Un choix difficile

— On a toujours le choix me dit-il, ça ne veut pas dire que c’est facile de choisir.

Puis il me planta là au beau milieu du hall d’exposition où les badauds s’attardaient autour des véhicules flambant neufs.

Je venais tout juste de donner ma démission, pour la seconde fois en 6 mois, au directeur commercial car j’éprouvais une culpabilité infinie à vendre des bagnoles à crédit à ce que j’estimais être de pauvres gens.

Il avait bien rigolé et je l’avais même vu se hisser sur la pointe des pieds pour parvenir à me décocher en pleine figure un « t’es vraiment un jeune con » qu’avec le temps j’imagine n’avoir pas volé.

Il y avait tout de même un peu de vrai dans le prétexte que j’avais donné. Mais à la vérité je n’en pouvais plus de baiser à couilles rabattues toutes les ménagères esseulées du secteur que l’on m’avait attribué. Sans oublier toutes les astuces de Peau-Rouge que je devais inventer pour slalomer entre les maris de retour plus tôt que prévu et les jalouses, qui visiblement n’avaient rien d’autre à foutre qu’à guetter aux fenêtres, coller une oreille aux cloisons.

Moitié résidence, moitié HLM c’était ça le secteur, et je devais frapper à toutes ces portes, attendrir les chiens méchants, sympathiser avec les chats possessifs, depuis le matin 8h jusqu’à pas d’heure souvent en soirée.

En vrai c’était un tout qui me faisait penser que je n’étais pas à ma place.

Le directeur, homme aussi vulgaire que pragmatique m’avait déjà augmenté de façon substantielle la première fois en ajoutant en plus les clefs d’une Fuego étincelante, au deuxième coup il me regardait de biais. Je pouvais lire ses pensées. Soit j’étais un sacré petit malin qui avait trouvé la combine pour progresser plus vite que les autres soit effectivement j’étais une sorte de puceau totalement abruti.

Dans le doute un instant auparavant il m’avait lâché cette grande vérité comme on se passe un relais à la course d’obstacle.

— On a toujours le choix, soit tu acceptes que la connerie soit la chose la mieux partagée du monde et t’en profites pour bien gagner ta vie, soit tu donnes dans l’humanisme et tu vas dormir sous les ponts parce que tu vois, l’humanisme plus personne n’y croit plus et tu vas te faire bouffer tout cru.

Je songeais un bref instant à toutes ces vulves dans lesquelles j’étais aspiré , à toutes ces guiboles m’étreignant les reins et j’eus la nausée. Tout n’était pas faux dans ce que ce sale con débitait et ça me faisait mal de comprendre à quel point j’étais plus con que malin.

Cependant la fatigue trouva ce jour là une complice, ce devait être un peu de fierté, un peu d’orgueil, sans doute aussi un embryon de dignité, j’ai dit non merci monsieur, j’arrête là.

J’ai rendu les clefs du Fuego, et j’ai fait un petit signe de la main sans me retourner. Quelques secondes à peine pour que la géométrie de ma vie s’en trouve étonnamment modifiée.

Je me suis rendu à pied vers le RER tout en bas et j’ai regardé dans les vitres le reflet de tous les voyageurs du wagon en me demandant encore une fois si j’étais malin ou con. Puis je me suis assoupi, c’était une après-midi d’été et,au bout du compte, je n’ai plus du tout pensé à rien.

4 réflexions sur “Un choix difficile

      1. Bonne question 🙂 Les sales vérités peuvent passer au lave vaisselles de la moralité, mais en vérité je vous le dis (disait-il), les sales vérités sont enchaînées à l’ombre du mensonge histoire que celui-ci existe pour se faire mousser (et pas dans le lave vaisselle, hein) … 🙂
        Bonne soirée à toi également
        Max-Louis

        Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.