Copywriting

Femme peinture numérique 2022

Encore une dizaine de mails dans ma boite de réception ce matin, un martèlement incessant que je me suis choisi en m’abonnant à de nombreuses newsletters d’artistes, de vendeurs de formations en tout genre.

C’est comme ça tous les matins. J’ouvre Gmail et je vois tous ces titres en gras qui m’assaillent presque aussitôt et l’émotion que j’en éprouve est toujours double. La curiosité et l’ennui.

Car ils se ressemblent tous ces emails. Toujours le même canevas, celui du héros accablé par tous les malheurs du monde et qui cherche en vain la sortie. Qui essaie moult solutions toutes aussi foireuses les unes que les autres pour enfin évoquer LA SOLUTION qu’il est tellement content d’avoir trouvée enfin qu’il désire la partager moyennant quelque monnaie sonnante et trébuchante.

Cela m’amuse autant que ça me désespère. La manque d’originalité me désespère car il me rappelle le mien, évidemment.

Encore que je laisse de coté la vente de mes toiles pour l’instant. Ni l’élaboration ( laborieuse) d’un nouveau recueil de textes concernant la peinture. Je ne suis pas dans ces énergies là pour le moment, Je n’y suis pas car il me manque quelque chose que je ne cesse de traquer au fil des textes, au fil des mots.

Vendre est un mot qui en cache de nombreux autres.

Persuader, et, en premier lieu, sans doute, se persuader soi-même. ( yeh 4 virgules !)

Suggérer qui est en relation avec la peinture telle que je la pense.

Intéresser à commencer par trouver un quelconque intérêt moi-même en tout premier lieu, c’est à dire une « bonne raison » de proposer quoique ce soit.

Vendre ainsi ce serait ne pas ajouter au malheur du monde.

Ce serait répondre à un besoin qui ne soit pas vain totalement, ou encore montrer à quel point ce besoin superficiel nous entrave tous et qu’il serait urgent d’aller regarder ce qui se cache en dessous.

Vendre autrement que ce que j’ai toujours subi plus ou moins consciemment en l’acceptant comme une loi immuable des choses.

Vendre avec une autre idée que celle du profit financier uniquement.

Et donc fédérer une audience qui serait dans cette même quête, avec ce même besoin de s’extirper de l’enfumage archaïque des chasseurs cueilleurs.

Descendre enfin des arbres refuges pour se retrouver debout la tête haute à contempler l’horizon.

En 1989 J’écrivais des poèmes sur les berges du Douro, à Porto. Je me souviens de l’étonnement de voir la ville, ses habitants, les Portugais en général. Ce qui m’avait étonné surtout c’est leur calme, ils ne faisaient pas chier le touriste. Ils s’en fichaient même totalement. Ils menaient chacun leur petit bonhomme de chemin sans se déranger les uns les autres.

J’avais repensé à leur histoire. A l’histoire de ce grand pays autrefois qui avait exploré tellement de contrées inconnues. Et qui en était revenu.

Le fait d’avoir connu la gloire et d’en revenir. Voilà ce qui me poussait à écrire ces poèmes. Sauf que personnellement je n’ai jamais vécu la moindre gloire. J’ai du la rêver bien des fois, le genre de gloire d’un Capitaine Troy, d’un Zorro, d’un Davy Crockett, celle surtout que le public enfantin attribue à ces héros alors qu’eux s’en fichent éperdument.

Le désir de gloire comme tout désir est toujours triangulaire. Il faut que ça passe par des regards extérieurs sinon ça ne passe pas.

Donc mes portugais avaient enfin découvert le pot aux roses, la terre la plus inconnue au plus profond d’eux et qui avait toujours été à leur portée sans qu’ils le sachent.

Le Portugal lui-même. Encore qu’il ne soit un symbole de la Terre natale en général. Et que cette dernière ne soit elle aussi qu’une épluchure d’oignon qui en s’évanouissant nous en indique encore quelques milliers d’autres jusqu’à enfin atteindre le germe.

J’avais choisi moi-même de partir au Portugal cette année là pour écrire un roman. Ce qui n’était qu’un nouveau prétexte encore pour tenter de m’enfoncer au plus profond de moi-même, de parvenir enfin à trouver un sens à ma vie, un positionnement d’artiste. Je peignais assez peu à cette époque mais je dessinais beaucoup. Et surtout j’écrivais des kilomètres de mots à la suite sans queue ni tête. A peu près comme aujourd’hui.

Je cherchais à me convaincre. Et pour cela j’avais évidemment besoin de preuves. Et forcément dans mon esprit naïf le roman que j’allais pondre serait la preuve indubitable que j’étais un écrivain, mais plus encore que j’avais bel et bien ma place sur cette Terre. Que je n’étais pas cet être totalement fondamentalement inutile que j’avais toujours pensé être jusque là.

