La vague (4)

Le lendemain je me réveillais encore après une nuit agitée et je pensais à la vague du peintre Hokusai. Je voyais toutes les petites vagues qui composaient la figure de cette immense vague en me souvenant du tableau qui m’avait laissé quelque chose d’inquiétant. Comme si les choses étaient ainsi faites qu’elles ne pouvaient croitre, évoluer et mourir qu’en se répliquant toujours à l’infini suivant un modèle immuable.

Toutes ces interrogations faisaient partie intégrante de mon errance magistrale. Autant de choses que je ne cessais de garder pour moi de peur de passer pour un cinglé aux yeux des autres. Cette peur de paraitre cinglé n’a jamais cessé de me freiner tout comme le désir de vouloir me montrer totalement fou pour les provoquer n’a jamais cessé non plus de m’animer.

Cette prison réelle ou imaginaire le plus souvent dont nous désirons sans arrêt nous évader sans même savoir ce qu’il y a à l’extérieur… d’ailleurs est-on certain qu’il existe réellement un extérieur ?

Cette vague du peintre japonais m’a hanté durant de longues années comme si elle contenait une sorte de message à peine codé.

Comme si nos propres vagues, toutes les vibrations dont nous sommes sources étaient tout à fait semblables à celle-ci, composée de petits désirs qui ne cessent de se répliquer de milles façons différentes en apparence et qui forment cette gigantesque masse dans le creux de laquelle l’embarcation de notre vie parait si frêle.

Pour autant le risque majeur cet effroi, ce dégout, que j’entrevoyais était de devenir sage. J’avais cette putain de trouille, celle de désirer moi aussi être une sorte de Guru. Ce qui me semblait tellement absurde que l’évidence en suintait de toutes parts.

Alors je pris la route de l’Iran à nouveau, mon besoin de tourner en rond m’avait repris , j’allais retrouver mes copains les derviches en pleine pagaille de la guerre Iran-Irak. Ils s’en foutaient comme je me foutais de tout moi aussi, tout ce qui m’intéressait était de tourner en rond de tout oublier pour sombrer dans l’extase.

C’est à ce moment là, à quelques kilomètres du poste frontière de Taftan , à Zahidan que je rencontrais Marjan. Elle conduisait un vieux Pickup et fumait des gauloises bleues. On se comprit tout de suite sans parler et, fatigué de mes pensées, de toutes mes élucubrations intellectuelles, je me laissais convaincre par la Providence que cette femme contenait entre les cuisses tous les mystères de l’Orient de l’Asie et d’ailleurs dans lesquels je décidai alors de m’enfouir la tête la première.

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