé, je trouverai surement à tout ça des circonstances atténuantes, je me dirais encore une fois de plus que je ne comprends rien à l’art, et je laisserais filer ma colère comme un arbre ses feuilles avec le froid.

L’hiver est bien là, je me dis pas seulement la saison.

Après je ne sais plus trop ce que j’ai fichu dans l’atelier, j’ai remarqué que le sac poubelle était archi plein, j’ai compressé le contenu parce que c’est que du papier la plupart du temps et des mégots de cigarette.

J’attendrai le week-end pour le porter au coin de la rue où sont rangées les bennes.

A un moment j’ai eu l’idée de tout verser sur la table, de faire un immense collage de 1m50 sur 2m, juste pour voir si ça pouvait ressembler à de l’art, mais j’allais avoir mon dernier cours, j’ai rangé un peu le bazar et je me suis fait un café en attendant l’arrivée des élèves.

Périphérique 1980 Patrick Blanchon

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