J’avais trouvé cette bicoque sans confort dans la forêt proche du petit village de Celorico do Basto. J’étais dans une solitude infinie et ça m’allait. Un peu comme ces types des peuples soi disant primitifs qui deviennent père par surprise. Pour ne pas déranger l’ordre du monde, pour se faire pardonner d’être responsable d’un nouveau venu, ils doivent s’en aller et s’enfoncer au plus profond des forets et survivre dans celles ci comme ils le peuvent.

S’ils en ressortent indemnes au bout d’un laps de temps considéré comme raisonnable par la tribu, alors tout va bien, le monde reste le monde. Et s’ils crèvent ma foi, me monde reste le monde aussi ça ne change rien.

Je devais être enceint de quelque chose forcément. De quoi par contre ? j’ignorais à cette époque que l’on peut être enceint d’une idée saugrenue de l’être tout simplement. D’une idée ou du désir de l’être, ce désir d’homme finalement qui se découvre amputé par la réalité de ne pas être femme.

Ce désir d’homme aussi d’aller explorer en cachette, loin des regards du monde, cette féminité qu’il porte en lui et qui désire s’exprimer. Ce désir d’apprivoiser la violence que recèle cette féminité que l’on nous implore d’étouffer à tout bout de champs depuis la plus petite enfance.

Etrangement la féminité s’incarna en une femme qui venait à la rivière pour se baigner. Elle était du village proche frustre et simple, et son sourire, ses dents robustes et blanches, tout ce qui émanait d’elle en fait appelait en moi encore une fois de plus le besoin de la posséder comme un homme peut posséder les femmes.

Je rêvais d’enfants courant autour de nous les pieds nus. Et aussi d’aller retours incessants entre Paris et le Portugal. Car ici dans la pauvreté du Nord je ne voyais pas comment j’allais pouvoir gagner de l’argent et subvenir à cette petite famille pour l’instant totalement imaginaire.

J’étais mur pour sauter le pas. L’épouser, devenir père. Tout cela en à peine quelques semaines.

c’était d’une malhonnêteté infernale.

Et, de plus, mon désir de roman s’était égaré dans un désir de fonder une famille.. ce qui me laissait sur le cul lorsque je voulais bien prendre le temps d’y penser. Jamais plus de 10 secondes pour aussitôt m’enfuir dans la rêverie.

Fort heureusement la vie distribue les cartes bien plus que nous l’imaginons le faire nous-mêmes.

Aussi un matin, quelqu’un du village qui me connaissait couru jusqu’à ma porte en criant que quelqu’un était venu pour me voir.

je m’habillais en hâte et le suivi et tombais sur M.

Nous nous étions brouillés pour je ne sais quelle raison encore une fois de plus et j’avais tout lâché pour repartir au Portugal. M. était la femme que j’aimais ou que ça me plaisait d’imaginer aimer plutôt.

Mais sa jalousie, sa possessivité me rendaient dingo. Elle était de ce cristal que la moindre éraflure ruine totalement. Et des éraflures j’en avais déjà commis en grand nombre, je ne me souviens plus si je l’accusais autant que je ne m’accusais moi comme souvent d’être l’affreux jojo de service.

du coup j’étais reparti croyant régler je ne sais quoi. Mais la vie continuait, la vie tout autour de moi continuait.

Et M. était là devant moi rayonnante, victorieuse. Elle venait chercher son homme, en l’occurrence j’étais l’incarnation qu’elle avait choisi pour me faire jouer ce rôle. C’était flatteur.

J’ai quitté le Portugal cette année là pour ne plus jamais y revenir.

Sans avoir achevé mon roman. Sans épouser Maria la portugaise frustre et simple qui m’aurait certainement donné une flopée de gamins allant courir pieds nus vers le Vao.

J’ai tout lâché encore une fois pour suivre cette femme sans savoir vraiment où j’allais. Pour me perdre encore plus loin au delà de tout fantasme de Terre natale, de grandes contrées à explorer pour en revenir apaisé.

Il fallait épuiser tout le désir faux encore plus avant avant de commencer enfin à apercevoir les rivages possibles d’une paix, d’une sérénité quelconque.

Cette résistance à un bon sens dont on m’aura souvent parlé je l’ai toujours conservée comme une braise.

Ce bon sens collectif ne me disait jamais rien de bon. Il me paraissait aussi futile qu’un outil dans l’esprit bourré de rêves et d’agitation qui était alors le mien. Outil signifiait travail et travail abdication à la nécessité minérale du monde.

Je ne voulais pas de cette vie là, mais tout aujourd’hui me prouve que j’ai désiré aussi cette vie là de toutes mes forces sans jamais pouvoir m’y résoudre.

Car j’ai enchainé des travaux à partir de ce moment là où je revins vers la Capitale, des travaux qui feraient certainement pâlir de jalousie Hercule. Mais c’est une autre histoire que je raconterai sans doute ou que j’ai déjà raconté mille fois.

Et à la vérité à la fin de ce texte qu’ai je à vendre ? sinon une vérité constituée de bric et de broc, une vérité comme toutes les autres que je ne cesse d’inventer et rien d’autre.

3 réflexions sur “Copywriting

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