La rage plait aux filles.

Je me suis aperçu que c’était lorsque j’avais le teint pâle, les yeux plus ou moins injectés de sang, et que la rage m’emportait que je plaisais le plus aux filles.

Pas n’importe quelle fille attention. Des filles auxquelles je n’aurais jamais osé adresser la parole surtout.

Des filles tellement belles que je n’avais aucune envie de me retrouver comme une sous-merde en suivant leur regard méprisant descendant sur mes clarks mouillées

( Les clarks c’est une vraie galère lorsqu’il pleut, n’achetez plus de clarks si vous pouvez faire autrement )

J’ai découvert ça il y a deux jours, c’est tout récent.

C’est le professeur d’anglais, Monsieur Nury qui est à l’origine de cette découverte extraordinaire. Sans doute en est t’il aussi l’instigateur plus ou moins conscient car c’est lui qui m’a enrôlé dans la petite troupe de théâtre du collège.

On joue du Shakespeare et on me donne le rôle de Christopher Sly l’ivrogne ( à mon avis Mr Nury devait en plus être voyant) dans la Mégère apprivoisée.

Et là mon père s’en mêle et, le jour de la première, il me dit:

— Non tu ne feras pas le zouave au théâtre, tu resteras à la maison pour faire tes devoirs.

— Mais ça fait 6 mois que j’apprends le texte en anglais ! en plus tu peux pas faire un truc pareil, et puis quelle honte, que vont dire les gens, les autres, Monsieur Nury que j’adore comme professeur.

— Rien à foutre, non c’est non. T’avais qu’à pas redoubler ta cinquième et puis voilà.

( j’avais redoublé ma cinquième parce que je fumais des pétards avec Hervé qu’est un gosse de riche, plein aux as et que pour faire le malin je trainais avec en faisant semblant d’adorer le groupe Magma)

Du coup je passe par la fenêtre, et hop me voilà parti en courant pour rejoindre la troupe.

Sur ce, je me fais engueuler, t’étais passé où, dépêche toi de mettre ton costume, ça va commencer et tout et tout…

Et ça y est enfin je suis recroquevillé sur moi-même dans le décor et dans la peau de Sly l’ivrogne jeté dehors d’une taverne dans l’attente du Lord qui devrait arriver bientôt.

— Descend de là tout de suite a dit une voix familière.

— Descend tout de suite ou je monte te chercher

C’était mon vieux qui avait repéré ma fugue. Ah ça il me connaissait bien il savait que j’allais certainement pas me résigner aussi facilement.

Du coup la honte totale. Le désarroi complet et mon regard de chien battu qui erre, erre et aperçoit la belle, la somptueuse, l’ultra désirable Catarina. Et là j’éructe, je bave, je m’indigne et me relève, blanc comme un linge.

et je dis :

— Non je ne descendrai pas ça fait 6 mois je me crève le cul à apprendre ce texte à la con en anglais, va te faire lanlaire ( on disait lanlaire encore en ce temps là dans ma cambrousse)

— je vais te choper par la peau du cul petit con

Et de joindre le mouvement à la parole, mon paternel fend la foule des badauds, pour faire mine de grimper sur l’estrade.

Heureusement Monsieur Nury tente de temporiser en le retenant.

— Vous ne pouvez pas faire ça, Patrick a vraiment beaucoup travaillé pour jouer son rôle, laissez le jouer et il rentrera avec vous ensuite.

— toi le soixante-huitard de mes deux, dégage! il a dit mon vieux et il a fait encore un pas vers l’estrade.

J’étais dans un état second ou triple, peut-être quintuple, je ne sais plus en tous cas j’étais devenu très rageur, j’aurais pu soulever une voiture, peut-être même un quinze-tonnes tellement cette rage semblait couler dans mes veines comme un élixir de force stupéfiant.

D’ailleurs en même temps je l’étais stupéfié. Comme une statue de marbre, avec des tremblements de partout.

Et bien c’est exactement ça que voulait Catarina et elle m’a pris dans ses bras juste à ce moment là , oh seigneur ce moment là !

Quand j’ai senti la pointe de ses seins appuyés sur mon petit haut dépenaillé et que j’ai senti ( ou cru sentir ) nos deux cœurs qui battaient à l’unisson …oh ce moment… j’aurais pu soulever le monde entier !

Ce moment fut interrompu par la sensation désagréable d’être tiré en arrière brutalement, puis d’une bonne beigne.

La foule s’était émue de la scène et ça faisait des hou hou partout mais mon vieux ne s’est pas démonté pour autant. Pas du tout c’est un coriace.

Il m’a jeté sur le siège arrière de son Ami 8 et on est rentré à la maison sans un mot.

On s’était ridiculisés tous les deux copieusement. Pour un peu si on n’avait pas été père et fils on aurait rit.

Par contre c’est vraiment ce jour là que j’ai compris à quel point la rage rendait dingues les filles.

Pas toutes, celles surtout auxquelles je n’avais jamais osé parler jusque là.

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