Les malentendus

Ce n’est pas parce qu’on a des oreilles que l’on entend bien. Parfois il vaut mieux être sourd. Cela oblige l’attention à s’appuyer sur d’autres sens pour s’approcher du pot aux roses. Mais lui, Georges il fait partie de ces personnes qui ont tout vu, tout entendu et qui se permettent.

Qui se permettent d’avoir leur petite opinion sur tout surtout.

Ainsi fonctionne ce monde, car Georges n’est rien d’autre que la caricature de qui je suis. Il en est la version outrancière, démesurée, totalement désagréable à regarder et à entendre.

Je le revois beaucoup ces derniers temps. Pas en vrai parce qu’il est décédé depuis un bail, mais dans les rares rêves dont je me souviens au matin.

Ou bien il surgit de façon totalement inopinée, lorsque je vais faire le marché, lorsque je prends ma douche, que je me cure le nez ou les oreilles.

J’entends son pas lourd d’homme obèse qui veut absolument en imposer. Je hume l’air et je sais que cette odeur de tabac, c’est lui, il surgit comme ça au hasard des moments. Par contre il ne dit rien, il se contente d’arriver de je ne sais où à ma hauteur. Puis il s’arrête et me toise sans même esquisser ce fameux petit sourire que je déteste tellement chez lui. Georges assurément est un fantôme qui me hante.

Voilà bien comment sont les choses je me dis alors. On pense en avoir terminé avec certaines relations plus ou moins toxiques. Et au bout du compte non, ce n’est pas totalement fini. Est-ce que cette résurgence provient de soi ou de l’outre-tombe ? Epineuse question en apparence car il suffit d’avoir un brin de jugeotte pour comprendre que la réponse est fournie avec la question.

Sauf qu’on ne veut pas l’entendre. On refuse de l’entendre. Parce qu’on s’est enfui un jour, parce qu’on n’avait pas les moyens de s’opposer à la fuite. Parce que c’est comme ça. Il y a beaucoup de malentendus qui naissent ainsi et on ne sait jamais si c’est par pure paresse, par lâcheté par amitié ou par amour.

Je l’appelle Georges, mais je pense plutôt à Joyce. Au bout de tout ça ils se confondent et forment ce personnage hermaphrodite, ce petit Baphomet ridicule qui trône au fronton du temple des mystères non résolus. Non résolus la plupart du temps parce qu’on ne veut tout bonnement pas les résoudre vraiment. C’est à dire les réduire en poudre. Une poudre si fine qu’elle pourrait devenir un pigment fin à mélanger à l’huile, en formant de jolis huit avec la molette en verre de la perspicacité ou du bon sens.

Ce que nous reprochons toujours aux gens n’est-ce pas de nous être trop semblables plutôt que différents comme on se plait à le penser. Pas suffisamment semblables cependant pour que nous nous admirions vraiment. Presque semblables plutôt, ce qui les rend tout à coup monstrueux. Ce qui soudain nous projette dans un extérieur inconnu.

Les malentendus sont tellement étranges lorsqu’on se penche vraiment dessus. Parfois je me dis que l’amour en use et en abuse à tire larigot pour nous apprendre qui il est, pour nous parler du pays comme disait Georges et Joyce, comme ils le répètent encore dans ma tête à n’importe quel moment impromptu de mes journées.

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