Toutes ces émotions

— Mon Dieu qu’il est fatiguant dit la mère en se sentant coupable de n’avoir pas bien fait les choses.

Et pour essayer de réparer la lacune elle prend le martinet et bat l’enfant. Peut-être qu’en le battant comme plâtre deviendra t’il enfin normal. Peut-être parviendra t’il enfin à se taire, à ne plus emmerder le monde toute la sainte journée en disant tout ce qui lui passe par la tête.

Elle est démunie, elle ne sait pas comment faire alors elle s’accroche au martinet qui est aussi le nom d’un oiseau. Les cris des martinets dans le ciel.

— Tu vas la boucler espèce de petit salaud, elle dit en donnant de grands coups, sauf sur la tête, parce que ça pourrait se voir, que penseraient les gens ?

C’est une journée comme ça, où les paroxysmes rivalisent. Paroxysme de l’émotion contre le paroxysme du sevrage, de l’éducation. Et chacun fait comme il peut bien plus que comme il veut.

Toutes ces émotions, l’enfant ne peut pas les contenir. Alors il les dit, il les vit.

Il y en a de bonnes bien sur, mais d’insupportables aussi.

Les parents sont là pour essayer de faire le tri. Pour lui apprendre ce qui est bien et pas bien de dire tout haut. Que penseraient encore les gens ?

Cependant tout bas ça n’arrête pas, ça ne s’arrête jamais.

Parfois lorsque tout le monde est épuisé, les effusions sont épuisantes, un silence de mort plane sur la maison.

C’est un cercle vicieux.

Car l’enfant se sent obligé à un moment ou l’autre de parler à nouveau, pour que tout le monde sorte de ce silence.

Que faire de toutes ces émotions qui l’étouffent ? Qui finiront surement par le tuer s’il ne les exprime pas ?

Le martinet est là posé sur le buffet, les ciseaux de couture pas bien loin, il suffit de prendre les ciseaux et de couper les lanières du martinet, méthodiquement une à une.

Pour que tout le monde aille encore plus loin.

L’enfant dira

—Je vous déteste, je vous hais, je voudrais que vous creviez tous !

La mère hurlera encore en voyant les lanières de cuir par terre, elle prendra le manche et cognera pour que ça s’arrête, sauf sur la tête évidemment.

—Sale petit con mais il a le diable dans la peau !

Tout finira encore par des cris, des larmes puis tout disparaitra comme dans un évier, dans un tourbillon d’eaux usées.

Un tuyau rotera repu et le silence à nouveau s’abattra sur eux.

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